L’épuisement des omnipraticiens après la COVID-19 : une réalité trop peu étudiée

La COVID-19 a eu un retentissement négatif sur la santé des populations (anxiété et dépression) avec cependant une diminution progressive au fur et à mesure de la pandémie, mais également sur les professionnels de santé avec l’apparition de syndromes anxiodépressifs, de burnout, de stress post-traumatique. C’est aussi le cas en France où cet impact négatif sur la santé mentale des professionnels de santé de première ligne a pu être constaté, y compris chez les médecins généralistes.

Cependant, il n’existe pas (ou peu) d’études longitudinales chez les professionnels de santé à ce sujet. L'objectif principal de l’étude présentée par Xavier Humbert (Caen, France) était d'évaluer l'impact psychologique (stress, burn-out et auto-efficacité) de l'épidémie de COVID-19 chez les médecins généralistes de Basse-Normandie.

Une étude longitudinale entre 2020 et 2021

Dans cette étude épidémiologique, longitudinale, observationnelle, descriptive et prospective réalisée auprès de médecins généralistes installés dans le Calvados, la Manche et l'Orne, 4 questionnaires d'auto-évaluation psychologique validés ont été utilisés : l’échelle de stress perçu (EPS), l’échelle d'impact de l'événement -stress post-traumatique- révisée (IES-R), l’inventaire d'épuisement professionnel de Maslach (MBI) et l’échelle générale d'auto-efficacité (GSES).

L'évaluation initiale s’est déroulée en avril 2020 et la seconde en avril 2021. Ces questionnaires ont été envoyés par la poste et ont généré une réponse de la part de 331 médecins (sur plus de 1200 questionnaires envoyés, soit un taux de participation de 29,2 %) pour le questionnaire initial et 158 réponses pour le suivi à un an, sans grande différence de participation en fonction du sexe, du lieu et du mode de pratique.  

Au total, 88,6 % des répondants étaient vaccinés contre la COVID-19 et 13,3 % ont été infectés. Les scores moyens PSS et MBI ont augmenté de manière significative lors du suivi (p = 0,01 avec plus spécifiquement un p<0,0001 pour l’épuisement émotionnel et un p=0,002 pour la dépersonnalisation). Des symptômes graves d'épuisement professionnel ont été observés lors du suivi à un an chez 42,4 % (n = 67) et 53,8 % (n = 85) des participants pour les scores d'épuisement émotionnel et de dépersonnalisation (contre 31,2 % et 45,5 % initialement, p=0,001 et p=0,01 respectivement). Les scores moyens IES-R et GSES n'avaient pas changé de manière significative à 1 an. 

Ces données sont assez semblables à ce qui avait été observé en Italie où les médecins signalaient une augmentation de la charge de travail, un contact fréquent avec des patients suspects de COVID qui augmentait le burnout des professionnels, un manque de communication avec les autorités, et les multiples sources d’information des patients comme une difficulté supplémentaire au quotidien. Par ailleurs, comme aux Etats-Unis et au Canada, les symptômes variaient en fonction de la période de la pandémie. Quant à l’auto-efficacité, ses paramètres variaient avec le taux de stress et la qualité du sommeil, les auteurs soulignant par ailleurs l’importance du soutien social pour appréhender ce phénomène.

In fine, cette étude longitudinale avec un suivi d'un an a mis en évidence un impact psychologique négatif de la COVID-19 chez les omnipraticiens. Elle évoque aussi la nécessité de continuer à surveiller les difficultés psychologiques auxquelles les professionnels de santé peuvent être confrontés, en particulier en soins primaires.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Humbert X. COVID-19 psychological impact in French GPs : a one year longtidunal study. WONCA 2023. Abstract#ID180.

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