Le vapotage explose chez les adolescents (américains)

Ceci n’est pas une pipe

Washington, le mercredi 16 janvier 2019 – Cette semaine, Dan Quick, élu du Nebraska a présenté un projet de loi dont l’objectif est d’augmenter l’âge autorisant à acheter des cigarettes électroniques et les liquides associés. Cette mesure, qui suscite des controverses au sein de l’état, témoigne de l’inquiétude des pouvoirs publics face à ce que beaucoup n’hésitent plus à qualifier "d’épidémie"  chez les jeunes américains. Après des années d’une lutte très efficace contre la nicotine, les Américains assistent en effet à une nouvelle progression de sa consommation.

Multiplication par deux du pourcentage d'adolescents vapoteurs de nicotine

Des chiffres issus de l’étude Monitoring the Future, conduite par l’Université du Michigan depuis 1975 auprès d’enfants et d’adolescents de quatrième (13/14 ans), seconde (15/16 ans) et terminale (17/18 ans), présentés dans l’édition du New England Journal of Medicine du 10 janvier, montrent en effet un véritable "record" de la progression de consommation de nicotine depuis le lancement de ces travaux. Pour chaque tranche d’âge, la proportion de vapoteurs de nicotine a pratiquement été multipliée par deux entre 2017 et 2018, passant de 3,5 % à 6,1 % chez les enfants de 13/14 ans, de 8,2 à 16,1 % pour les adolescents de 15/16 ans et de 11 à 20,9 % pour les jeunes de 17/18 ans. Richard Miech et ses collaborateurs de l’Université de Washington précisent que ces chiffres signifient que 1,3 millions d’adolescents supplémentaires se sont convertis au vapotage avec de la nicotine en un an. L’augmentation concerne également mais de manière moins marquée la proportion de vapoteurs de liquides parfumés (mais sans nicotine).

Porte d’entrée vers le tabagisme classique

Cette nouvelle porte d’entrée dans l’addiction à la nicotine qui pourrait mettre à mal les considérables efforts réalisés aux Etats-Unis contre le tabac (qui ont permis de faire descendre en dessous de 6 % la proportion d’élèves de terminale fumeurs) inquiète les spécialistes. « Ces chiffres montrent l’insuffisance des dispositifs légaux en vigueur » conclut ainsi Richard Miech qui invite à agir plus activement contre la guerre marketing de certains fabricants de cigarettes électroniques et notamment l’emblématique Juul dont la cigarette en forme de clé USB fait un tabac chez les jeunes. Les inquiétudes des spécialistes se fondent notamment sur la multiplication des travaux, qui bien que parfois contradictoires, suggèrent un risque de passage vers le tabagisme classique via la cigarette électronique. Une étude publiée dans l’American Journal of Medicine en avril 2018 signalait ainsi un risque six fois plus élevé d’installation d’un tabagisme habituel chez les jeunes utilisateurs de cigarette électronique par rapport à ceux n’ayant jamais testé ce produit.

La Food and Drug Administration (FDA) est consciente de cette urgence. Elle a multiplié l’année dernière les appels et les mesures pour limiter cette "épidémie", qui préoccupe d’autant plus qu’elle pourrait également favoriser une explosion de la consommation de cannabis. Or le vapotage de cannabis pourrait selon certaines études présenter une toxicité accrue par rapport aux modes de consommation habituels. 

Et ailleurs ?

Une telle tendance pourrait également s’observer dans d’autres pays. Au Canada voisin, une enquête institutionnelle a signalé une progression de l’utilisation de la cigarette électronique entre 2014-2015 et 2016-2017 chez les adolescents. Ainsi 23 % des lycéens ont déjà eu recours à ce dispositif contre 20 % deux ans plus tôt et 10 % en ont utilisé un dans les trente derniers jours contre 6 % en 2014-2015. En France, les derniers chiffres disponibles datent de 2014, époque à laquelle 15 % des jeunes de 17 ans indiquaient avoir déjà utilisé plus de dix fois dans leur vie une cigarette électronique, tandis que 2,5 % admettaient un usage quotidien. La situation pourrait avoir évolué, si ce n’est que les forces marketing en présence ne sont pas les mêmes qu’aux Etats-Unis et que la concurrence du tabac est bien plus forte qu’outre-Atlantique, la prévalence tabagique des lycéens français est en effet beaucoup plus élevée que celle de leurs alter ego américains.


Légende de la photo : Ceci n’est pas une pipe


Aurélie Haroche

Référence
Richard Miech et coll : Adolescent Vaping and Nicotine Use in 2017-2018 – U.S. National Estimates », N Eng J Med; 2019 : 380: 192-93.

Copyright © http://www.jim.fr

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Vos réactions (6)

  • Vérifier avant de publier ?

