Le déremboursement de l'homéopathie deviendra-t-il une fakenews ?

Paris, le mardi 2 juillet 2019 - La semaine dernière, le ministre de la Santé avait insisté sur la nécessité d’éviter toute précipitation. Alors qu’était rendu public l’avis de la Haute autorité de Santé (HAS) signalant qu’il n’existait aucun élément de preuve en faveur d’une efficacité supérieure au placebo de l’homéopathie, ce qui plaidait pour la suspension de sa prise en charge par l’Assurance maladie, Agnès Buzyn avait estimé que le déremboursement de ces produits « pouvait attendre quelques jours ». Signalant que l’urgence était de gérer la canicule, le ministre avait encore précisé qu’elle n’avait pas reçu l’avis de la HAS et que les décisions de déremboursement suivant les recommandations de l’instance pouvaient parfois prendre plusieurs mois. Elle avait ainsi cité le cas des médicaments indiqués contre la maladie Alzheimer qui n’ont été retirés de la liste des médicaments pris en charge que plus d’un an après la (seconde) préconisation de la HAS dans ce sens.

Perplexité

Ce discours n’a pu que décevoir, voire inquiéter les fervents partisans d’un déremboursement des médicaments homéopathiques. Au-delà de la reconnaissance de l’absence d’efficacité de ces produits, la suspension de la prise en charge est perçue par beaucoup comme le symbole d’une politique désireuse de placer la science au cœur des décisions sanitaires. Ainsi les atermoiements du gouvernement sont nécessairement appréhendés avec perplexité. Aussi, le président du collectif Fakemed, le docteur Jérémy Descoux a décidé d’interpeller le ministre de la Santé et le Président de la République afin de les presser une nouvelle fois de mettre fin au remboursement des médicaments homéopathiques.

Agnès Buzyn sensible et prudente

Le collectif Fakemed est un groupe de médecins qui s’est constitué après la publication en mars 2018 d’une tribune qui a fait date et qui visait à exclure du champ de la médecine les pratiques dont l’efficacité n’a pas été prouvée par les méthodes habituelles. Si différentes pratiques étaient visées et si leur dangerosité (notamment parce qu’elles détournent de thérapies efficaces et parce qu’elles encouragent une image déformée de la médecine), c’est le combat contre l’homéopathie qui a le plus fortement retenu l’attention. Sans doute parce que les arguments du collectif ont été exprimés avec une force qui n’avait pas été observée depuis longtemps sur ce sujet, sans doute parce qu’Agnès Buzyn, professeur d'hématologie a priori plutôt réservée vis-à-vis de l'homéopathie, au-delà de la nécessaire prudence que lui impose sa fonction politique, n’est pas insensible aux appels de ce groupe, sans doute parce que parallèlement à la publicité dont bénéficient les pseudo médecines, les « rationalistes » en santé connaissent également un écho de plus en plus large, la tribune a conduit le gouvernement à solliciter l’avis de la HAS. Et la position soutenue par cette dernière constitue une victoire importante pour le collectif. Victoire que ce dernier entend bien voir se concrétiser.

Jouer sur les peurs

Le docteur Jérémy Descoux débute sa lettre ouverte publiée par l’Opinion par une description du contexte d’un système de protection sociale « qui nécessite des adaptations constantes afin de ne laisser personne de côté » et qui ne peut « dilapider les ressources dans des pratiques illusoires ou dangereuses ». Il rappelle par ailleurs le rigoureux processus d’évaluation conduit, qui a pris en compte tant les arguments scientifiques mais aussi « éthiques et sociaux, au cours d’une très large consultation nationale ouverte en toute transparence ». Aussi, juge-t-il que cet avis « largement document et partagé » en faveur du déremboursement, alors que l’absence d’efficacité de l’homéopathie a été rappelée par de multiples instances, doit être appliqué rapidement. Il invite le gouvernement à ne pas se laisser influencer par des « lobbies et autres groupes de pression » qui « s’expriment dans les médias (…) font du chantage à l’emploi ou jouent sur les peurs à de seules fins électoralistes ». Le docteur Descoux insiste encore en signalant que l’absence de validation de l’avis de la HAS « serait un revers majeur pour la crédibilité des institutions scientifiques de notre pays. Elle serait la preuve que le lobbying et la connivence peuvent avoir raison contre les intérêts de la population, contre la santé et contre les finances de la solidarité nationale ».

La réponse d’Agnès Buzyn et d’Emmanuel Macron est attendue avec impatience.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (8)

  • Débutant

    Le 02 juillet 2019

    Le jeune padawan Jeremy Descoux (31 ans !) s'agite beaucoup chez Fakemed. A peine tombé du nid, il brandit son sabre-laser, pourfendant tout ce qu'il ne comprend pas.
    Il n'a pas de Maître-Jedi ?

    Dr Bernard Albouy

  • Métaanalyses sur l'homéopathie

    Le 02 juillet 2019

    Résultat des 12 méta-analyses répondant à la question suivante: "les effets de l'homéopathie sont-ils dus uniquement à l'effet placebo?"
    OUI: 4 études. Niveau de preuves: insuffisant 2 faible 2.
    NON: 8 études. Niveau de preuve: insuffisant 2, faible 4, suffisante 2.
    (j'envoie les références si besoin, tout en précisant que ce type d'outil ne convient absolument pas pour évaluer un outil comme l'homéopathie).
    Etonnant comme l'homéopathie est devenu la bête noire des ultra-orthodoxes de la médecine rationaliste...

    Dr Jean-Jacques Perret

  • Les meta analyses du Dr Perret

    Le 03 juillet 2019

    Dans ce cas, cher confrère, puisque 8 études ont conclu à l'efficacité supérieure au placebo avec un NP suffisant, je pense que vous serez d'accord pour qu'a l'avenir, tous les médicaments homeopathiques mis sur le marché passent les mêmes tests que les autres médicaments, avec la même règle : bénéfice rendu favorable = remboursement, bénéfice rendu non favorable = pas de remboursement.

    Soyons cohérents...

    Dr E Orvain

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