Honoraires de « non dispensation » : les médecins très irrités

Paris, le vendredi 22 novembre 2019 – L’USPO (Union des syndicats de pharmaciens d’officine) et l’Assurance maladie viennent d’adopter un nouvel avenant à la convention pharmaceutique. Il prévoit, notamment, de définir d’ici à la fin de l’année « les conditions de la mise en place de la dispensation adaptée en se basant sur une intervention pharmaceutique » visant à « s’assurer de la délivrance de la quantité pertinente de médicaments nécessaires au traitement, afin d’éviter notamment tout risque de mésusage ».

Ce dispositif, inspiré des officines québécoises, consiste donc à valoriser, quand cela est justifié, la non-dispensation par le pharmacien.

Un projet qui révolte certains médecins, en particulier les représentants du SML (Syndicats des médecins libéraux).

Pharmaciens censeurs

Pour le syndicat du Dr Philippe Vermersch, une telle mesure tendrait à « faire des pharmaciens le verrou de contrôle économique de la prescription médicale ».

« Le syndicat ne trouve aucune légitimité au « pharmacien-censeur » dont le rôle serait de rationner les dépenses. Outre la remise en cause du magistère médical et de la prescription, le SML estime que cette situation pose un véritable problème à la fois éthique et moral, puisque pour la première fois, une profession pourra prospérer en supprimant l’accès des patients aux soins prescrits par le médecin » écrit l’organisation.
 
Même colère chez MG France qui estime que « si une réflexion commune sur la dispensation des médicaments et le rôle de conseil du pharmacien est nécessaire, elle devrait s’inscrire dans le cadre d’un accord interprofessionnel, et relève de toute évidence de protocoles d’exercice coordonné validés par les professionnels sur le terrain ».

Aussi, le SML appelle Agnès Buzyn à « remettre de l’ordre » dans ce dossier, tandis que Gilles Bonnefond, patron de l’USPO souligne qu’il s’agit ici de favoriser une « maîtrise médicalisée » des dépenses de santé et non de censurer les ordonnances médicales.

X.B.

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Vos réactions (7)

  • Pagaille dans les rapports interprofessionnels

    Le 23 novembre 2019

    Mr Bonnefond s'emploie avec vigueur à mettre la pagaille dans les rapports interprofessionnels:
    après les vaccinations qui nous mettent en conflit avec les infirmières, voilà qu'il veut nous attirer l'hostilité des médecins! il serait temps qu'il prenne sa retraite.

    Philippe Hauchecorne, pharmacien

  • Une réaction excessive

    Le 23 novembre 2019

    Il me semble que le corps médical n'a pas de raison de s'exciter. L'idée sous-jacente, plutôt vertueuse, est de renoncer à rémunérer les pharmacien au volume vendu pour préférer valoriser le service rendu.
    Pour un pharmacien, renoncer à délivrer un médicament conduit à abandonner la rétribution correspondante, autrement dit à perdre du revenu. C'est une monstrueuse anomalie car sa mission professionnelle est justement de détecter d'éventuels risques et de les éviter ; or délivrer toutes les ordonnances sans réflexion ni restriction ne peut conduire qu'à l'abolition de ce contrôle, au détriment de la sécurité mais au profit du chiffre d'affaires.
    La santé ne peut pas bénéficier d'une inflation continue de la médicamentation, et la pratique de "déprescription" est dorénavant reconnue comme un impératif sanitaire. Malheureusement, une telle pratique est contredite par le principe que le pharmacien gagne d'autant plus qu'il délivre de grandes quantités, quelles qu'en soient les justifications.
    Il est essentiel que le pharmacien exerce un "second regard" sur les prescriptions faites à ses clients, et qu'il contribue au bon usage des médicaments - ce qui est l'objet même de sa spécialité. Cette fonction doit être effectuée en coordination étroite avec les prescripteurs, et cette collaboration fondamentale est bien trop peu pratiquée.
    Les motifs pour lesquelles un pharmacien peut - et doit - alerter le prescripteur à propos d'une ordonnance sont innombrables, et tiennent souvent à des données dont le médecin n'avait pas eu connaissance.
    Il s'ensuit que la non-délivrance ne peut - et ne doit - évidemment jamais être une "censure"; elle doit n'être qu'une suspension en attente de la concertation avec le prescripteur. A cette condition et dans ce cadre, il est logique de rémunérer le pharmacien pour reconnaître la valeur de l'acte effectué, favorisant ainsi la qualité des soins.
    Le pharmacien doit être impliqué plus fortement dans l'efficience thérapeutique, sans quoi son métier n'a aucune raison d'être. Il doit faire l'effort de coopérer avec tous les autres professionnels de santé pour garantir la sécurité et l'efficacité des soins. C'est pour cela qu'il doit être rémunéré, et certainement pas pour son volume de ventes.
    Plutôt que s'y opposer, il faut que les médecins appuient les exigences envers l'exercice officinal, afin que les pharmaciens fassent plus et mieux au sein de la chaîne de soins ; et aussi pour qu'il assument, en cas de problème iatrogène, la responsabilité professionnelle et surtout pénale qui est la leur. On n'a que trop tendance à vouloir faire porter la faute aux seuls prescripteurs.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Proverbe

    Le 23 novembre 2019

    ...quand le gouvernement à force de semer le vent va recolter la tempête.

    P Bernard, Pharmacien

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