Agnès Buzyn déclenche la polémique

Paris, le mercredi 18 mars 2020 – Dans un entretien au Monde publié ce mardi, l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn affirme qu’elle avait, dès décembre, alerté Matignon et l’Elysée de la gravité de l’épidémie de coronavirus. Des révélations qui créent la polémique.

« Le risque d’importation du virus depuis Wuhan est pratiquement nul (…), le risque de propagation est très faible ». Ces propos ont été tenus par Agnès Buzyn, à l’époque ministre de la Santé, le 24 janvier dernier, alors qu’aucun cas de coronavirus n’avait encore été détecté en France. Deux mois plus tard, alors que le pays a dû être placé en confinement pour stopper l’épidémie, c’est un tout autre déroulement des faits que l’ancienne ministre a livré à nos confrères du Monde dans une interview publié ce mardi.

Une candidature absurde

Avec une certaine arrogance, elle affirme aujourd’hui qu’elle a « vu la première ce qui se passait en Chine ». Selon sa version des faits, elle aurait alerté le directeur général de la santé dès le 20 décembre dernier (alors que la Chine ne comptait qu’une centaine de cas). Elle avertit ensuite le Président de la République le 11 janvier. Le 30 janvier (6 jours donc après avoir annoncé que le risque épidémique est nul en France), elle aurait indiqué au Premier Ministre que la tenue des élections municipales du 15 mars était impossible.

Pourquoi, alors, avoir accepté de remplacer au pied levé Benjamin Griveaux le 16 février et devenir la candidate LREM à Paris ? L’ancienne ministre s’empêtre dans ses explications. Selon elle, si elle a pleuré lors de son départ du ministère, c’est parce qu’elle savait qu’il y aurait un tsunami et « que les élections n’auraient pas lieu ». « On aurait du tout arrêter, c’était une mascarade » surenchérit Agnès Buzyn (terme de mascarade qu’elle a depuis dit regretter). La ministre se serait donc lancée, en connaissance de cause, dans une campagne vide de sens ? Difficile à croire.

L’union sacrée n’a pas duré

Les révélations de la candidate à la mairie de Paris (qui a terminé ce dimanche en 3ème position avec 17 % des voix) n’ont pas manqué de faire réagir l’opposition. Jean-Luc Mélenchon a ainsi parlé d’ « aveux consternants ». A sa demande, une mission d’information va être créée à l’Assemblée Nationale « sur la gestion et les conséquences de l’épidémie ». Marine Le Pen va encore plus loin : elle parle de « scandale d’État » et n’hésite pas à envisager la saisine future de la Cour de Justice (pour juger Mme Buzyn) voire de la Haute Cour (pour destituer le Président de la République !). L’union sacrée décrétée par Emmanuel Macron n’aura pas duré bien longtemps.

Même dans son propre parti, les mots sont très durs contre Agnès Buzyn. Un de ses collègues critique son « égoïsme forcené » et son attitude « déloyale ». Une autre source gouvernementale explique sans détours que ces « révélations » sont mensongères. « Elle disait qu’il n’y avait pas de risques » explique la source. Interrogé ce mardi soir sur France 2, le Premier Ministre Édouard Philippe n’a pas voulu accabler son ancienne ministre mais a défendu sa gestion de la crise. Il a notamment rappelé qu’il avait, dès le mois de janvier, organisé des réunions ministérielles sur l’épidémie.

Fin de carrière politique ?

Qu’est ce qui a donc bien pu pousser la discrète Agnès Buzyn à faire des révélations si tonitruantes et probablement en partie contraires à la vérité à ce moment si critique pour notre pays ? Le journaliste du Monde qui l’a interviewé évoque les nombreuses larmes de l’ancienne ministre. Mme Buzyn aurait-elle fait un burn-out, craquer sous la pression générée par les élections et l’épidémie ? C’est l’hypothèse émise par beaucoup de médecins.

Ce qu’elle regrette peut-être plus, c’est sans doute de n’avoir pas réellement compris l’ampleur de la catastrophe et d’avoir quitté son poste au moment le plus crucial, pour une élection qui n’intéresse plus personne. 

La carrière politique d’Agnès Buzyn vient de voler en éclats, trois ans après avoir débuté.

QH

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Vos réactions (24)

  • Médecin hospitalier, politicienne ou ambitions déçues?

    Le 18 mars 2020

    Mme Buzyn a en effet tout faux. Elle ment ouvertement sur son jugement de l'épidémie (alors que personne ne lui reprochait rien de spécifique dans ce domaine...), elle quitte un ministère avec 800 démissions de chefs de Service excédés par la surdité du gouvernement et une crise ouverte de plus d'1 an aux urgences, et devient nuitamment compétente pour la Mairie de Paris...comportement irresponsable dans tous les domaines. Il n'y a rien à ajouter…

    Dr Astrid Wilk

  • La politique miroir aux narcisses

    Le 18 mars 2020

    Misérable…

    Dr Jacques Borek

  • Mais bien sûr...

    Le 18 mars 2020

    Et Mme Buzyn enveloppe la marmotte dans le papier d'alu...
    Souvenons nous des propos véhéments, moqueurs, tenus à l'encontre de R Bachelot après tout ce "pognon" dépensé pour établir un plan, acheter des masques par palettes, des pédiluves et autres bricoles. Dépensé pour rien, comme on dépense pour "rien" dans les ceintures de sécurité, les airbags.

    Les sarcastiques de l'époque ont sans doute influencé les attitudes, la peur du ridicule, de la dépense inconsidérée.
    Car à l'époque, j'ai même entendu des médecins se moquer du ministre dépensier.
    Si, si, même des médecins…

    Dominique Barbelet

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