Maroc : l’aide internationale entravée par Rabat

Marrakech, le lundi 11 septembre 2023 – Un séisme survenu vendredi soir a causé la mort d’au moins 2 500 personnes dans le sud du Maroc. Le gouvernement marocain refuse pour le moment l’aide de la France.

Cela fait désormais plus de 48 heures que les quarante sauveteurs membres de l’ONG française Pompiers de l’urgence internationale attendent depuis leur base de Limoges l’ordre du départ. Ils se sont portés volontaires pour se rendre dans l’Atlas marocain, une région montagneuse située dans le sud du pays et qui a été victime vendredi soir dernier d’un puissant tremblement de terre de magnitude 6,8 sur l’échelle de Richter. L’épicentre du séisme se trouve à 70 km au sud de la très touristique ville de Marrakech et à 200 km à l’est d’Agadir, ville côtière qui avait été rasée par un autre terrible tremblement de terre en 1960. Mais pour le moment, le feu vert de Rabat se fait encore attendre pour les pompiers français.

Le dernier bilan officiel des autorités marocaines ce lundi fait état de près de 2 500 morts, un bilan provisoire malheureusement voué à augmenter ces prochains jours, ainsi que de dizaines de milliers de blessés et de sans-abris. Les hôpitaux de la région sont débordés et sur les routes sinueuses des montagnes de l’Atlas, le balai des ambulances est incessant. Le relief particulièrement escarpé de cette région rend extrêmement difficile l’arrivée des secours et l’acheminement de l’aide humanitaire, d’autant plus que le séisme a provoqué des éboulements et a bloqué les routes.

La solidarité internationale s’organise…

Dans les villages les plus isolées de la région, l’aide des autorités marocaines se fait encore attendre, trois jours après le séisme et ce sont les habitants eux-mêmes qui se chargent, avec les moyens du bord, de déblayer les gravats, à la recherche de survivants. Si quelques miracles sont encore possibles maintenant l’espoir de retrouver encore une poignée de survivants sous les décombres, ce sont le plus souvent des corps sans vie que les secouristes, professionnels ou volontaires, sortent des gravats.

Les terribles images en provenance du sud marocain, ont suscité un grand élan de solidarité. Au Maroc, les citoyens ordinaires affluent dans les centres hospitaliers afin de donner leur sang. A l’étranger, la diaspora marocaine, très importante notamment en France (on compte dans notre pays plus de 650 000 immigrés marocains), s’organise pour envoyer de l’aide et des fonds au pays natal. Plusieurs pays, dont la France, ont également rapidement affiché leur volonté de venir en aide au Maroc, en envoyant des médecins, des secouristes et du matériel.

…malgré les réticences de Rabat

Mais pour le moment, le gouvernement marocain n’accepte cette aide qu’au compte-goutte. Seuls quatre pays ont été autorisés à envoyer du personnel et du matériel dans le royaume chérifien : le Qatar, les Emirats Arabes Unis, la Grande-Bretagne et l’Espagne. L’aide de la France, très rapidement proposée par le Président Emmanuel Macron, n’a en revanche pour le moment toujours pas été acceptée, semble-t-il en raison de la dégradation des relations franco-marocaines ces dernières années. En attendant un éventuel feu vert de Rabat, Paris a annoncé verser 5 millions d’euros aux associations déjà en activité au Maroc.

Le refus de Rabat de recevoir de l’aide de l’ancienne puissance coloniale s’étend également aux ONG françaises. Les secouristes de l’association Pompiers de l’urgence internationale n’ont donc toujours pas été autorisés à se rendre au Maroc. Idem pour les équipes de l’ONG Secouristes sans Frontières, dont le président Arnaud Fraisse dit « ne pas comprendre cette situation de blocage de la part du gouvernement marocain ».

De manière plus générale, c’est la gestion de la catastrophe par les autorités marocaines qui interroge. Le Roi du Maroc Mohamed VI se trouvait ainsi en France au moment du séisme et a mis près de 24 heures pour prendre publiquement la parole sur cette tragédie, bien après plusieurs dirigeants étrangers. Rappelons qu’en 2004, la mauvaise gestion par les autorités d’un séisme ayant causé la mort de plus de 600 personnes avait provoqué d’importantes manifestations de colère chez les populations sinistrées. La tragédie sanitaire pourrait donc se doubler d’une crise politique.

