Dans le secteur santé aussi les femmes sont sous payées

Selon un rapport conjoint de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), présenté par communiqué de presse le 13 juillet 2022, les femmes travaillant dans le secteur de la santé gagnent 24 % de moins que leurs homologues masculins ; elles représentent 67 % du personnel de santé.

Le rapport constate également que les salaires dans le secteur de la santé et des soins ont tendance à être globalement inférieurs à ceux des autres secteurs économiques ; constat cohérent avec le fait que les salaires sont souvent plus bas dans les secteurs économiques où les femmes prédominent [1, 2].

Au sein d'un même pays, les écarts de rémunération entre hommes et femmes ont tendance à être plus importants « dans les catégories de rémunération élevées, où les hommes sont surreprésentés », les femmes elles, étant surreprésentées dans les catégories de rémunération inférieures.

Un autre rapport révèle, malgré la pandémie COVID-19 et le rôle crucial joué par les personnels de la santé et des soins, des améliorations marginales de l'égalité salariale entre 2019 et 2020 [3].

Les mères davantage pénalisées

Pendant les années de procréation d'une femme, les écarts d'emploi et de rémunération avec les hommes dans ce secteur augmentent considérablement et persistent le reste de leur carrière. Le rapport indique qu' « un partage plus équitable des tâches familiales entre les hommes et les femmes pourrait, dans de nombreux cas, amener les femmes à faire des choix professionnels différents ».

Jim Campbell, Directeur du personnel de santé à l’OMS déclare : « Les femmes constituent la majorité des travailleurs du secteur de la santé et des soins, et pourtant, dans beaucoup trop de pays, des préjugés systémiques entraînent des pénalités salariales pernicieuses à leur encontre. Les données et les analyses contenues dans ce rapport novateur doivent permettre aux gouvernements, aux employeurs et aux travailleurs de prendre des mesures efficaces » [1, 2].

Inégalités salariales au sein des hôpitaux en France

En 2018, le salaire moyen en équivalent temps plein des femmes dans la fonction publique hospitalière s’élève à 2191 €/mois, soit 20,6 % de moins que celui des hommes (2759 €/mois) [4]. Cette différence peut s’expliquer par la répartition différente des hommes et des femmes selon leur métier (catégorie hiérarchique, statut, filière de l’emploi).

En effet, 78 % des agents de la fonction publique hospitalière sont des femmes, dont 51 % des personnels médicaux, et près de 90 % des aides-soignant(e)s.

D’autres explications sont avancées : les femmes sont plus jeunes dans le personnel hospitalier. Les postes de chefs de service et professeurs universitaires sont actuellement occupés à 80 % par des hommes. Une partie des écarts de salaires proviennent aussi de l’ancienneté au poste, de l’expérience, des tâches effectuées.

Par exemple, le recours au temps partiel des femmes médecins contribue à l’écart de revenus, ainsi que le nombre de garde effectuées, facteurs qui augmentent de façon significative le salaire mensuel [3, 4].

Vers une fin de l’inégalité de salaires hommes/femmes en France ?

L’Etat s’engage depuis plusieurs années pour une égalité salariale, sans grand succès, mais il  semble vouloir accélérer le processus. Un accord relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la fonction publique a été signé le 30 novembre 2018 entre le gouvernement, les employeurs publics ainsi que certaines organisations syndicales.

Il renforce le précédent protocole d’accord signé le 8 mars 2013. Le gouvernement et les employeurs publics « s’engagent à mettre en œuvre, dans les trois versants de la fonction publique, des mesures d’évaluation et de traitement des écarts de rémunérations entre les femmes et les hommes, quel que soit leur statut, afin de garantir l’égalité des droits dans le déroulement de carrière des agentes et agents publics et l’égalité salariale ».

L’article 5 de la loi n°2019-828 du 6 août 2019, dite « transformation de la fonction publique », impose à chaque employeur public d’intégrer dans son rapport social unique des indicateurs de situation comparée des femmes et des hommes [6].
L’écart des salaires hommes/femmes tend à se réduire par rapport à 2018.

Cette diminution est évaluée à 1,9 % parmi les fonctionnaires, et 8,5 % parmi les contractuels. Cet écart pourrait disparaître en 2028, voire s’inverser vers 2030, car les femmes représentent 60% des étudiant(e)s en première année de médecine ; elles prendront donc plus de postes à  responsabilité au départ à la retraite des chefs de service hommes [3, 4].

Pr Dominique Baudon

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Vos réactions (4)

  • Dans le secteur santé aussi les femmes sont sous payées

    Le 22 août 2022

    Je ne comprends pas bien cette phrase :
    "En effet, 78 % des agents de la fonction publique hospitalière sont des femmes, dont 51 % des personnels médicaux, et près de 90 % des aides-soignant(e)s."
    Cela fait beaucoup de % !

    Dr Alain Atinault

  • Sous payées, vraiment ?

    Le 23 août 2022

    Si on résume cet article (et bon nombre d'articles concernant les différences de revenus entre femmes et hommes), les différences sont liées au fait que :
    - les métiers sont différents
    - dans un métier donné, le temps de travail et l'activité sont différents
    - l'ancienneté est différente
    A cela, on peut ajouter que les salaires et évolutions dans la FPH sont majoritairement fixés sur une grille et ne varient pas en fonction du sexe.
    Ainsi, je reste toujours perplexe quant aux conclusions à tirer de ce genre de données au delà de proposer les mêmes métiers pour tous le monde, ce qui est déjà le cas.
    Pour être un peu provocateur, étant donné que l'immense majorité des victimes de décès au travail (> 90 %) sont des hommes, doit-on considérer qu'il s'agit de la prime de risque ? (https://secours-prevention.com/metiers-les-plus-dangereux/)

    JM

  • Réponse de la rédaction

    Le 23 août 2022

    Pour reformuler plus clairement, il fallait lire : parmi tous les agents de la fonction publique hospitalière, 78 % sont des femmes ; parmi tous les personnels médicaux FPH, 51 % sont des femmes ; parmi tou(te)s les aides-soignant(e)s, 90 % sont des femmes.
    Le compte est "bon" ! (?)

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