Décès d’un patient après une erreur diagnostique en téléconsultation : la famille veut un débat sur cette pratique

Le coupable est-il tout trouvé ? La famille d’un homme mort en avril 2020 en Isère, sept jours après une téléconsultation qui n’aurait pas abouti au bon diagnostic, a porté plainte au pénal ce lundi pour homicide involontaire.

Les faits tragiques ayant abouti à cette mise en cause sont survenus durant le premier confinement strict du printemps dernier. Le 20 avril 2020, un patient consulte par visioconférence un médecin généraliste, en décrivant « une soif abondante, une langue blanche et une fatigue depuis plusieurs jours ». Le praticien aurait alors diagnostiqué « un champignon sur la langue ». Retrouvé sept jours plus tard inconscient chez lui, il décèdera d’une décompensation diabétique à l’hôpital de Grenoble.

La télémédecine, suspect et coupable idéal ?

Pour l’avocat de la famille de la victime, Me Gerbi, les symptômes d’un diabète étaient « facilement identifiables ». C’est dans ce contexte qu’une plainte contre X au nom de la famille a été déposée, l’avocat estimant notamment que « la crise sanitaire ne peut pas être un parapluie juridique pour une erreur médicale ».

La motivation politique de l’affaire est assumée par les plaignants. « Au-delà de ce décès se pose la question de l'usage de cette téléconsultation », qui a été généralisée mais qui n'est « pas valable pour tous les patients », poursuit-il. La plainte « doit permettre aux médecins de se saisir de la question », espère Me Gerbi, qui appelle le Conseil de l'Ordre à lancer le débat sur la pertinence de cette pratique.

D’où vient l’erreur ?

La tâche des enquêteurs sera délicate dans cette affaire. Il appartiendra à ces derniers d’établir si la tenue d’une consultation « en présentiel » aurait nécessairement permis un meilleur interrogatoire. L’erreur médicale n’étant (malheureusement) pas le propre de la téléconsultation.

C.H.

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Vos réactions (5)

  • Télé consultation : un pis-aller

    Le 27 avril 2021

    Et la part de responsabilité du pouvoir politique qui a favorisé +++ la téléconsultation, où est -elle; même si dans ce cas précis, envisager un diabète pouvait se faire rien que sur l'interrogatoire ?
    De manière générale, la télé consultation ne peut remplacer une consultation au cabinet, au moins par l'absence de la palpation, de la percussion, de l'auscultation et de la vision (une webcam est monoculaire sans relief) en 3D.

    Dr Christian Trape

  • Rigueur et circonspection

    Le 28 avril 2021

    J'adhère pleinement à l'analyse de notre confrère Trape. Je reste moi-même (quoique retraité) consultant actif depuis plus d'un demi-siècle et je reçois, inutilement, parfois de fort loin, des patients dits « à énigmes » qui auraient pu fort bien, à mon avis, être diagnostiqués avec facilité par leur médecin sur place. La preuve en est que lorsque j'avais eu des stagiaires non encore thèsés ( 5ème année) et ne disposant alors que des rudiments de connaissances en rien spécialisées, tous, je dis bien tous, ont réussi pourtant à résoudre toujours les diagnostics appropriés. Mais pour ce faire, je les astreignais à une rigueur sémiologique. L'explication des carences diagnostiques antérieures a été régulièrement la suivante : faute du temps nécessaire qu'impose la gestion d'une entreprise médicale en secteur 1, la majorité des patients, au diagnostic irrésolu, n'étaient en réalité, dans leur quasi-totalité, que des patients seulement soit insuffisamment interrogés, ou soit insuffisamment inspectés, ou soit insuffisamment palpés, ou soit insuffisamment auscultés et donc en occultation de signes d'appel primordiaux. Ceci pourrait-il avoir été éventuellement le cas chez ce diabétique ? Lui a-t-on demandé par exemple les antécédents parentaux ou ceux de la fratrie par lesquels on doit commencer (ce qui, en plus, contribue à mettre à l'aise les patients). Avait-il une polyphagie, une polyurie etc. ? Il faut savoir qu'en bien des domaines, certains patients ne libèrent certains aveux existentiels, utiles à l'orientation clinique, que pas avant la 25ème minute, soit parce que ce temps leur est nécessaire pour une mise en confiance ou soit tout simplement parce que la mémoire d'un signe majeur ne leur revient pas d'emblée à l'esprit. Je dis donc aux jeunes confrères qu'ils sachent qu'il n'existe pas (ou que très exceptionnellement) de mauvais médecins (vous êtes tous des bons),mais sachez, par contre, qu'il peut exister une médecine défaillante, tout simplement parce que toutes les pathologies ne rentrent pas dans le carcan d'une consultation expresse, laquelle ne devrait être exclusivement réservée qu'aux grandes urgences ou qu'aux seuls médecins de famille ayant déjà une bonne connaissance et un bon suivi de leur patient.

    Ce cas de téléconsultation n'est qu'une illustration caricaturale de la grande circonspection que tout un chacun d'entre nous doit avoir dans l'approche d'un nouveau patient inconnu de sa patientèle. Car un train peut en cacher un autre.

    Dr Jean Abécassis

  • Télé... quoi ?

    Le 28 avril 2021

    Le terme "téléconsultation" est une atrocité. Il faut absolument le bannir. Une consultation médicale nécessite évidemment d'être pratiquée (et effectuée effectivement) en présence du patient. A distance, ce n'est plus une consultation, ce n'est qu'un conseil de santé.

    Encore faut-il clairement distinguer le conseil par messagerie, par téléphonie, par visiophonie plus ou moins assorties d'outils d'automesure. On doit même considérer spécifiquement le télésoin, qui est une méthode de traitement à distance relevant d'un autre domaine (et nécessitant bien sûr de faire suite à de réelles consultations).

    Le Conseil de l'Ordre, l'Académie de Médecine et la Haute Autorité de Santé ont décidément beaucoup de pain sur la planche. Et il s'agirait de s'emparer de sa découpe avec plus de hâte et de précision. Les conséquences professionnelles et juridiques ne peuvent plus attendre.
    En tous cas, le téléconseil sanitaire, sous ses diverses formes et par ses divers professionnels, ne doit plus être appelé téléconsultation, ni considéré comme une consultation médicale, ni rémunéré comme tel.

    Quant à l'erreur flagrante commise par un conseiller qui n'envisage pas une hypothèse de gravité, elle relève à l'évidence de la même réglementation que celle qui s'impose à toute orientation sanitaire par un professionnel, c'est-à-dire notamment à ceux qui ont la responsabilité de la régulation.

    Dr Pierre Rimbaud

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