A quel âge commencer le dosage du PSA ?

L’âge auquel il faut commencer à doser l’antigène spécifique de la prostate (PSA) pour dépister le cancer de la prostate (KP) est sujet à débat, certaines sociétés savantes préconisant 40 ans et d’autres 55 ans. Les auteurs américains et suédois avaient démontré dès 2010 sur une étude randomisée (J Hugosson ) que le dépistage par dosage du PSA réduisait de 44 % la mortalité par KP avec un recul de 15 ans.

L’essai randomisé, baptisé Göteborg-1, avait inclus en 1995, 9 972 hommes âgés de 50 à 64 ans, qui ont été examinés (avec dosage du PSA) tous les 2 ans jusqu’à l’âge de 70 ans (GÉ), et comparés à 9 972 témoins (GT) ; les auteurs se sont penchés sur l’impact de l’âge de la détection du KP sur la mortalité, présumant que le stade serait d’autant moins élevé que le dépistage serait plus précoce. Le taux de PSA a été considéré comme anormal d’abord à 3,4 puis à 2,54 ng/ml.

Dans le GÉ, ont été diagnostiqués 1597 KP (16 %) vs 1 238 (12,4 %) dans le GT. Surtout, dans le GÉ, on n’a pu rapporter « que » 136 décès au KP au cours des 15 ans de surveillance, soit 8,5 % des cancers diagnostiqués, alors qu’il y a eu 187 décès imputables au KP dans le GT, soit 15,1 %. Les décès liés à d’autres causes ont été comparables dans les deux groupes. Ces chiffres sont évocateurs mais, sur la cohorte entière, ils n’arrivaient cependant pas à la signification statistique (p= 0.052).

Un bénéfice significatif avec un dépistage entre 55 et 60 ans

Celle-ci a cependant été atteinte quand on a divisé les participants en 2 sous-groupes : GJ= hommes de 50 à 64 ans, suivis jusqu’à l’âge de 74 ans et GA = hommes de 53 à 74 ans suivis jusqu’à l’âge de 77 ans. Alors que pour les GJÉ, il y a eu 64 décès par KP sur 1 390 KP avérés (4,6 %) et 93 décès spécifiques sur 952 (9,8 %) dans le groupe GJT, cette proportion passe à 7,2 % dans le GAÉ et 13,2 % dans le GAT.

Le dépistage ne doit pas commencer plus tard que 55 ans et, après 60 ans, son effet devient infime sur la mortalité. Il semble qu’il soit encore plus rentable de doser le PSA à partir de 50 ans, mais le bénéfice obtenu est moins net entre 50 et 55 qu’entre 55 et 60 ans.

Le dépistage à partir de 55 ans au lieu de 60 réduit de près de 50 % le risque de mortalité liée au KP. Le démarrer à 50 ans améliore encore ce score, mais dans des proportions moindres.

En conclusion, les campagnes de dépistage doivent commencer au moins à 55 ans et si possible plus tôt.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Carlsson SV et al. : Young age on starting prostate-specific antigen testing is associated with a greater reduction in prostate cancer mortality : 24-year follow-up of the Göteborg randomized population-based prostate cancer screening trial.
Eur Urol., 2023;83:103-109. doi: 10.1016/j.eururo.2022.10.006.

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Vos réactions (10)

  • Erreur conceptuelle

    Le 13 septembre 2023

    Voilà une illustration des absurdités auxquelles mène l'idée perverse de "dépistage".
    Le PSA n'est pas un dépistage du cancer de la prostate (KP) mais une évaluation du risque de KP. Idem pour la mesure de la pression artérielle ou de la cholestérolémie, qui ne sont pas un dépistage de la coronaropathie mais une évaluation de son risque de survenue (pouvant motiver une enquête diagnostique plus approfondie, mais surtout des mesures préventives).
    La toute première cause d'augmentation du PSA à un âge avancé est l'hypertrophie bénigne de la prostate, et son dosage est alors peu informatif. Ce qui est un marqueur de risque utile est la constatation d'un taux élevé à un âge précoce (avant cinquante ans) ou l'élévation rapide d'un taux connu pour être antérieurement bas. Quant au diagnostic de KP, il nécessite un examen spécifique. Idem pour le sang occulte fécal, qui évalue un risque mais ne permet pas de diagnostiquer un cancer du colon.
    Pour toutes ces maladies (et bien d'autres) les campagnes systématiques de dépistage généralisé sont inadaptées. En revanche, l'évaluation des risques est la base de tout suivi clinique personnalisé, à condition d'être entreprise au plus jeune âge pour être efficiente. Par exemple, en l'absence de signe d'appel, le PSA doit être mesuré avant 50 ans, le sang fécal avant 60 ans, la PA avant 30 ans, la cholestérolémie avant 15 ans. Des résultats normaux à ces âges incitent à ne pas les renouveler sans motif, tandis que des résultats potentiellement préoccupants incitent à un suivi particulier.
    La priorité n'est pas de "dépister" mais de stratifier les risques.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Dépistage

    Le 13 septembre 2023

    "En l'absence de signe d'appel, le PSA doit être mesuré avant 50 ans, le sang fécal avant 60 ans, la PA avant 30 ans, la cholestérolémie avant 15 ans.". Ce n'est pas du dépistage ... ??? Même si des résultats normaux "incitent à ne pas réitérer" comme vous dites (c'est discutable en particulier pour la recherche de sang dans les selles), ce que vous prenez comme exemples ressemble à du dépistage comme un jumeau à son homozygote.
    La 1e partie de votre commentaire, en revanche, je la trouve bien formulée, et pertinente.
    Bien confraternellement.

    Dr C Le Pommelet

  • Eclaircissement

    Le 14 septembre 2023

    Si j'ai écrit : "les campagnes systématiques de dépistage généralisé sont inadaptées" parce que "la priorité n'est pas de dépister mais de stratifier les risques", c'était bien pour souligner que, si l'on veut optimiser l'utilisation des ressources du système de santé, c'est au médecin de personnaliser la prévention.
    Quelques examens courants, raisonnablement pratiqués, font partie de l'évaluation clinique. Ils ne sont pas du "dépistage", sauf à donner à ce terme une acception justement abusive.
    Pour la santé publique, mieux vaudrait que l'Etat privilégie les médecins traitants plutôt que d'envoyer toute la population, au prétexte de dépister, chez des spécialistes en tous genres.
    Je crains qu'on ne juge la médecine générale comme plus en plus inutile, car rendue incapable d'exercer ses missions.

    Dr Pierre Rimbaud

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