Vous avez dit dopage, quid du dopage « inné » ?

Paris, le samedi 26 janvier 2013 – Les amoureux de la petite reine resteront longtemps affectés par le scandale « Lance Armstrong ». Une fois encore le fléau du dopage a ébranlé l’illusion mythique qui voudrait que le sport consiste en l’affrontement d’athlètes « égaux », ne devant leur victoire qu’à leurs efforts et leur ténacité. Au-delà des dopants synthétiques, des tricheries hématologiques, cette égalité n’est-elle pas un leurre ? Les athlètes de haut niveau ne sont pas égaux face à la loi du ring, du stade ou des bassins. D’abord, ils ne bénéficient pas tous des mêmes moyens d’entraînement. Mais surtout, la « variabilité génétique individuelle pourrait être une clé de la performance » nous rappelle le généticien, Ariane Giacobino sur son blog hébergé par le Huffington Post.

Au moins 65 % de génétique !

Face à cette inépuisable discussion concernant l’impact de « l’inné » et de « l’acquis », Ariane Giacobino nous invite à nous affranchir des conceptions trop manichéennes. « Bien entendu, on peut se dire que le rôle des parents, du coach, du type et de l'intensité des entrainement, de facteurs psycho-sociaux n'est pas non plus négligeable, mais peut-être pas vraiment déterminant, si le physique n'y est pas, ou si les interactions entre l'environnement et la prédisposition génétique ne sont pas propices à la performance » résume-t-elle par exemple après avoir cité différents travaux ayant porté sur l’association de plusieurs gènes à « des paramètres de performance ». Une étude aurait même quantifié la part relevant de facteurs génétiques : elle suggérait que « plus de 65 % de l’aptitude à la performance sportive de l’athlète était liée à des facteurs génétiques ».

« Une forme innée de dopage génétique »

Dès lors comment considérer ce qu’Ariane Giacobino désigne comme ces « inégalités natives » ? Difficile de les assimiler à du dopage, puisque par définition elles ne résultent d’aucune « tricherie ».  Néanmoins, à la lueur de « l’affaire Caster Semenva », il apparaît clairement que cette question est loin d’être totalement iconoclaste. Caster Semenva est une coureuse sud-africaine, qui a été l’objet d’une la suspicion dde l’International Association of Athletics Federation (IAAF) en raison de son apparence et de sa voix « masculines ». La jeune femme avait même été soumise à des « tests de féminité » qui avaient mis en évidence une « production inhabituelle de testostérone et un syndrome d’insensibilité aux androgènes » rapporte le site Wikipedia. Des résultats qui avaient un temps jeté dans la tourmente Caster Semenva qui fut de nouveau autorisée à concourir par l’IAAF en 2010.  Cette affaire ne peut que soulever différentes interrogations ainsi résumées par Ariane Giacobino : « Un taux naturellement plus élevé de testostérone est-il une caractéristique biologique acceptable, s'il est génétiquement déterminé, natif, sans prise exogène ? Faut-il définir une norme ? Et si oui, pourquoi pour la testostérone et pas pour toutes les variations hormonales, métaboliques, tissulaires génétiquement déterminées ? N'y aurait-il pas une forme innée de dopage génétique, d'inégalité physique, et si oui, n'est-elle pas simplement acceptable, comme un don ? ». Autant de réflexions qui montrent combien les images d’Epinal de « l’égalité sportive » sont définitivement éculées, mais également comment demain la génétique et plus précisément la « génétique prédictive » pourrait devenir une composante essentielle de la stratégie sportive.

Aurélie Haroche

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