Pourquoi être addict à Netflix peut permettre de mieux comprendre les pathologies mentales ?

Paris, le samedi 6 novembre 2021 – Les œuvres de fiction cinématographiques et télévisuelles n’ont pas toujours eu bonne presse auprès des spécialistes de santé mentale et des associations de patients. Stigmatisation des personnes atteintes de schizophrénie trop systématiquement présentées sous les traits de meurtriers, présentation parcellaire et caricaturale de nombreuses pathologies, personnages en proie à des addictions forcément condamnées aux plus noirs destins : les critiques ont été nombreuses.

Un nouveau regard libérateur

Cependant, ces dernières années, l’approche a évolué. C’est ce qu’observe dans un récent essai sur les addictions, qui accorde une très large place à la pop culture le psychiatre Jean-Victor Blanc. Dans Addicts, il remarque comment de récents films et séries, probablement inspirés par le fait que les personnes atteintes de maladie mentale ou de dépendance sont de plus en plus nombreuses à prendre la parole, proposent une approche plus contrastée. La dramatisation à outrance mais aussi la banalisation cèdent la place à un récit où les problèmes de souffrance mentale et les troubles addictifs sont décrits d’une façon plus proche de la réalité ; ce qui souvent est un plus pour la construction narrative. Il cite ainsi dans 20 minutes : « La fiction sonne de plus en plus juste sur les addictions du point de vue médical. Et offre des représentations moins dramatiques. Le film le plus célèbre avec lequel j’ai ouvert le ciné-club*, Requiem for a dream (2000), montre très bien la souffrance, mais c’est très noir. Dans Euphoria, (série diffusée sur Netflix mettant en scène un groupe d’adolescents) l’héroïne a un trouble psychique, consomme de l’alcool, du cannabis et des opioïdes. Mais elle a plein d’autres choses dans sa vie, elle est créative, il n’y a pas de mépris. Ce nouveau regard porté sur les addictions est libérateur » estime-t-il.

Sex, Rock’n Roll mais drogue avec modération ?

Oubliés la fatalité qui condamne forcément les héros. Pour le praticien, ce type de séries favorise la prise de parole et contribue un peu plus à mettre fin aux tabous qui ont longtemps prévalus, alors que les représentations anciennes pouvaient au contraire conforter le choix du silence : « Ce qui est positif, et qui concerne toute la santé mentale, c’est le fait qu’aujourd’hui, grâce à ces supports de fiction, c’est moins difficile de se faire aider. Avant, la personne qui consultait était considérée comme faible, folle, désespérée… » note-t-il. Il se félicite également de la façon d’appréhender la consommation de substances psychoactives par certaines célébrités. Là encore, les discours moralisateurs ou à l’inverse une certaine forme de glorification de la « défonce » s’estompent pour un discours où l’expérience sincère est mise en avant. Ainsi, évoque-t-il le cas de la chanteuse Miley Cyrus qui a récemment annoncé sa volonté d’éviter la consommation d’alcool et de cannabis pendant six mois : « parce qu’elle en avait marre de se réveiller dans le brouillard, et qui ironise : « mais si moi je ne suis pas cool, qui l’est ? ». Cela donne de nouveaux supports d’identification aux abstinents ». Voilà qui offre une bonne raison d’être accroc à certaines séries !

Aurélie Haroche

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