L’effet du microbiote sur la santé débute avant la conception !

L’utérus n’est pas un organe stérile et la composition relative de son microbiote est variable selon les individus. Cela dit, 60 phylotypes constituent plus de 99% de la composition de ce microbiote, 15 de ces phylotypes se retrouvant systématiquement chez toutes les femmes. Les plus abondants appartiennent au groupe des bactéroïdes (d’origine intestinale), aux lactobacilles (d’origine vaginale) et aux Prevotella (d’origine intestinale).

La composition du microbiote placentaire dépend à la fois de migrations ascendantes depuis le vagin, d’une dissémination hématogène à travers le placenta, ainsi qu’une colonisation rétrograde au départ de la cavité abdominale. L’amniocentèse peut rarement être source de colonisation.

Dans ce contexte, le profil taxonomique du microbiote placentaire est nettement plus proche du microbiote oral que du microbiome vaginal auquel il est peu apparenté. Le microbiote placentaire produit certains cofacteurs et vitamines nécessaires au développement du fœtus. Toute modification de ce microbiote est par ailleurs susceptible d’entraîner des accouchements prématurés, notamment parce que certaines voies de production (et notamment celle des cytokines pro-inflammatoires) sont modifiées.

La grossesse entraîne par ailleurs une modification du microbiote intestinal dont la composition est différente au cours du 3ème trimestre de la grossesse avec un profil plus obésogène, probablement lié à la nécessité d’augmenter la masse grasse chez la maman pour préparer l’allaitement mais aussi pour maintenir une glycémie suffisante chez le fœtus.

Après la naissance

Chez le nouveau-né, le microbiote est différent selon que l’accouchement se déroule par voie basse ou par césarienne. En cas d’accouchement naturel, il contient de nombreux Escherichia coli, mais la différence disparaît après 3 mois, ce qui implique d’être particulièrement vigilant sur le plan nutritionnel au cours de cette période. On sait ainsi que le mode d’alimentation influence également le microbiote, l’allaitement réduisant de manière substantielle la prévalence de C. difficile. Pour expliquer cette différence, Tom Van de Wiele (Un. Gand) rappelle que le lait artificiel plus riche en certains oligosaccharides, qui ont un effet antimicrobien, antiadhésif et immunomodulateur, ce qui explique que l’entérocolite nécrosante, une complication gravissime chez l’enfant soit 6-10 fois plus fréquente en cas d’alimentation artificielle.

Enfin, il ne faut pas oublier l’importance de l’environnement dans la composition de ce microbiote. La prescription d’antibiotiques ou de probiotiques peut le modifier profondément et mener soit à une dysbiose (qui conduit à une augmentation des maladies immunitaires telles que l’asthme, des maladies inflammatoires intestinales ou encore des maladies métaboliques) soit à une symbiose qui mène à une bonne immunotolérance, une homéostasie intestinale et un métabolisme sain.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Van de Wiele T. Microbiota establishment in the developing child : vertical transmission from mother to infant. 46ème congrès annuel de la Société Belge de Pédiatrie, Bruxelles, 8-9 mars 2018. Plenary session.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article