Affaire Vincent Lambert : toujours la même impasse

Reims, le jeudi 22 novembre 2018 – Le 29 septembre 2008, un accident de circulation sur une petite route près de Châlons-en-Champagne a laissé Vincent Lambert cérébrolésé et tétraplégique. Depuis que les médecins ont signalé l’absence d’espoir d’amélioration de son état végétatif, les membres de sa famille favorables à l’arrêt des soins (notamment son épouse et son  neveu) et ceux favorables à leur maintien (en particulier ses parents) se livrent une âpre bataille judiciaire, riche de multiples rebondissements.

Trois nouveaux experts, nommés par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, chargés de se prononcer sur l'état du patient et son évolution depuis 2014, date de la dernière expertise officielle, viennent de rendre leurs conclusions, dans un avis, dont une copie a été transmise au JIM. Cette expertise a été requise avant l'éventuel déclenchement d'une nouvelle procédure d'arrêt des soins, engagée une nouvelle fois le 9 avril par le CHU de Reims où le patient est hospitalisé.

Dans ce document, les trois professeurs de médecine* concluent que Vincent Lambert est « dans un état d’incapacité fonctionnelle psycho-motrice totale, comparable cliniquement à celui enregistré en 2014 ».
Ils observent également « des éléments minimes d’aggravation ».

Non, Vincent Lambert ne réagi pas aux stimulations de son entourage

Les partisans de la continuation des soins ont présenté à plusieurs reprises des films qui semblaient mettre en évidence un lien entre ses aidants et Vincent Lambert.

Les experts dénient que les réactions de Vincent Lambert traduisent une réelle interaction et signalent que « les ouvertures des yeux (…) apparaissent aléatoires, ne correspondent pas obligatoirement à des réactions d’éveil cortical comme l’indiquait la très faible réactivité électroencéphalographique enregistrée en 2014 ».

En outre « les émissions vocales (…) qui ont été rapportées renvoient à une séquence automatique sous-corticale. Elles sont la plupart du temps spontanées hors schéma potentiel de communication ».

Au total, il n’existerait « aucune possibilité d’interactions volontaires du patient avec son environnement ni aucune manifestation objectivable d’une forme résiduelle de conscience ».

La déglutition a également été évaluée très en détail et pour les trois experts il n’est pas possible d’envisager une restauration des capacités de « déglutition efficace en terme de nutrition », même après reprise d’une rééducation, comme peuvent le penser les parents du patient.

Non, il n’y a pas d’acharnement thérapeutique

Si le rapport estime, comme Rachel Lambert, l’épouse du patient, qui en fait un argument majeur en faveur de l’arrêt des soins, que son image corporelle est « profondément » altérée, il considère néanmoins « que la réponse aux besoins fondamentaux primaires ne relève pas pour certains patients en état végétatif avéré, tel que Vincent Lambert, de l’acharnement thérapeutique ou d’une obstination déraisonnable ». En outre, les experts estiment possible le transfert de Vincent Lambert dans une institution différente du CHU, ce qui répond au souhait répété des parents du patient.

A la lueur des conclusions de cet avis, il est fort probable que ce rapport nuancé sera utilisé par les deux parties comme un nouveau soutien à leur position.

*Philippe Courbes, neurochirugien, université de Montpellier. Fabrice Parker, neurochirugien, université Paris XI. Virgine Woissard, ORL, université de Toulouse

F.H.

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Vos réactions (10)

  • Expertise nuancée

    Le 25 novembre 2018

    Il semble bien d'après les conclusions des experts que ce patient ne soit pas en fin de vie, mais en état végétatif chronique et que les soins fondamentaux primaires qui lui sont prodigués ne relèvent pas de l'acharnement thérapeutique ou d'une obstination déraisonnable, que sa situation médicale ne pose pas de difficultés de prise en charge et qu'il peut être transféré dans des structures médicales adaptées pouvant l’accueillir comme environ 1200 patients dans ce même état chronique.


    Dr Michel de Guibert

  • Sévices

    Le 25 novembre 2018

    De telles poursuites de soins, dont certains sont douloureux, dans le sel but de maintenir en vie un patient en état végétatif, sont des sévices à patient. Parmi les partisans de ces poursuites de soins qui n'ont plus de sens, certains pourraient être accusés d'être, au moins inconsciemment, responsables d'un "syndrome de Munchausen par procuration".

    Professeur Marcel Voyer

  • Ne va-t-on pas à l'encontre de ses volontés ?

    Le 25 novembre 2018

    Je suppose que les frais - qui doivent être énormes - sont pris en charge par la Sécu ? Et si "les parents" devaient les payer eux même, auraient-ils la même attitude ?

    Est-ce que Vincent Lambert n'avait pas exprimé (verbalement) que dans de telles circonstances, il ne souhaitait pas qu'on arrête "les soins" ? En continuant, ne va-t'on pas à l'encontre de ses volontés ? A moins que "les parents" veulent, simplement, prendre le contre-pied de leur belle-fille (comme on le voit souvent dans les familles)…

    Dr André Coget

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