Bilan de soins infirmiers : un peu de simplification pour beaucoup de complexité !

Paris, le mercredi 8 janvier 2020 - Depuis une semaine, le bilan de soins infirmiers (BSI) est entré en vigueur. Il doit, à terme, se substituer à la démarche de soins infirmiers (DSI). Retour sur un nouveau dispositif qui entend améliorer les soins des patients dépendants et faciliter la vie de la profession infirmière.

Changement majeur, ce nouveau protocole prend en compte l’importance des soins et ne repose plus uniquement sur le temps passé.

En pratique, le BSI entérine la création de trois nouveaux forfaits journaliers de prise en charge d’un patient dépendant.

Le premier forfait concerne le suivi des patients relevant d’une prise en charge « légère ». Il est valorisé 13 euros par jour et par patient.Le deuxième forfait, pour le suivi des patients « intermédiaires » est rémunéré à hauteur de 18,2 euros. Le troisième et dernier forfait concerne les patients dits « lourds » et est financé 28,7 euros.

Casse-tête

Pour déterminer la catégorie de chaque patient, il faudra prendre en compte les interventions dans les « domaines Hygiène (H), Elimination (E) [urinaire ou fécale NDLR] et Mobilité (M) » détaille l’avenant.

« Les patients appartenant à la classe « légère » sont caractérisés par l’absence d’interventions cochées dans les trois domaines HEM ou une valeur de groupe maximal au plus égale à un dans au moins deux domaines HEM. Les patients appartenant à la classe « lourde » sont caractérisés par la présence d’interventions cochées dans au moins deux domaines HEM et une valeur de groupe maximal au moins égale à trois dans au moins deux domaines HEM. Les patients non orientés dans les classes de prises en charge « légère » ou « lourde », sont classés en classe « Intermédiaire » » peut-on lire…autrement dit la classification des patients pourrait relever du casse-tête, d’autant qu’il existe « 100 combinaisons possibles entre les groupes maximaux H, E et M » note le texte.

Par ailleurs, les frais de déplacement ainsi que les éventuelles majorations applicables resteront facturables à chaque passage au domicile du malade.

Une mise en place en trois ans

Mais les professionnels auront le temps de s’acclimater.

Ainsi, ces forfaits ne sont aujourd’hui applicables qu’aux patient de 90 ans et plus, ils seront étendus aux 85 ans et plus au 1er janvier 2021, et aux 78 ans et plus à partir du début 2022. Le 1er janvier 2023, le BSI sera généralisé à l’ensemble des patients dépendants.

Pour les IDEL, ce dispositif est présenté par la CNAM et les syndicats signataires* comme un moyen de faciliter leur travail notamment grâce à la dématérialisation. Le BSI est en effet directement à remplir sur le compte Ameli pro du professionnel et transféré automatiquement au médecin traitant qui a cinq jours pour donner un avis. Il pourra alors valider le plan de soins infirmiers proposé ou formuler des observations.

Une fois enregistré auprès de l’Assurance maladie, le BSI aura une validité d’un an.  

*Le SNIIL (Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux et la FNI (Fédération nationale des infirmiers). Convergence infirmière, troisième syndicat représentatif, a refusé de signer cet avenant.

F.H.

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Vos réactions (4)

  • Comme un parfum de T2A

    Le 08 janvier 2020

    Malgré tout on peut bien sourire, même si celles et ceux qui vont devoir s'y coller n'en ont pas forcément envie mais il semble que les "crânes d’œuf" de la CNAM et/ou de l'HAS soient atteints d'obsessions compulsives pour qu'au moment où on s'apprête à la remettre en question dans son principe pour la cotation des actes chirurgicaux, ils aient cette tentation irrépressible de faire entrer chez les infirmiers(res) à domicile une forme de T2A.
    Bonne année à tous cependant!

    H.Tilly (MK)

  • Vers un appauvrissement dans tous les sens du terme

    Le 09 janvier 2020

    Vous omettez de dire que c'est un ordinateur qui détermine le niveau de prise en charge. Je ne vois pas en quoi, cet outil valorise notre profession. Je vois juste que nous allons vers un appauvrissement (et ce dans tous les sens du terme) qui va entrainer (avec la hausse inexorable du montant de nos charges) soit des visites de plus en plus rapides chez nos patients donc une prise en charge de mauvaise qualité, soit un abandon de notre métier car ce n’est pas comme cela que nous aimons travailler... Résultats des courses, ce sont les personnes les plus âgées qui en feront les frais car les familles n’auront d’autres choix que de se tourner vers des centres de « soins>»privés où la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.
    Je suis persuadée que l’infirmier<e> liberal<e> que nous connaissons aujourd'hui n’existera plus dans moins d’une génération et avec eux la prise en charge de qualité avec toutes les valeurs humaines qui se doit être.

    Valérie Susini Girard (Idel depuis 30 ans)

  • La précarité guette les infirmiers et les patients

    Le 12 janvier 2020

    Cet avenant est une aberration. Il y a tellement de verrou à l’accès aux soins. D abord le plafonnement des indemnités horokilométriques : où a-t-on vu que des professionnels allaient se déplacés à moitié prix à partir de 300 km et gratuitement au dessus de 400 km par jour ?
    Les patients seront les premières victimes de cette mesure car là accès aux soins est compromis dans des zones où il n’y a déjà plus d médecins. Concernant le paiement au forfait, là aussi l’accès aux soins des plus fragiles est remis en question. Les patients porteurs de handicap lourd, nécessitant des soins palliatifs seront les grands perdants car nécessiteront des soins et du temps que le forfait le plus lourd n’a pas prévu ! Je vous signale également que du coup nos honoraires ont été revus à la baisse mais qu’en plus ils seront flottants selon nos objectifs de dépenses dépassés ou pas ! Alors on est loin et d d’la simplification et de réelles avancées pour la profession. Laisser décider un algorithme de la prise en charge des patients est une ineptie qui est sortie de cerveaux largement déconnectés de la vraie vie !

    Antoinette Tranchida (IDL)

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