    Le 17 janvier 2019

    Reprendre des termes comme "épidémie" pour une pratique qui ne présente pas de risque sérieux en ne prenant pas la peine de vérifier les chiffres (ce ne sont pas des usages réguliers mais des usages dans le mois, les usages quotidiens publiés partout, donc précédemment aux USA, sont de l'ordre du 10e, ce que confirme une enquête sur la même période aux USA) c'est problématique…
    Affirmer que le vapotage conduirait à l'augmentation du tabagisme sans la moindre queue même d'une corrélation et louper que c'est entre autre le vapotage qui a permis aux USA d'être l'une des nations à pouvoir annoncer sa première génération sans tabac, c'est grave…
    Mais se "féliciter" que le haut taux de tabagisme en France nous "protège" d'une "épidémie" de vapotage c'est carrément scandaleux.
    Très loin des pratiques habituelles de JIM et très décevant de superficialité et contre-productivité.

    Claude Bamberger

  • Scandaleuse fakenews

    Le 17 janvier 2019

    Incroyable concentré de fakenews sans aucune « vérification » (ou prise d’avis compétents) dans une revue médicale. Fantasme de l’effet passerelle vers le tabac ET le cannabis (c’est la nouvelle marotte des anti-vape), nocivité présumée plus forte du cannabis vapé Vs cannabis fumé (scandaleuse fakenews !!!)...

    Sébastien Beziau

  • La réponse de la rédaction

    Le 17 janvier 2019

    Face aux accusations de diffusion de « fakenews » sur le vapotage qui nous semblent illégitimes, nous tenons à préciser plusieurs points.

    D’abord, nous rappelons que nous avons conservé nos distances avec le terme « épidémie », d’une part en utilisant des guillemets, d’autre part en signalant qu’une telle qualification était le sentiment de certains observateurs. Par ailleurs, il n’est pas rarissime d’utiliser ce terme pour évoquer des pratiques dont les risques sont faibles, pour signaler la forte progression, voire l’effet de contagion (qui ne semble pas ici pouvoir être remis en question).

    Concernant les liens entre entrée dans le tabagisme et vapotage, les études sont effectivement contradictoires, comme nous l’indiquons expressément dans notre article. Certaines cependant, qui peuvent attirer notre attention, signalent l’existence d’un risque, notamment, comme c’est le cas ici, lorsque les liquides utilisés contiennent de la nicotine.
    Si c’est en effet, entre autre, le vapotage qui a contribuer à réduire le nombre de fumeurs aux Etats-Unis (mais pas à lui tout seul, puisque la lutte contre le tabac aux Etats-Unis a commencé bien avant l’arrivée de la cigarette électronique et les premiers résultats de cette lutte étaient également constatés avant la diffusion de ces dispositifs) la problématique est très différente quand il s’agit de personnes n’ayant jamais fumé.

    Ainsi, il ne nous semble pas impossible, d’une part de reconnaître l’efficacité de la cigarette électronique comme outil de sevrage, voire de regretter la frilosité de certaines autorités vis-à-vis de cette technique et en même temps de redouter que son utilisation par des personnes n’ayant jamais été en contact avec de la nicotine ne conduise au développement d’une addiction.

    Notre remarque finale sur le fait que le tabagisme des jeunes Français est bien plus élevé que celui des Américains avait une tonalité ironique : il s’agissait de signaler qu’en France, les enjeux étaient bien différents et que nous n’avons pas encore le luxe (qu’ont les Américains) de pouvoir s’inquiéter de la progression de la cigarette électronique puisque le tabac est encore trop bien implanté.

    Concernant les chiffres, ceux que nous citons sont directement extraits d’un article publié dans le New England Journal of Medecine… ce qui nous semble devoir nous passer de vérification, d’autant plus qu’ils sont présentés dans cette même revue par le responsable de la très vaste étude Monitoring the Future. Les chiffres cités concernent effectivement l’utilisation dans les trente derniers jours, ce qui n’est effectivement pas aussi alarmant et impactant que l’usage quotidien, mais ce qui est cependant plus significatif que le fait d’avoir déjà expérimenté la cigarette électronique. Par ailleurs, les fortes progressions observées sont clairement significatives d’une augmentation du recours à la cigarette électronique.

    Concernant enfin le cannabis, il ne s’agit pas de redouter un passage de la cigarette électronique vers la consommation de cannabis, mais de redouter le vapotage de cannabis en tant que tel, pratique qui est également en augmentation.
    Pour les responsables de l’étude Monitoring the Fugure (équivalent en grand de du baromètre santé de Santé publique France), la progression du vapotage chez les adolescents (vapotage de nicotine et de cannabis) constitue l’élément le plus marquant de cette année en ce qui concerne l’usage de substances psychoactives chez les adolescents.

    Ce n’est pas le JIM, mais les responsables sanitaires américains, dont la FDA, qui déplorent cette tendance, notamment parce qu’elle est le premier signal négatif depuis bien longtemps sur le terrain de la lutte contre la nicotine ; FDA et responsables sanitaires qui n’ont pas eu cette même attitude alarmiste quand il s’agissait de remarquer la progression de l’utilisation de la cigarette électronique comme outil de sevrage.

    Aurélie Haroche

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