La consommation de drogue en forte augmentation dans le monde

Vienne, le mardi 28 juin 2022 – Selon un rapport de l’UNODC, au moins 284 millions de personnes ont consommé de la drogue en 2020.

Le trafic de drogue ne connait pas la crise. Malgré les confinements et les restrictions de déplacement de ces deux dernières années dues à l’épidémie de Covid-19, la consommation de stupéfiants a continué d’augmenter et avec elle ses conséquences nuisibles pour la santé publique. Selon le dernier rapport de l’Office des Nations Unies contre les drogues et le crime (UNODC), publié ce lundi, 284 millions de personnes âgés de 15 à 64 ans, soit 5,6 % de la population mondiale, ont consommé de la drogue au moins une fois en 2020. Le nombre de consommateurs a ainsi augmenté de 26 % en 10 ans, soit deux fois plus rapidement que la population mondiale. L’Afrique de l’Ouest est la région la plus touchée par cette hausse : alors qu’il ne s’agissait jusqu’alors que d’une plaque tournante du trafic international, le continent est devenu un lieu de consommation, où 10 % de la population a fumé du cannabis dans l’année.

100 000 morts par overdose chaque année aux Etats-Unis

Parmi les consommateurs, 38,6 millions souffrent de pathologies liées à l’usage de drogue. Environ 500 000 personnes perdent la vie à cause de la drogue chaque année, chiffrer en hausse de 17 % sur 10 ans. Le pays le plus touché reste les Etats-Unis, où plus de 100 000 personnes meurent par overdose chaque année, un chiffre également en hausse. On compte par ailleurs dans la monde plus de 11 millions de consommateurs de drogue par voie injectable, dont la moitié vivent avec une hépatite C et 10 % sont contaminés par le VIH. Les usagers de drogue par voie injectable ont 35 fois plus de risque d’être contaminé par le VIH que le reste de la population.

Toutes les drogues sont concernées par cette hausse de la consommation mais aussi de la production. On compte ainsi 60 millions de consommateurs d’opioïdes, 34 millions d’amphétamines, 21 millions de cocaïne et 20 millions d’ecstasy. Malgré les confinements, la production de cocaïne a atteint des records en 2020, avec près de 2 000 tonnes produites (+ 11 % en un an), les saisies atteignant également de nouveaux sommets. La production de métamphétamine et d’opium (notamment en Afghanistan) sont aussi en nette hausse.

Le cannabis reste la drogue la plus consommée dans le monde, avec 209 millions d’usagers sur la planète (+ 23 % en 10 ans). L’UNODC s’inquiète de l’augmentation de la puissance du cannabis consommé : le taux de THC, le principal composant psychoactif du cannabis, a ainsi été multiplié par deux en Europe depuis 2002 et par 4 aux Etats-Unis depuis 1995. En parallèle, le cannabis bénéficie d’une image malheureusement de plus en plus positive : la part d’adolescents considérant cette drogue comme nocive a diminué de 40 % aux Etats-Unis et de 25 % en Europe. Par ailleurs, plusieurs enquêtes menées auprès des professionnels de santé tendent à montrer que l’usage de cannabis a augmenté durant la crise sanitaire.

La légalisation du cannabis, une fausse bonne idée ?

L’UNODC tire un bilan plutôt négatif de la légalisation du cannabis récréatif au Canada et dans plusieurs Etats américains ces 10 dernières années. L’agence onusienne note que la consommation de cannabis a augmenté dans ces régions, y compris de produits puissants et notamment chez les jeunes adultes. Elle rapporte que le nombre de personnes souffrant de troubles psychiatriques ou nécessitant d’être hospitalisés en raison de l’usage de cannabis est en forte augmentation. Seul point positif, la légalisation a contribué à augmenter les recettes fiscales des Etats et a permis de rediriger le travail de la police vers d’autres missions.

Mais la prohibition du cannabis ne semble pas beaucoup plus efficace. Selon le dernier rapport de l’Observatoire européen des drogues et de la toxicomanie, publié début juin, les Français sont les plus grands consommateurs de cannabis d’Europe, avec 1,4 millions de consommateurs réguliers et 5 millions de consommateurs occasionnels. Et ce malgré une des législations les plus restrictives d’Europe occidentale.

De quoi encore alimenter le débat sur la légalisation du cannabis.

Quentin Haroche

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Vos réactions (3)

  • Le propre du marketing : fidéliser le client

    Le 28 juin 2022

    L'augmentation volontaire de THC dans le cannabis me fait penser, à l'augmentation faite par les brasseurs, vis à vis de la teneur en alcool, constatée depuis l'envolée commerciale de la bière. Pour le vin, cette augmentation alcoolique est liée au réchauffement climatique via la teneur en sucre du vin. "Accrocher" pour rendre dépendant, rendre addict le consommateur, se fait de la même manière, dans tout commerce, que le produit soit légal ou pas.
    Tant que nous oublions que la consommation de drogues, appartient à la nature humaine, et venant du fond des ages de l'humanité, il sera difficile d'en limiter les conséquences.

    Dr Christian Trape

  • Prohibition ?

    Le 28 juin 2022

    Je crains que le problème de la France n'est pas qu'elle prohibe le cannabis, mais au contraire qu'elle ne prohibe pas du tout sa consommation. Elle la tolère même avec grande complaisance et croit
    assurer une certaine paix sociale en fermant les yeux sur son commerce.

    Dr Pierre Rimbaud

  • La consommation de drogues en forte augmentation

    Le 04 juillet 2022

    La consommation de drogues en forte augmentation, est évidemment en lien avec la progression de leur légalisation. Qui peut être surpris de cela, hormis ceux qui nous assènent régulièrement que la prohibition est une incitation à la transgression?
    Un rapport récent de l'Académie nationale de médecine s'est penché sur les effets épigénétiques de plusieurs drogues: tabac, alcool, cannabis et cocaïne. Hormis quelques mentions de ce rapport dans quelques journaux médicaux, on constate une omerta complète sur ce sujet. "Cachez ces constats que je ne saurais voir"; je crois même que notre JIM préféré a été à cet égard d'une discrétion de violette sans parfum.
    Il apparait en substance que l'usage et plus encore l'abus de ces drogues font que leurs consommateurs, par le "taggage" épigénétique de certains de leurs gènes, transmettent à leur progéniture des modifications de la capacité d'expression de ces gènes. Avec le THC du cannabis cela aboutit à une sous expression des récepteurs dopaminergiques D2 dans le noyau accumbens (striatum ventral). Les adolescents victimes de ce malencontreux héritage, éprouvant moins que leurs congénères les sensations de plaisir, s'ils viennent à consommer une drogue (n'importe laquelle car elles ont toutes pour effet d'intensifier la transmission dopaminergique dans le noyau accumbens) ressentent un plaisir très supérieur à celui qu'en éprouvent leurs autres copains consommateurs. Ce souvenir indicible les incite bien vite à renouveler cette consommation, passant très vite de l'us à l'abus.
    Plus le nombre de consommateurs de drogues s'accroit et plus s'accroit le nombre de leurs héritiers porteurs d'une vulnérabilité aux toxicomanies. Mais chut! C'est tellement important qu'il ne faut pas le dire, ça pourrait finir par se savoir. Restons-en plutôt à l'accroissement des recettes fiscales pour le budget de la Nation (en ignorant résolument ce que les toxicomanies lui coûtent) et poursuivons la catastrophique désinformation qui est à l’œuvre.
    Pr. Jean Costentin
    Président du centre national de prévention, d'études et de recherches sur les toxicomanies (CNPERT)

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