Inévitables décès après vaccination de sujets très fragiles : comment éviter le poison de la suspicion ?

Oslo, le lundi 18 janvier 2021 - Inévitablement, dès la diffusion de l’annonce du lancement en Norvège d’une enquête de pharmacovigilance après le recensement de 13 décès de résidents de maisons de retraite (âgés de plus de 80, voire 90 ans) peu après leur vaccination contre la Covid (avec Comirnaty), les commentaires suspicieux sur les réseaux sociaux étaient nombreux. Beaucoup notamment ont mis en regard le nombre de décès (23 dans un premier temps avant que les investigations ne soient restreintes à 13 personnes) rapporté au nombre de personnes vaccinées pour remarquer qu’il était plus élevé que le taux de décès par Covid en Norvège rapporté à sa population (517 pour 5,83 millions d’habitants).

410 décès par jour en EHPAD en France (avant la Covid)

Pourtant, une telle lecture est très éloignée des informations factuelles de l’agence norvégienne de sécurité du médicament. « Les observations suggèrent que les effets indésirables courants des vaccins à ARNm, tels que la fièvre et les nausées, peuvent avoir contribué à une issue fatale chez certains patients fragiles » relève le médecin en chef de l’agence, Sigurd Hortemo. Le communiqué de cette dernière rappelle par ailleurs que les essais cliniques d’évaluation de Comirnaty n’ont que très rarement inclus des patients atteints de maladies graves en phase aigüe et de sujets de plus de 85 ans. « En Norvège, nous vaccinons actuellement les personnes âgées dont certaines sont atteintes de maladies à un stade terminal » relève l’agence, tandis que le professeur Alain Fisher, responsable de la campagne de vaccination en France a indiqué que certains des sujets dont le décès est étudié étaient en soins palliatifs (on est en droit de s’interroger sur l’opportunité de telles immunisations). « On s'attend donc à ce que des décès surviennent à proximité du moment de la vaccination. En Norvège, 400 personnes en moyenne meurent chaque semaine dans des maisons de retraite et des établissements de soins de longue durée » précise l’agence norvégienne. En France ce sont en moyenne 410 personnes qui décèdent dans ces établissements chaque jour, les années sans situation épidémique particulière.

Enfin, les autorités sanitaires norvégiennes ont affirmé que la campagne de vaccination se poursuivait et ont voulu rassurer sur sa sécurité.

Gare à l’effet ping-pong

La Norvège n’est pas la seule à se montrer extrêmement vigilante et à mener des investigations poussées face à tout événement survenant à proximité de la vaccination : des enquêtes similaires ont été signalées en Allemagne et aux Etats-Unis, tandis qu’en France, un décès rapporté en EHPAD est l’objet d’une recherche attentive pour éliminer tout lien avec le vaccin. Le risque que d’inévitables décès survenant dans les heures ou journées suivant une vaccination chez des sujets très fragiles présentant une espérance de vie à court terme très réduite soit interprété comme un effet secondaire du vaccin avait été signalé par le professeur Dominique Baudon dans nos colonnes. « Bien sûr la vaccination n’aura pas d’impact sur les autres maladies susceptibles de survenir chez les résidents, souvent atteints de co-morbidités. Il y aura malheureusement des décès sans aucune relation avec la Covid 19. Et nous avons là le deuxième effet ping pong. Attribuer à la vaccination (ping) les pathologies et les éventuels décès (pong) » écrivait-il début décembre. 

Bénéfice risque de la vaccination et de l’isolement

Outre cette coïncidence statistique qui aurait nécessité une explication préventive (afin d’éviter que donnée a posteriori elle ne soit perçue comme une excuse fabriquée), la possibilité que des effets indésirables classiques du vaccin n’affaiblissent des personnes en fin de vie doit inviter à penser la question du bénéfice/risque de la vaccination de ces personnes dont l’espérance de vie ne dépasse pas quelques jours (et ce d’autant plus, considéreront certains, probablement qualifiés de cyniques, dans un contexte de limitation du nombre de dose).

En la matière, les bénéfices de la vaccination pour éviter la transmission et pour favoriser l’adhésion du reste de la communauté doivent être fortement pris en considération. De la même manière, l’isolement de ces personnes afin d’éviter une infection par SARS-CoV-2 qui pourrait accélérer une mort considérée comme très probable à très court terme doit être pensé en termes de bénéfice /risque, pour éviter de priver de leurs proches en leurs derniers instants des personnes que le SARS-CoV-2 ne menace guère plus que notre condition de mortel.

Enfin, il apparaît essentiel que les informations sur ces décès soient décryptés en toute transparence afin qu’elles ne puissent nuire à l’adhésion à la campagne vaccinale qui si elle a progressé de façon très encourageante récemment en France est probablement fragile.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (17)

  • Risques à moyen et long termes ?

    Le 18 janvier 2021

    S'agissant de sujets très âgés - et compte-tenu que les essais pour l'obtention de l'AMM ont été réalisés sur de seuls, clairement plus 'jeunes', volontaires - ce n'est pas tant le taux de décès observés ces derniers 15 jours en Norvège qui m'inquiète.
    Mais bien plutôt la totale inconnue vers laquelle nous nous dirigeons en matière de risques à moyen et long termes, s'agissant d'une technique vaccinale (ARNm) jamais utilisée à grande échelle.

    Dr Alain Cros

  • Inhumanité ?

    Le 18 janvier 2021

    Alors on ne s'est même pas posé "la question du bénéfice/risque de la vaccination de ces personnes dont l’espérance de vie ne dépasse pas quelques jours (et ce d’autant plus, considéreront certains, probablement qualifiés de cyniques, dans un contexte de limitation du nombre de dose)."......
    Quel cauchemar est voir que l'on est à la merci de ces incompétents inhumains !

    Béatrice Margalef (IDE)

  • Où est la raison ?

    Le 24 janvier 2021

    D'où sort le chiffre de 410 décès par jour en ehpad en France les années ordinaires sans pathologies particulières ?
    Ce chiffre concerne des personnes très âgées, généralement atteintes de diverses pathologies. Ces personnes vont être vaccinées en priorité, avec ou sans consentement éclairé, pour gagner quoi? ne pas augmenter le chiffre de 410. Où est le réel bénéfice pour elles? Heureusement elles ne sont pas concernées par le risque à long terme. Où est la raison dans ces décisions étranges en ce moment?

    je lis: "en France, un décès rapporté en EHPAD est l’objet d’une recherche attentive pour éliminer tout lien avec le vaccin. Pour éviter le risque que d’inévitables décès survenant dans les heures ou journées suivant une vaccination chez des sujets très fragiles présentant une espérance de vie à court terme très réduite soit interprété comme un effet secondaire du vaccin."

    Je crains qu'on ne se soit pas posé de questions, ni fait de "recherche attentive" pour attribuer au covid des décès dus aux comorbidités préexistantes chez certains. Il y a "inévitables décès" dans un cas mais pas dans l'autre?

    Anne Levry (Pharmacien)

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