Décès après appel au SAMU de Mulhouse : la régulation médicale hors de cause ?

Paris, le mardi 1er octobre 2019 – Certains comparaient déjà l’affaire avec le drame de Naomi Musenga. Fin 2017, la régulatrice du SAMU de Strasbourg avec laquelle cette jeune femme de 22 ans avait été en contact n’avait pas transmis son signalement à un médecin et avait refusé de prendre au sérieux ses appels au secours liés à d’importantes douleurs abdominales. Retrouvée inconsciente à son domicile et transportée quelques heures plus tard à l’hôpital, Naomi Musenga devait mourir rapidement au CHU de Strasbourg.

Une procédure bien respectée

Fallait-il suspecter un dysfonctionnement similaire à Mulhouse ? A la fin du mois de mai dernier, le patron de Marie-Line Desclois appelle le Samu du Haut-Rhin. Son employée se plaint en effet de douleurs au niveau du bras et de la cage thoracique. Peu après avoir collecté les renseignements utiles auprès de l’employeur, l’assistante de régulation médicale contacte Marie-Line Desclois et l’interroge longuement. Elle transmet ensuite son appel à un médecin qui à son tour questionne la patiente. Il finit par conclure : « Madame, vous avez pris des médicaments, attendez qu’ils fassent effet, restez bien allongée, et éventuellement, rappelez-nous ». Des paroles rapportées hier par Edwige Roux-Morizot, procureur de la République à Mulhouse. Marie-Line Desclois n’a jamais rappelé. Une dizaine de jours plus tard, un de ses voisins, alerté par des odeurs dérangeantes, pénètre chez elle et la découvre morte, son corps en état de putréfaction relativement avancée. L’autopsie a confirmé l’origine cardiaque du décès.

Erreur d’appréciation évitable ?

Apprenant que leur proche avait eu un contact avec le SAMU et que ce dernier n’avait pas jugé nécessaire d’envoyer un véhicule au domicile de Marie-Line Desclois, ses sœurs ont déposé une plainte conduisant à l’ouverture d’une information judiciaire. Cependant, les premiers éléments présentés hier tant par le parquet de Mulhouse que par l’Agence régionale de Santé (ARS) semblent s'écarter de la piste d’un dysfonctionnement de la régulation médicale. La procédure adaptée semble en effet avoir été respectée comme en attestent la transmission de l’appel aux médecins et les longs interrogatoires. Demeure cependant la possible existence d’un défaut d’appréciation de la situation médicale de Marie-Line Desclois. La poursuite des investigations se concentrera donc sur le point de savoir si les éléments collectés décrivaient une situation médicale qui aurait dû conduire à l’envoi d’un véhicule de secours. Sur ce point, certains signalent ce qui pourrait être considéré comme un triste précédent si l’erreur d’appréciation manifeste était confirmée dans les deux cas.

Ainsi, Christophe Musslin a rappelé au site France TV Info comment en mai 2016, le Samu avait refusé par deux fois d’envoyer une voiture à son domicile en dépit des douleurs à la poitrine qu’il évoquait. Le patient auquel il avait été conseillé de prendre du paracétamol s’est alors rendu aux urgences par ses propres moyens où un infarctus du myocarde a été diagnostiqué. Apprenant aujourd’hui le cas de Marie-Line Desclois, il regrette : « Le Samu de Mulhouse n’a tiré aucune leçon de ce qui m’est arrivé ».

Réflexion permanente

Si la comparaison entre ces deux cas pourrait être nuancée par une analyse plus détaillée, en tout état de cause, l’absence manifeste de dysfonctionnements de la régulation médicale semble ne pas devoir exclure une énième réflexion sur les présentations cliniques qui pourraient devoir imposer plus systématiquement une intervention.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (7)

  • Limites des avis téléphoniques

    Le 01 octobre 2019

    Les consultations téléphoniques ne peuvent remplacer un vrai diagnostique.

    Christophe Bouchet (IDE)

  • Honteux

    Le 01 octobre 2019

    Je ne suis pas cardiologue mais pendant mes études j’ai appris qu’une douleur thoracique accompagnant une douleur dans le bras gauche devait faire éliminer en urgence un éventuel infarctus du myocarde.

    La nullité des médecins du SAMU que j’ai toujours connu étant un ancien hospitalo-universitaire est une fois de plus confirmée. Prétendre qu’il n’y a pas eu d'erreur mortelle est honteux.

    Dr Dominique Robine

  • Paracétamol ...ou SAMU ?

    Le 02 octobre 2019

    Une femme de 60 ans qui ne peut pas aller travailler et se plaint de douleurs thoraciques et dans le bras G, ainsi que de difficultés respiratoires...on dirait le début un sujet d'ECN où de toute évidence il faut hospitaliser d'urgence la patiente et faire le diagnostic différentiel entre embolie pulmonaire et infarctus. Il n'y a rien à ajouter!

    Dr Astrid Wilk

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