Une sieste n’est pas l’autre

Même si les études sont rares et divergentes, il semblerait que le sommeil monophasique daterait de la révolution industrielle. Pratiquée dès l’ère préindustrielle, la sieste est une pratique ubiquitaire conservée à travers les espèces. Si nombre de génies l’ont adoptée (Isaac Newton, Archimède, Victor Hugo, Albert Einstein…), si la Chine l’a inscrite dans son Droit Constitutionnel, si elle est une institution en Espagne et en Italie, la France n’a cependant pas encore pleinement adoptée la sieste si l’on en croit l’enquête INSV/MGEN de 2016 : seulement un Français sur cinq la pratique au moins une fois par semaine, à tort ou à raison alors que 33 % d’entre nous dorment moins de 7 heures par nuit en semaine… Elle permet une dissipation de la pression homéostasique pendant le sommeil, « à condition d’être courte », signale le Pr Patrice Bourgin (Centre des troubles du sommeil, CHU Strasbourg).

Des effets bénéfiques…

La sieste présente une très grande variété interindividuelle en termes de fréquence et de durée (il existe des courts et des longs siesteurs) en fonction de l’âge (plus l’âge avance, plus la durée de la sieste augmente), de facteurs génétiques et environnementaux.

Lorsqu’elle est appropriée, la sieste exerce de nombreux effets bénéfiques sur la cognition, elle :

-Réduit les effets liés au stress en diminuant les taux de norépinéphrine et de cortisol et la pression sanguine,

-Exerce des effets neuro-inflammatoires en réduisant les taux des polynucléaires neutrophiles et en augmentant l’IL-6,

-Augmente la performance cognitive en améliorant la vigilance et en consolidant la mémoire,

-Améliore la stabilité émotionnelle et réduit la sensibilité à la douleur.

Les bénéfices de la sieste sur la cognition diffèrent selon le stade du sommeil :

-En stade 2 (sommeil lent léger), elle consolide la mémoire procédurale,

-En cas de spindles (bouffées d’activité brèves en stade 2), elle facilite les taches associatives et améliore la mémoire émotionnelle,

-En sommeil lent profond (ondes lentes), elle consolide la mémoire déclarative,

-En sommeil paradoxal (REM), elle pourrait diminuer la valence négative des émotions.

Elle exerce aussi des effets bénéfiques sur la santé publique, contrebalançant le manque de sommeil. Elle réduit le risque cardiovasculaire si elle dure moins de 30 minutes, diminue la somnolence liée au travail de nuit et au travail posté et réduit la fréquence des accidents liés à la somnolence.

… mais pas toujours

Lorsqu’elle est longue et répétée, comme c’est souvent le cas chez la personne âgée, la sieste est associée à un risque de dépression, de déclin cognitif, d’hypertension, de diabète et de syndrome métabolique, tout en étant associée à une mortalité accrue. Une hypothèse avancée est celle d’un processus dégénératif probablement médié par une inflammation de bas grade indépendant des autres facteurs qui peuvent affecter le sommeil ou la santé.

Ainsi, recommander la sieste doit être personnalisé et demande de distinguer les siestes fréquentes, quotidiennes et/ou longues, avec somnolence diurne résiduelle et sans notion de privation de sommeil des siestes occasionnelles et courtes dans un contexte de privation de sommeil, le plus souvent chez le sujet jeune.

Quelle serait la sieste optimale ?

Ainsi, il faut se poser la question des conditions optimales d’une sieste, sa durée, la présence d’une inertie du sommeil, à quel moment de la phase circadienne la programmer, dans quel environnement lumineux ?

Concernant sa durée, la sieste n’a aucun effet si elle dure moins de 5 minutes alors qu’elle exerce des effets bénéfiques immédiats pour une durée de 2 heures au moins, lorsqu’elle dure 10 minutes. Si elle se prolonge 15-20 minutes, elle n’a que peu d’effets immédiats tout en générant une inertie du sommeil lorsqu’elle atteint 30 minutes, avec un retentissement possible sur le sommeil nocturne. L’inertie du sommeil se traduit par de la fatigue, une diminution de la vigilance, une faiblesse musculaire, une réduction des performances et parfois des nausées. Elle est favorisée par une sieste effectuée durant la nuit biologique, lorsqu’il y a eu un éveil prolongé avant la sieste et si elle mené à un sommeil lent profond.

Cette différence d’efficacité selon la durée est également notée quel que soit le moment de la sieste, y compris pendant la nuit biologique, et sans influence de la luminosité. Cependant, elle est moins efficace lorsqu’elle est programmée durant la nuit ou la soirée et altère la faculté d’endormissement au moment du sommeil normal lorsqu’elle est programmée moins de 5 heures avant l’heure du coucher, particulièrement chez la personne âgée.

En cas de restriction de sommeil, la sieste quotidienne améliore la somnolence pendant 6 à 8 heures, mais cette amélioration disparaît en soirée et n’a pas d’effet cumulé d’un jour sur l’autre. Par ailleurs, après une nuit de privation de sommeil, la sieste courte (10 minutes) provoque une inertie du sommeil altérant la vigilance que l’on peut contrebalancer avec une luminothérapie de 30 minutes.

S’il est difficile de faire des recommandations simples, il faut retenir la grande variété interindividuelle des bénéfices de la sieste qui est indiquée si elle est courte et occasionnelle, programmée dans un contexte de privation du sommeil chez un sujet jeune. Elle est discutable lorsqu’elle est fréquente, quotidienne et longue car elle génère une somnolence résiduelle avec mauvaise qualité du sommeil, surtout chez le sujet âgé présentant des comorbidités cardiovasculaires ou métaboliques. Il existe par ailleurs de bons et de mauvais siesteurs, de telle sorte que l’indication d’une sieste dépend de l’objectif recherché (immédiat, retardé, effet sur la mémoire…), des conditions dans lesquelles le sujet se trouve (privation de sommeil…) et de sa durée.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Bourgin P. Sieste : pour ou contre ? Congrès de L’Encéphale 2023, Paris, 18-20 janvier 2023.

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