Ces 111 maternités où il serait « dangereux » d’accoucher

Paris, le jeudi 2 mars 2023 – Dans un rapport choc, le Pr Yves Ville recommande de cesser les accouchements dans près d’un quart des maternités françaises.

Ces 20 dernières années, la France a perdu 30 % de ses maternités. La conséquence d’une baisse des effectifs, le métier de sage-femme attirant de moins en moins en raison de sa difficulté et de sa faible rémunération, de la désertification médicale mais également de règles de sécurité toujours plus strictes qui condamnent les petites maternités. Dans les campagnes « reculées » qui voient les établissements fermer les unes après les autres, le phénomène inquiète. Pourtant, certains souhaiteraient accélérer le mouvement, toujours au nom de la sécurité des mères et des enfants.

C’est le sens du rapport présenté ce mardi à l’Académie de Médecine par le Pr Yves Ville, qui n’a pas encore été validé par l’Académie. Académicien et chef de service à l’hôpital Necker à Paris, Yves Ville est un ponte de la gynécologie-obstétrique dont les avis sur la question portent nécessairement. Selon lui, il y a urgence à cesser les accouchements dans les 111 maternités (sur 452 que compte la France) qui pratiquent moins de 1 000 accouchements par an. « On doit regrouper 100 maternités en France, au nom de la sécurité de la mère et de l’enfant, si on ne le fait pas, on court à la catastrophe » alerte le Pr Ville.

Des maternités trop petites pour assurer la sécurité des mères et des enfants

Selon ce spécialiste de la chirurgie fœtale, ces petites structures, qui sont généralement de type 1 et ne prennent en charge en principe que les grossesses sans risque, n’assurent pas aux mères les conditions de sécurité nécessaire. En effet, faute de personnel, ces maternités ne peuvent plus y assurer la continuité du service et sont obligés de fermer parfois plusieurs jours par semaine, ce qui dérègle l’organisation du service et empêche aux équipes de gagner en l’expérience. « On y pratique moins d’accouchements, on perd en expérience, ce qui est dangereux ; pour continuer à tourner, ils font appel à des intérimaires, cette organisation sous forme de rustines ne permet pas d’assurer la sécurité et la qualité des soins » explique le Pr Ville.

Selon l’académicien, les futures mères ont déjà conscience du problème et délaissent généralement ces petites structures au profit des grosses maternités de type 2 et 3. Problème, ces établissements n’ont pas les moyens et les effectifs suffisants pour faire face à cet afflux de parturientes. « Elles sont saturées et offrent des conditions de travail dégradées, il faut les aider, elles ne doivent pas craquer » insiste le Pr Ville, qui préconise de renforcer ces grandes structures au détriment des petites maternités. « Maintenir des petites maternités alors qu’on manque de bras partout, le calcul n’est pas bon ; aujourd’hui, il n’y a plus assez de gynécos et de sage-femmes en salle de naissance, il n’y a plus le choix, c’est dur à entendre mais il faut regrouper les petites maternités » abonde dans le même sens le Dr Joelle Belaisch Allart, présidente du collège national des gynécologues et obstétriciens français.

Le rapport Ville ne préconise pas pour autant de fermer complètement les 111 maternités françaises qui réaliseraient trop peu d’accouchement. Ces petites structures pourraient continuer à assurer « le suivi avant et après », quitte à transférer les mères et leurs enfants en ambulance vers ces petites maternités dès après l’accouchement explique le Pr Ville.

Des conséquences néfastes pour le maillage territorial ?

A ceux qui s’inquiètent que cette mesure puisse accentuer la désertification médicale, le Pr Ville assure que les conséquences sur le maillage territorial serait minime. « 89 % des naissances auraient lieu au maximum à trente minutes de la maternité la plus proche, 3 % à plus de 45 minutes et 0,9 % à plus d’une heure » explique le rapport qui préconise, en cas d’un trop grand éloignement, de loger les mères dans des hôtels à proximité des maternités les jours précédents l’accouchement.

La proposition choc du Pr Ville ne fait pas l’unanimité parmi les spécialistes, loin de là. Pour le Dr Michèle Leflon, le plan du Pr Ville ignore les aspirations des mères, qui souhaitent généralement pouvoir accoucher près de chez elle et vivre l’ensemble de leur grossesse dans le même établissement. « Nous sommes complètement contre ! C’est une angoisse terrible pour les femmes d’accoucher loin de chez elle ! » s’insurge la présidente de la coordination nationale des comités de défenses des maternités de proximité. Les syndicats sont également très sceptiques quand aux propositions du Pr Ville et estiment que l’urgence est plutôt de renforcer les effectifs et d’améliorer l’attractivité du métier de sage-femme, afin au contraire de sauver ces petites structures.

Le débat est donc lancé, mais pour le Pr Ville, qu’on le veuille au non, ces petites maternités finiront par fermer, par manque d’effectifs. « Leur maintien est illusoire, à terme elles finiront par fermer » assure-t-il.

Quentin Haroche

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Vos réactions (19)

  • La prime aux gros

    Le 02 mars 2023

    Too big to fail diraient les américains, on manque de tout alors regroupons les moyens dans les grosses structures : on peut entendre l'argument, mais penser que les personnels et les moyens (budget, infrastructures, matériels) vont gentiment se déplacer dans la structure plus grosse est complètement illusoire.

    Dr F Chassaing

  • Compétences

    Le 03 mars 2023

    Le problème avec les petites maternités est le même que pour tous les services. Une grossesse normale et bien suivie à toutes les chances d’accoucher normalement. Ce qui est différent des grossesses pathologiques ou qui ne sont que peu ou pas suivies. De même l’expérience du couple sage femme|gynéco est importante comme celle du pédiatre et de l’anesthésiste si césarienne et réanimation.
    Cela fait beaucoup de personnes avec des recrutements aléatoires à cause de la pénurie, et la nécessité de faire appel à des remplaçants.

    Dr W Melnick

  • Le taux de mortalité périnatale depuis 20 ans......

    Le 04 mars 2023

    ... ne varie que très peu, autour de 9 pour 1000 naissances, ou 0.9 pour 100. Donc 99,1 % des naissances se passent bien, ce qui est normal pour un événement parfaitement naturel.

    Maignan Pharmacien

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