Des sénateurs socialistes demandent la légalisation du cannabis

Paris, le jeudi 11 août 2022 – Dans une tribune publiée dans Le Monde, 31 sénateurs socialistes se prononcent en faveur de la légalisation du cannabis.

Selon un rapport parlementaire rendu en mai 2021, 18 millions de Français ont déjà consommé du cannabis et 1,5 millions en consomment régulièrement. Pour les membres du groupe socialiste au Sénat, ces chiffrent prouvent que la consommation de cannabis est un « sujet de société dont les pouvoirs publics doivent se saisir » et surtout que la répression des consommateurs et du trafic est « inefficace, inefficiente et injuste ».

Dans la tribune publiée ce mercredi dans Le Monde, 31 d’entre eux proposent donc la légalisation du cannabis récréatif. Parmi les auteurs de la tribune, on compte notamment le Dr Bernard Jomier et l’ancienne ministre de la famille Laurence Rossignol.

Des arguments classiques en faveur de la légalisation

Dans leur texte, les parlementaires reprennent un à un les arguments classiques avancés par les partisans de la légalisation du cannabis récréatif. Tout d’abord, celui de l’inefficacité de la politique actuelle de prohibition.

« Elle ne permet pas de protéger nos jeunes des dégâts sur leur santé d’une consommation incontrôlée, elle maintient certains quartiers dans une dépendance très forte aux trafics qui se traduit par une insécurité et une violence insupportable, elle mobilise des moyens conséquents pour un résultat en définitive quasi nul » écrivent les sénateurs.

Les élus avancent ensuite les divers bénéfices qu’apporteraient selon eux la légalisation du cannabis récréatif. « Elle donnera les moyens d’agir plus efficacement pour protéger davantage nos concitoyens » expliquent-ils, avant d’entrer davantage dans les détails.

« La légalisation permettrait de contrôler la qualité sanitaire des produits consommés, elle servirait également à freiner grandement les trafics au bénéfice de ces zones sinistrées, de plus il serait possible de développer des plans de prévention de grande ampleur, financés par la taxation des produits » résument les auteurs de la tribune, qui n’oublient pas non plus le volet économique : « à terme, de nouvelles recettes fiscales devraient être tirées du commerce du cannabis et des économies réalisées en matière de justice et de police ».

Une proposition de loi à l’avenir incertain

Malgré leur soutien à la légalisation, les sénateurs socialistes ne nient pas « l’impact sanitaire de la consommation de cannabis » et admettent qu’il reste des questions à régler sur « les modalités d’encadrement, l’âge légal de consommation ou encore les systèmes de production qu’il convient de mobiliser ».

Mais ils jugent que la légalisation reste préférable au statu quo ou même à la dépénalisation, solution avancée par certains mais qui pour les auteurs de la tribune est une « option démagogue et populiste » et « un renoncement des pouvoirs publics ».

Les sénateurs promettent désormais de lancer « une démarche de concertation large » et de déposer une proposition de loi dans les prochains mois. Difficile de dire quel pourrait être l’avenir législatif d’un tel texte, notamment en raison du positionnement ambigu de la majorité présidentielle sur la question.

Si certains parlementaires de l’aile gauche ont pu s’exprimer en faveur de la légalisation, l’aile droite, représentée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, est farouchement opposée à toute légalisation ou dépénalisation du cannabis.

Quant au Président de la République Emmanuel Macron, s’il a régulièrement changé d’avis sur le sujet ces cinq dernières années, il s’est prononcé contre la légalisation du cannabis lors de la dernière campagne présidentielle.

Quentin Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (6)

  • Tarte à la crème

    Le 11 août 2022

    Comme le printemps, le sujet revient encore et toujours, et toujours les mêmes arguments.
    La nouveauté est que nous avons des exemples assez instructifs, maintenant, de pays ayant légalisé le poison, notamment le Canada .
    Qu'en est-il de leur santé publique ? Qu'en est -il de leur sécurité publique ? A voir, mais le gouvernement avait communiqué (et c'était bien rapporté par le JIM) que le retour financier a été très décevant !
    Nos sénateurs rêvent de la manne financière du cannabis sans l'avouer. Si leur préoccupation est la santé et la sécurité publiques qu'ils aillent donc chercher l'information et nous la décortiquent, ce sera plus honnête et plus productif que cette énième tarte à la crème.

    Dr François Chassaing

  • Place à la raison

    Le 12 août 2022

    Une seule question importe : l'usage de cannabis récréatif est-il souhaitable ? Ce que l'on pourrait traduire par : y inciteriez-vous vos enfants ?
    Si la réponse est oui, il faut évidemment l'autoriser - voire libéraliser son commerce et même le promouvoir. Si l'on pense au contraire que l'usage de cannabis récréatif n'est pas souhaitable, le problème devient simplement celui des mesures à prendre pour l'empêcher.
    La "légalisation" est une terminologie bien obscure, à laquelle on peut conférer beaucoup d'acceptions. Mais son principe général aurait comme effet de faciliter le commerce et l'usage du cannabis récréatif, conduisant à accroître le nombre de consommateurs et la quantité consommée par eux. Ce qui serait conforme à l'idée que certains semblent avoir de l'intérêt de la chose.
    Les aspects du commerce domestique et international du cannabis récréatif (son impact économique global, ses effets sur la délinquance et la criminalité) donnent lieu à des idées politiques plus ou moins rationnelles. Il est stupide de dire qu'une pratique doit être autorisée sous prétexte qu'elle est répandue (autant légaliser le viol).
    Discutons donc raisonnablement des graves problèmes qu'occasionnent toutes les addictions, et comment y faire face. Mais toute personne qui prend position sur ces sujets devrait impérativement dire si elle pense que l'usage du cannabis récréatif (par elle-même, par ses enfants, par sa famille, par l'ensemble de citoyens) est souhaitable ou non.
    Quiconque ne commence pas par dire clairement ce qu'il en pense (et démontrer ce qu'il en sait) ne mérite certainement pas d'être entendu.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Cannabis et trafics

    Le 12 août 2022

    "Économies réalisées en matière de police et de justice" : ils pensent vraiment les trafics vont s'arrêter ? Ceux qui en vivent vont très rapidement imaginer (si ce n'est déjà fait) une autre source de revenus tout aussi illicite...
    naïfs ou de mauvaise foi ?

    Marie-Odile Marchal, pharmacien

Voir toutes les réactions (6)

Réagir à cet article