Quentin Haroche

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Vos réactions (3)

  • Changement d'époque

    Le 12 septembre 2023

    Il n'est pas certain que l'apport de la présence française primerait sur celle du Qatar, les Emirats Arabes Unis, la Grande-Bretagne et de l’Espagne et changerait fondamentalement la donne. Ce qui est au moins aussi (sinon plus) important que le nombre d'intervenants, c'est leur bonne coordination, que le complexe français de supériorité n'aidera pas forcément.
    J'ai l'impression que beaucoup de français ne se rendent pas compte de leur image en Afrique. Les postures de superman ne font que renforcer ce qu'on reproche à l'ancienne puissance coloniale. Il serait temps que certains prennent enfin conscience du changement d'époque et de l'héritage encombrant du passé.

    Dr G Gilbert

  • @Dr Gilbert

    Le 12 septembre 2023

    Il n'empêche que nos 3 bâtiments de projection et de commandement (classe Mistral) basés à Toulon auraient permis de déployer très rapidement 3 hôpitaux militaires flottant dans les eaux marocaines, de quoi accueillir plus d'une centaine de blessés graves avec imagerie, bloc de chirurgie et réanimation sans oublier 48 hélicoptères caïmans, puma ou caracal bien utiles pour emmener de l'eau, des vivres, des médicaments, du matériel et des sauveteurs sur place... pas certain que ce soit une bonne idée pour le Maroc de refuser une telle aide en période de crise majeure.

    Dr Le Foulon

  • Le fardeau du passé ? @Dr Gilbert

    Le 12 septembre 2023

    Le Dr G Gilbert nous indique un changement d'époque et souhaite nous sensibiliser sur la dégradation (entretenue) de notre image en Afrique (de l’ouest je suppose).
    Ses propos fort « éveillés » sur fond bien huilé de décolonisation, d’indigénisme mais surtout de chamailleries géographiques et minières de fin de protectorat (Sahara occidental) et ses frontières « à la règle » comme ailleurs.
    Une génération plus tard. Rien de très neuf et/ou original .
    La question des visas vs OQTF, de Pégasus, le choix national revendiqué d’un rapprochement Franco-Algérien n’est pas apaisante quand on connait l’hostilité des dirigeants plus que des populations.
    Le choix Qatar, Emirats Arabes Unis, Grande-Bretagne et Espagne premier partenaire économique (4 monarchies) n’a rien de sanitaire ou pragmatique, il est « géopolitique ». Celui de la GB est pure provocation. La perte de chance de ces choix peut être supputée, elle ne sera jamais prouvée.
    Reste à remarquer que les absences (mondaines puis pour raison de santé) ou retards à l’allumage de Mohamed VI (Moins féroce que son père Hassan II) sont promis à l’impunité : Monarchie de droit divin, dynastie alaouite oblige depuis des siècles. Crise politique improbable : QS printemps arables, séisme de 2004 ou même Skhirat (1971).
    Reste à noter que faute de pétrole et de gaz…les dirigeants marocains (sensibles à l’Ouest) ont eu des idées. La comparaison des évolutions (PIB) avec l’Algérie (sensible à l’Est) est cruelle coté algérien.
    « L’héritage encombrant du passé » est un grand classique. Il sera à confronter à l’héritage (ou pillage) de la corruption et des considérations tribales, bien ancrées, transgénérationnelles. Parlons du drame Libanais ?
    Le supposé fardeau du passé est vite oublié quand il s’agit pour les dignitaires de venir se faire soigner en France (QS Maroc, Algérie et autres), d’investir dans l’immobilier ou l’agraire, de former sa descendance ou ses « élites » .

    Le Dr Le Foulon note heureusement que le pragmatisme peut être préférable à l’idéologie en situation de crise, sismique comme sanitaire.
    Un constat : le 11 septembre 2001 est passé … sous les radars de l’actualité hier. Le devoir (et non rançon) mémoriel c’est aussi cela.

    Dr JP Bonnet

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