Exclusif : les professionnels de santé ne se font pas d'illusion sur le Ségur de la Santé

Paris, le mercredi 24 juin 2020 – Si Emmanuel Macron n’était pas le candidat préféré des professionnels de santé, lors de l’élection présidentielle de 2017, le futur président de la République se situait cependant à la seconde place derrière François Fillon avec 33 % d’intentions de vote selon un sondage réalisé dans nos colonnes avant le premier tour. Après l’éviction du candidat Les Républicains et face au duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, plus de 80 % de nos lecteurs aveint indiqué vouloir voter pour celui qui a allait devenir Président de la République. Même si le refus de l’extrême droite n’était pas étranger à cette majorité très confortable, dans les premiers mois du quinquennat, une confiance enthousiaste s’est exprimée chez les professionnels de santé. La nomination d’Agnès Buzyn, médecin et dont la personnalité tranchait du tout au tout avec celle de Marisol Touraine constituaient des raisons positives de se satisfaire. Cependant, les déceptions se sont multipliées et le ministre de la Santé avait perdu une grande partie de ses soutiens lorsqu’elle quitta dans des conditions très discutées le ministère de la Santé, tandis que la crise dans les hôpitaux n’était nullement résolue. Sans doute, la gestion de l'épidémie, qu’il s’agisse du discours sur les masques, de leur distribution aux professionnels et de l’organisation des soins très hospitalo-centrée ont fini de consumer la rupture.

Moins de 20 % de professionnels de santé confiants

Il suffit pour s’en convaincre d'analyser les résultats du sondage réalisé sur notre site du 18 mai au 15 juin auprès de 1018 lecteurs.


Sondage réalisé sur JIM du 18 mai au 15 juin 2020

Ils révèlent que moins d’un professionnel sur cinq (16 %) sont convaincus que l’organisation hospitalière et les salaires allaient bénéficier d’une amélioration réelle au lendemain de la crise. Les pessimistes étaient ainsi bien plus nombreux : 53 % de nos lecteurs jugent ainsi que seules des revalorisations limitées seront décidées sans autre évolution de l'organisation, tandis que 7 % s’attendaient tout au plus à des augmentations de salaires et enfin 22 % sont même persuadés qu’il n’y aura aucun changement. Ainsi, au total, 82 % des professionnels de santé ne font aucune confiance au gouvernement pour initier une refonte profonde de l’hôpital en dépit des discours répétés du Président de la République, du Premier ministre et du ministre de la Santé, ce qui marque la profonde fêlure entre le pouvoir politique et les professionnels de santé.

Les dernières heures du Ségur, qui ont vu hier sept organisations de médecins hospitaliers claquer (provisoirement) la porte des discussions sur leurs salaires, confirment clairement cet état d’esprit.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Démocratie détournée

    Le 25 juin 2020

    Chacun sait que dans ce pays, la démocratie a été détournée depuis longtemps par les "hauts" fonctionnaires qui gèrent en sous-main et font signer ce qu'ils veulent aux élus, en biaisant les dossiers présentés.

    Chacun sait que ce seront les comptables issus de l'ENA, et assimilés, qui castreront encore une fois la "profonde" réforme annoncée.

    Dr Pierre Baque

  • Les dupes errent aussi.

    Le 25 juin 2020

    Le problème du système de santé est justement qu'il est un système. Si on ne revisite pas ses fondations, ses prémices, par exemple son but supposé, ses principes, sa théorie implicite, ni ses processus, son management, son allocation de ressources, etc, toute mesure est cautère sur jambe de bois.
    Le Segur, c'est le bal des dupes, car il n'est pire sourd que celui qui ne veut point voir.

    Dr Gilles Bouquerel

  • La fable du maître et du technicien (esclave ?) (Au Dr Baque)

    Le 25 juin 2020

    Je suis globalement d'accord avec votre analyse. Mais le techno-environnement n'a jamais les mains si libres que quand les politiques élus manquent à la fois de courage et d'idées. Or penser le système de santé nécessité l'un et l'autre. Un autre abord de ce problème serait de contraindre les politiques à manifester ce qui leur manque en leur rendant moins facile la voie de la techniscisation des problématiques politiques.

    Nous sommes là sur une barricade d'une révolution qui n'existe pas, car chacun semble se satisfaire du paysage actuel.

    Dr Gilles Bouquerel

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