Evaluation de la musculature pelvienne en position debout, cela change quoi ?

Dans la pratique courante, plusieurs méthodes existent pour évaluer la fonction pelvienne chez les femmes atteintes d’IUE (incontinence urinaire d’effort). On peut citer l’inspection clinique visuelle, la palpation vaginale, la manométrie, l’électromyographie (EMG) ou encore la dynamométrie.

Il est généralement plus aisé de réaliser le bilan et de standardiser les données avec un patient en décubitus dorsal. Ainsi, la majorité des physiothérapeutes effectue la séance en position couchée. A ce jour, peu d’études ont eu recours à la position debout pour examiner la fonction pelvienne.

Or, la position verticale pourrait permettre un état des lieux plus fonctionnel chez ces patientes. En effet, les fuites urinaires se produisent le plus souvent en charge, la gravité impactant la fonction des muscles du plancher pelvien.

Une étude a exploré les différences éventuelles entre l’évaluation en décubitus et en position debout de la fonction de la musculature pelvienne, chez les femmes souffrant d’IUE.

Quatre outils de mesure, portant sur un aspect distinct de la contraction, ont été utilisés.

Une étude expérimentale croisée

Ont été incluses 101 femmes souffrant d’IUE, sans traitement antérieur.

Le critère principal était la pression maximale de contraction volontaire pelvienne en position debout et couchée enregistrée par manométrie, tandis que les critères de jugement secondaires étaient les mesures de pression au repos évaluées par manométrie, la palpation vaginale, les forces musculaires active et passive par dynamométrie, et l’activité EMG au repos et pendant une contraction maximale.

Selon l’ordre des positions dans lequel les paramètres ont été enregistrés, les participantes ont été assignées au groupe 1 (évaluations en décubitus dorsal puis debout) ou au groupe 2 (évaluations en position puis en décubitus dorsal).

Des résultats différents

La pression moyenne de contraction maximale volontaire était significativement plus faible en position debout (DM −7 cmH2O, IC 95 % -10 à -4). La pression moyenne au repos était plus élevée en position debout (7 cm H2O, IC 95 % 5 à 10). Trois mesures de la fonction musculaire pelvienne dérivées de la palpation vaginale étaient meilleures en décubitus dorsal qu’en position debout.

Les forces actives et passives mesurées à l’aide de la dynamométrie étaient plus élevées en position debout (0,18 kgf, IC 95 % 0,16 à 0,20).

L’activité EMG au repos était plus élevée en position debout qu’en décubitus dorsal (DM 3,6 μV, IC 95 % 2,6 à 4,5), tandis que l’activité EMG pendant la contraction volontaire maximale était plus élevée en décubitus dorsal qu’en position debout (DM -8,7 μV, IC 95 % -12,5 à -4,8).

Les mesures de la fonction musculaire du plancher pelvien varient entre les positions debout et couché chez les femmes atteintes d’IUE sans traitement antérieur, confirmant que la gravité et la pression intra-abdominale impactent le plancher pelvien.

La gravité, générant une pression de repos plus élevée, semble diminuer les capacités à réaliser une contraction maximale volontaire performante. Même si l’examen des muscles pelviens en décubitus dorsal soit pratique, les données obtenues en position debout mettent en avant l’intérêt d’analyser ces muscles dans différentes postures de la vie quotidienne.

En effet, la position debout semble plus fiable pour analyser la fonction et les déficiences du plancher pelvien dans le cadre de l’incontinence urinaire à l’effort.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Gimenez MM, Fitz FF, de Azevedo Ferreira L, Bortolini MAT, Lordêlo PVS, Castro RA. Pelvic floor muscle function differs between supine and standing positions in women with stress urinary incontinence: an experimental crossover study. J Physiother. 2022 Jan;68(1):51-60. doi: 10.1016/j.jphys.2021.12.011. Epub 2021 Dec 21. PMID: 34952814.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article