Qu’est ce qui a (très) peu de chance d’être aboli en 2022 ?

Paris, le samedi 9 avril 2022 – A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, on peut dire que la question est passée à l’as. Et pourtant. Pourtant un groupe de « pression » s’était constitué l’année dernière, Abolition 2022, pour faire entendre la voix d’associations qui militent pour l’abolition de la prostitution et surtout interpeller les candidats sur cette question.

« Renforce la lutte contre le système prostitutionnel »

Constitué d’une quarantaine d’associations, ce collectif s’adressait aux candidats en ces termes : « en tant qu’associations de terrain et survivantes de la prostitution, agissant aux côtés des personnes prostituées, et associations de lutte contre toutes les formes de violences sexuelles et sexistes, nous sommes témoins de la violence que les personnes prostituées et victimes de la traite des êtres humains subissent au quotidien et des conséquences éminemment destructrices de cette activité sur leur santé physique, psychique et sexuelle. Sous quelque forme que ce soit, nous constatons à quel point la marchandisation du corps humain est une atteinte fondamentale aux droits et à la dignité humaine. Pour construire une société ambitieuse d’égalité entre les femmes et les hommes, respectueuse de toutes et tous, protectrice des personnes les plus vulnérables et discriminées, nous vous proposons de vous engager à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel en soutenant les 5 priorités et les 16 recommandations qui en découlent ».

Parmi ces recommandations : mener une campagne grand public sur les réalités de la prostitution et l’interdiction du recours à l’achat d’actes sexuels ; lutter plus fermement contre le proxénétisme y compris sur Internet et s’assurer que les victimes de prostitution puissent déposer plainte dans de bonnes conditions ; appliquer la loi interdisant l’achat d’actes sexuels y compris via les outils de nouvelles technologies de l’information et de la communication pour lutter contre cette violence sexiste et sexuelle et assécher les profits des proxénètes et des réseaux de traite des êtres humains ;n’accepter aucune dérogation à cette interdiction d’achat d’actes sexuels, « l’assistance sexuelle pour personnes handicapées relevant de la prostitution ».

Le collectif a aussi publié un « ascenseur abolitionniste » qui classe les candidats en fonction de leur volonté affichée pendant la campagne d’abolir la prostitution.

Roussel à l’avant-garde

Tout en haut on retrouve Fabien Roussel, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon. « Nous connaissons leur engagement respectif en faveur de l’abolition. Ils et elle l’ont réaffirmé au cours de cette campagne » soulignent ces associations.

Abolition 2022 décerne une « mention spéciale à Fabien Roussel, le premier à nous avoir répondu, avec des éléments précis pour l’ensemble de nos questions. Il s’est engagé publiquement à plusieurs reprises en faveur de l’abolition et de la lutte contre la marchandisation des corps. Anne Hidalgo s’est aussi prononcée pour une mise en œuvre plus ambitieuse de la loi de 2016 et a également répondu favorablement sur tous les points de notre questionnaire, tandis que Jean-Luc Mélenchon nous a adressé des réponses parfois imprécises mais qui s’inscrivent sans aucun doute dans une perspective abolitionniste ».

Un peu plus bas, on trouve Emmanuel Macron, dont l’une des conseillères aurait « très nettement pris position » en faveur de l’abolition.

Vient ensuite Valérie Pécresse qui s’est dite contre la marchandisation du corps des femmes et pour la pénalisation des clients, mais qui n’a pas formulé de propositions sur le sujet et n’a pas répondu aux sollicitations du collectif.

Le Pen ignoré

En bas de cet ascenseur, Yannick Jadot qui s’était un temps positionné pour l’abrogation de la loi de 2016 et qui « ne reconnait toujours pas le système prostitueur dans son ensemble comme une des pires violences faites aux femmes, à rebours de la position de la France depuis 2011 ».

Philippe Poutou enfin qui entend garantir « un accompagnement adapté et des alternatives à la prostitution » mais « s'oppose au seul outil qui permet d'assécher efficacement les réseaux, qui pose un interdit sociétal clair sur l'achat d'actes sexuels et s'attaque à l'impunité des prostitueurs : la pénalisation des clients » note le collectif.

Etonnamment, ces associations n’ont contacté que 7 candidats, et pas Marine Le Pen ni Eric Zemmour. Il est vrai que ce dernier avait, en 2013, signé dans le magazine Causeur, un « manifeste des 343 salauds » qui revendiquaient fréquenter des prostitués et s’opposaient à la pénalisation de leurs clients.

Gabriel Poteau

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