« La psychiatrie vit aujourd’hui une grave crise » selon Adeline Hazan

Paris, le lundi 17 septembre 2018 - Dans une tribune publiée dans Le Monde, Adeline Hazan, contrôleur général des lieux de privations de liberté, dénonce le tournant sécuritaire pris par la psychiatrie depuis quelques années et la part trop importante de l’enfermement et de la contention.

De nombreux hôpitaux psychiatriques ont connu ces derniers mois des mouvements sociaux. Si les soignants demandent généralement plus de moyens et de meilleures conditions de travail, la crise de la psychiatrie n’est pas là, selon Adeline Hazan. Dans cette tribune, le contrôleur général des lieux de privation de liberté estime que la priorité en la matière est de remettre en question la culture de l’enfermement qui domine dans la psychiatrie.

Adeline Hazan part d’un constat : après un mouvement libéral dans les années 1960, la psychiatrie a pris depuis une dizaine d’année un tournant sécuritaire, qui s’est concrétisé par la création en 2011 de l’hospitalisation sans consentement pour péril imminent à la demande du préfet. Depuis, le nombre d’hospitalisation sous contrainte n’a cessé d’augmenter et la France est désormais l’un des pays européens qui enferme le plus les malades psychiatriques. Des hospitalisations contraintes qui, en raison de la diminution du nombre de lit et du manque de moyens, ne sont pas réalisés dans des conditions à même de faciliter la réinsertion du patient. L’hospitalisation, censé être un intermède bref dans une optique de soin en milieu ouvert, s’éternise et se généralise.

Pour changer de paradigme, A. Hazan souhaite généraliser des modèles alternatifs à l’enfermement et réduire le plus possible l’isolement et la contention. De manière plus générale, elle espère une réévaluation complète de la prise en charge de la maladie mentale, avec notamment un meilleur accompagnement des patients au quotidien pour prévenir les crises et des hôpitaux pratiquant par principe l’hospitalisation en unité ouverte. Il faudra désormais attendre que le gouvernement s’exprime sur la réforme à venir du système de santé pour savoir si le contrôleur général des lieux de privation de liberté a été étendu et si la psychiatrie française sera réformée.

Quentin Haroche

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Vos réactions (4)

  • Mme Hazan se trompe

    Le 18 septembre 2018

    En fait cette situation délétère est secondaire au démantèlement de la psychiatrie de secteur et à l'appauvrissement progressif de la psychiatrie, moins de soignants, médecins, infirmiers spécialisés, aides-soignants... prise en main par l'administratif laissant beaucoup moins de liberté de mouvement aux soignants, tenus à des "règles", "normes" contraignantes sans rapport direct avec le soin...
    Et... mise en avant de situations médicolégales ou les malades mentaux sont largement stigmatisés...et perçus comme dangereux ...

    Dr F.Cohen Herlem
    Psychiatre

  • Vision bobo

    Le 18 septembre 2018

    Il n'y a encore pas si longtemps que l'on entendait les partisans des Drs Laing, Cooper et Esterson (des noms qui ne doivent plus dire grand chose aux jeunes psychiatres) et surtout du Docteur Basaglia, qui sévissait à Trieste, et avait quand même réussi à obtenir une loi (en Italie heureusement, donc peu appliquée) abolissant les HP. Mme Hazan doit en être une fervente supportrice, mais ce n'est pas elle qui aura en face de son logement de bobo un schizophrène non soigné, car refusant de l'être...

    Dr Jean Pierre Huber

  • Moins dangereux que les autres (Au Dr Huber)

    Le 23 septembre 2018

    Que craignez-vous cher confrère ? Les schizophrènes ne sont pas plus dangereux que les autres individus, même il semblerait que les crimes commis soient à 1% du fait de patients ayant des troubles psychiques graves (tout type), contre 2% de schizophrènes en France. Ils seraient même moins dangereux que les autres, surtout repliés sur eux, mis en incapacité par leur ressenti d'insécurité ou leurs hallucinations. En revanche ils atteignent déjà 10 à 15% de suicide, soit mille fois plus que les chiffres de la population, alors évitons de les stigmatiser à tort (comme le disait notre confrère psychiatre).

    Dr Pierre Serveille

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