Qu’est-ce qui est pratiqué régulièrement par plus d’un quart des Français malgré sa probable inutilité et sa potentielle dangerosité ?

Paris, le samedi 2 avril 2022 – A partir de ce soir, alors que débute pour les Musulmans la période du Ramadan, des millions de personnes à travers le monde vont faire le choix de jeûner du lever au coucher du soleil. Dans toutes les autres religions il existe également des périodes (moins prolongées) où le croyant s’astreint à ne pas manger, pour faire preuve de contrition et manifester sa foi. Cependant, ces dernières années, la religion n’est plus la première raison invoquée pour justifier le jeûne… même si la croyance est toujours au cœur de cette pratique. Un sondage réalisé par IPSOS pour l’éditeur Robert Laffont révèle en effet que 27 % des Français indiquent régulièrement sauter plusieurs repas d’affilée pendant une période plus ou moins prolongée et 61 % d’entre eux assurent le faire pour des « raisons de santé ».

Dérives sectaires

Un nombre croissant d’offres se présentant comme « thérapeutiques » font en effet du jeûne une stratégie incontournable pour « éliminer les toxines » qui empoisonneraient notre corps. Le « jeûne » est décrit comme une expérience de dépassement et de régénération… et des cures où l’alimentation se résume à moins que l’essentiel sont vendues à prix d’or avec la promesse d’une prévention ou d’une lutte contre une myriade de pathologies et de symptômes. Pourtant une fiche établie au printemps 2015 par le ministère de la santé sur la base d’un rapport de l’Inserm sur le jeûne à visée préventive ou thérapeutique rappelle bien que « Tout jeûne important, qu’il soit complet ou partiel (avec apport calorique journalier inférieur à 300 kcal), ne doit être effectué qu’au sein d’une structure médicalisée pour éviter la survenue d’effets indésirables graves. À ce jour, aucune structure médicalisée ne propose ce type de pratique en France. Concernant la pratique du jeûne sous encadrement médical, il n’existe à ce jour pas d’études scientifiques suffisamment nombreuses et rigoureuses permettant de conclure quant à son efficacité thérapeutique ou préventive ». Par ailleurs, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires épingle régulièrement des structures qui se nourrissent grassement en brandissant les alléchantes promesses d’un jeûne salvateur, dont les tactiques sont proches de celles employées par le monde sectaire.

Face à la proportion de Français qui affirment s’adonner régulièrement au jeûne pour leur santé, le rappel de ces éléments ne serait peut-être pas inutile.


A.H.

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Vos réactions (2)

  • Jeûne chez les Français

    Le 02 avril 2022

    J'ai le souvenir de quelqu'un qui m'est proche:cette personne a subi, il y a près de 50 ans, un régime prescrit par un médecin nutritionniste très en vogue, pour un surpoids modéré à la trentaine.
    400 cal./ jour à domicile pour au minimum 15 jours consécutifs, sans autre surveillance qu'un bilan sanguin en fin du cycle.
    Ceci à 2 ou 3 reprises, assez rapprochées.
    Surpoids aggravé spectaculairement après une perte de poids initiale moyenne(# 10%).
    Ce nutritionniste a sévi encore quelque temps
    dans les médias,chef de service adjoint à l'APHP.

    Dr Xavier Baizeau

  • Jeûne pour ne pas être vieux ?

    Le 04 avril 2022

    Le jeûne ne présente pas de danger particulier pour une personne si elle est en bonne santé, s'il ne dure pas trop longtemps (maximum une semaine), et s'il s'accompagne d'un apport hydrique correct (le jeûne hydrique est à l'évidence une aberration).

    Il s'agit d'une expérience existentielle, comme peut l'être la pratique de certains sports extrêmes.
    Avantages pour la santé, il y a des arguments pour, même si à mon avis ils sont insuffisamment étayés pour le moment.
    Je le pratique moi-même occasionnellement (et c'est dur, une semaine sans rien avaler de solide) et j'en tire un certain bénéfice (sinon je ne le ferais plus) au moins psychologique.
    Mais qu'on paye pour ne pas manger, alors ça, ça me dépasse complètement !

    Dr Jean-Paul Huisman

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