La CNAM est-elle totalement déconnectée ?

Paris, le samedi 9 février 2013 – Il y en est qui n’ont pas la réjouissance facile. On a beau leur présenter des comptes aussi enthousiasmants qu’inattendus, ils froncent les sourcils. Dans un contexte économique plutôt morose, janvier apporta pourtant son lot de bonnes nouvelles : les dépenses de soins de ville ont été bien « maîtrisées » en 2012, tant et si bien que l’on peut espérer une économie totale de 350 millions d’euros. Un montant non négligeable. Si l’on examine les choses de plus près, on constate que la baisse des dépenses de médicaments, suivis du recul des arrêts de travail et de la stagnation des versements liés aux consultations ont le plus contribué à ces bonnes recettes. Pour l’optimiste ces évolutions trouvent toute une explication heureuse : on assiste aujourd’hui à une rationalisation de la prescription des médicaments, la multiplication des contrôles d’arrêts maladie ont eu raison des situations abusives et les Français sont moins tentés de consulter leur praticien pour des raisons non médicalement justifiées.

Tandis que les cabinets se vident, les urgences s’engorgent

Le docteur Yvon Le Flohic, sur son blog « Docteur Gomi », dont le billet a été repris par le médecin et écrivain Christian Lehman sur son site « En attendant H5N1 », fait une toute autre analyse : « Bien évidemment , les dépenses de médicaments en baisse sont dues aux déremboursements et à l'automédication, la baisse du nombre de consultations correspond à une non installation des médecins et aux déserts médicaux qui s'avancent, et la baisse du nombre d 'arrêts maladie est probablement à mettre en relation avec le nombre de sans emploi qui ne peuvent plus bénéficier d’indemnités journalières ». Ce décryptage bien pessimiste pourrait en laisser plus d’un perplexe, mais, au sujet tout au moins des consultations médicales, le docteur Yvon Le Flohic étaye son argumentaire de quelques exemples saisissants. « Alors que depuis l'an dernier le coût des transports sanitaires (en augmentation constante et fulgurante) représente plus de la moitié de la totalité des honoraires de médecine générale , alors que les urgences sont débordées (d'actes injustifiés, rapport parlementaire Colombier), alors que le dernier rapport sénatorial sur les pompiers fait état de couts faramineux, notre chef comptable (Frédéric Van  Roekeghem, directeur de la CNAM, ndrl) ne semble pas comprendre que chaque euro non dépensé en médecine de ville coûte au final au contribuable, à l'Etat (…) : la médecine générale n'est pas un coût, mais peut représenter une économie, quand la consultation aux urgences coûte 230 euros ».

Economies à court terme

Fort de cette constatation, Yvon Le Flohic invite à porter un autre regard sur les économies prétendument inespérées qui ont été réalisées. « En France nous faisons (…) l'inverse de ce que pratiquent tous les pays Européens : transport des patients vers des centres de soins hyperspécialisés par transports sanitaires ou pompiers, pour réaliser des actes techniques bien souvent inutiles ; et sous financement de la médecine ambulatoire, mesures désincitatives conduisant à une non installation des jeunes médecins (qui vont occuper des postes salariés....dans les hôpitaux). Ceci au final va coûter fort cher à notre système de santé, et au contribuable, mais Monsieur Van Roekeghem peut avoir le sourire: il fait des économies » conclue-t-il.

Gentils patients, méchants médecins

Cette descente en flammes de la politique de la Caisse nationale d’Assurance maladie (CNAM) fait écho à un autre billet récent lisible sur le blog « Cris et chuchotements » tenu par un médecin spécialiste libéral. Il y dénonce la déconnexion totale avec la vraie pratique médicale des médecins experts du ministère de la Santé, de la Haute autorité de Santé et bien sûr de la CNAM. « Votre esprit dichotomise la médecine en deux mondes qui s’opposent : les bons patients d’un côté, les méchants médecins de l’autre. Dans votre esprit, le patient est toujours à l’heure aux rendez-vous, aimable, compliant, il n'a qu'un seul problème à vous soumettre, n'est pas polypathologique. Il n’a pas oublié son ordonnance, il connait ses traitements, (…) il adore les génériques, il prendra correctement ses médicaments, il ne viendra aux urgences que si vous n’êtes pas disponible. Bien sur, il n’aura jamais les moyens de subventionner les quelques euros de dépassement d’honoraires que le vilain docteur veut lui soutirer. Dans votre esprit, le médecin est le méchant » résume-t-il.

Des analyses très hostiles, on l’aura compris, aux responsables de la politique économique de santé que l’on peut lire sur http://dr-gomi.blog4ever.com/blog/lire-article-720552-9708875-van_roekeghem__petit_comptable_social_democrate_co.html et http://www.cris-et-chuchotements.net/article-les-pensees-toxiques-des-medecins-pas-sur-le-terrain-114420614.html

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Une précision

    Le 09 février 2013

    En complément de votre article il faut savoir que la mise en place du tiers payant contre générique a permis d'atteindre 83 % du répertoire en 2012 (grâce aux pharmaciens), ce qui est bien, en progrès, mais totalement ridicule par rapport aux autres pays UE comme L’Allemagne et l’Angleterre, car ce 83 % du répertoire fait moins de 30 % de génériques et 70 % de princeps alors que ces pays sont à plus de 80 % de prescription hors répertoire !
    Il y a effectivement des progrès à faire et on y viendra tôt ou tard car nous sommes vraiment à la traîne.

    Dr MP

  • Vers un "printemps médical"

    Le 09 février 2013

    La CNAM stipulant pour des assujettis s'autoproclame défenseur des assurés (?) sociaux qui n'ont d'ailleurs pas d'autre choix que de lui obéir. Elle n'a pas de mots assez durs pour fustiger les dépassements dont l'essentiel résulte de ses tarifs insuffisamment réévalués. Elle fait preuve "d'hémianopsie sélective" en tolérant ses propres dysfonctionnements ruineux liés à a structure antédiluvienne, notamment du fait de sa dispersion en centaines de caisses locales. Elle accepte pour des raisons essentiellement idéologiques et politiques, des différences de un à six dans les prises en charge de pathologies identiques, suivant les établissements et les secteurs d'hospitalisation et prétend contre tout principe de liberté orienter les prescriptions en imposant des génériques par des moyens coercitifs. Cette forme de terrorisme désespéré alliés à une illusion de maîtrise trouve sa justification unique dans le maintien de sa structure obsolète et inadaptée qui n'a su anticiper aucune des évolutions scientifiques et sociétales à l'origine de sa ruine et de sa disparition inéluctable dans on état actuel.
    Les barons de notre (trop) chère sécu n'éviteront pas en dépit de leur autoritarisme et de leurs manipulations, une forme de "printemps médical" en attendant que les assujettis eux-mêmes, finissent par prendre conscience de ce que leur coûte réellement la solidarité frelatée qu'elle leur impose.

    Dr J-F Huet

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