Martin Hirsch prêche pour une révolution hospitalière

Paris, le mercredi 4 mai 2022 – Dans une note au gouvernement, le directeur de l’AP-HP plaide pour une réforme en profondeur de notre système hospitalier.

Le constat n’est pas nouveau. En introduction de sa note adressée au gouvernement, publié par le journal Les Echos, Martin Hirsch dresse le bilan d’un « système hospitalier français en crise ». Le directeur de l’AP-HP rappelle des éléments bien connus : des fermetures de lits faute de professionnels, un malaise qui touche médecins comme infirmiers, une désertification médicale qui s’accentue et un fossé qui se creuse entre l’hôpital et la médecine de ville.

Si, selon Martin Hirsch, ces difficultés hospitalières existent dans la plupart des pays développés, les lourdeurs administratives françaises ne font que les accentuer. « L’hôpital français est malade de ses rigidités et des effets pervers des contournements de ses rigidités » explique-t-il avant d’évoquer la difficile introduction des 35 heures à l’hôpital. Fort de ce constat, l’ancien président d’Emmaüs avance ses propositions, « plaidoyer pour un changement profond » de l’hôpital public. 

Une rémunération en trois parts

Le premier axe de réforme avancé par le directeur de l’AP-HP concerne les rémunérations des médecins. Selon lui, le fait que le salaire des professionnels de santé soit fixé nationalement et uniformément est une absurdité qui entraine frustrations, injustices et surtout départs, quand on sait que les salaires dans le privé ou à l’étranger sont souvent bien plus élevés. Si le Ségur a conduit à des avancées, il n’a pas permis de mieux rémunérer les gardes et le travail de nuit. Martin Hirsch propose donc une rémunération en trois parts : une part fixe déterminé statutairement au niveau national, une part fonction d’un coefficient géographique selon le coup de la vie et enfin une troisième part fixée par l’établissement de santé selon différents critères comme la spécialité exercée, l’investissement dans la vie de l’établissement ou certaines compétences. Des primes de responsabilité ou d’enseignement pourraient être ajoutés au salaire.

Le directeur de l’AP-HP souhaite également s’attaquer au statut de praticien hospitalier (PH). Selon lui, le système de la nomination à vie a des effets pervers en ce qu’elle annihile la mobilité des médecins et ne correspond plus aux aspirations des jeunes médecins dont le rêve n’est plus de « s’inscrire pour une vie professionnelle dans le même parcours initiatique en projetant d’y finir PU-PH et éventuellement chef de service ». Il propose donc que les PH soient désormais nommés dans un établissement pour une durée de 5 ans renouvelable.

Donner plus de responsabilité aux professions paramédicales

Martin Hirsch n’oublie pas d’évoquer dans sa note la situation des infirmiers. « La possibilité d’exercer des responsabilités supplémentaires, comme infirmier de pratique avancée, ne doit plus être une possibilité marginale » écrit-il, plaidant pour une refonte de la formation et de la rémunération de ces professionnels afin qu’une grande partie d’entre eux « puissent accéder à ces évolutions de carrière vers plus de technicité » voire même obtiennent des « responsabilités hospitalo-universitaires ».

Le directeur de l’AP-HP n’oublie pas le sujet clé de la gouvernance. Comme de nombreux professionnels de santé, il prône une médicalisation et même une para-médicalisation de la gouvernance hospitalière. « Les paramédicaux ne peuvent être considérés comme de simples exécutants mais doivent participer à la gestion de l’hôpital » estime Martin Hirsch, qui souhaite également donner une place plus grande aux usagers. Enfin, l’ancien directeur de l’AP-HP prône une prise en charge à 100 % des dépenses hospitalières par l’Assurance Maladie. A tout le moins, il estime qu’elle devrait avancer la somme aux hôpitaux et se charger de récupérer la part des complémentaires santé.

Le directeur de l’AP-HP en est conscient : certaines des réformes qu’il propose sont difficiles à mettre en œuvre et risquent de rencontrer des oppositions fortes, notamment concernant les salaires. Il propose donc la mise en place d’une commission présidée par le vice-président du Conseil d’Etat et composée des professionnels de santé de toutes générations qui sera chargé d’examiner ces propositions.

Quentin Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (7)

  • Le pire reste à venir

    Le 04 mai 2022

    Les lits fermaient bien avant que les infirmiers quittent le navire, c’est trop facile de les accuser des maux de l’hôpital public qui doit sa crise aux politiques et à leurs choix, et en plus pointer du doigt les 35 h comme source des problèmes !
    En Suisse on travaille 40h par semaine il est vrai , mais le salaire est conséquent et le ratio patient /soignant est très inférieur aux cadences inhumaines des hôpitaux français.

    Je ne sais pas si un jour les médecins français lâcheront des actes aux infirmières comme cela peut se faire au Québec, mais on sait que la France est un pays de conservateurs…

    Quant aux IPA si on avait l’assurance d’être payé correctement et avoir plus d’autonomie mais on en revient au problème du conservatisme à la française…
    Le système de santé français était un des meilleurs maintenant on peut dire que c’est de la préhistoire !

    Anna Cannavacciuolo (IDE)

  • Sinistres pieds nickelés

    Le 05 mai 2022

    Comment est-il possible de lire de tels articles dans une revue qui se veut professionnelle ?
    Cet individu comme ces prédécesseurs est responsable de l'effondrement de la capacité des soins en France et à l'origine de l'incurie de la gestion d'une épidémie nouvelle mais n'ayant rien d'aussi dramatique que ce que certains malveillants en ont fait !
    Non Mr Hirsh ... si l'Hopital est malade et si les départs et le désamour des citoyens pour leur hôpital progressent c'est par la gestion calamiteuse d'individus sans scrupules tels que vous !
    Vous manquez de personnels pour couvrir la demande de soins et des lits restent vides ?
    Mais vous êtes à l'origine de l'éviction de 15.000 soignants professionnels sérieux et engagés pour le bien-être des patients et bienveillants dans leurs soins pour la plus part !
    Mais votre hypocrisie est à l'image de la gestion des hôpitaux publics eux-mêmes à l'image de leur ministère dirigé par d'indignes et sinistres pieds nickelés !

    Gilles Dupont (IDE)

  • L'hôpital n'existe pas, Martin Hirsh non plus

    Le 05 mai 2022

    L'hôpital n'existe pas isolément du système de santé tout entier, aussi vouloir le réformer est inutile. Martin Hirsh est un haut fonctionnaire, et partage avec tous ses semblables d'aujourd'hui et d'hier une double responsabilité dans l'abaissement du système de santé.

    La première est d'avoir prétendu pouvoir gérer ce système de santé "techniquement", la seconde de n'avoir pas dit stop quand tout leur montrait l'échec de ces seules techniques.
    Evitons leur une troisième, qui serait de faire croire qu'en faisant plus, mieux, toujours sous leur gouverne et avec leurs techniques, on résoudrait les problèmes dans l'avenir, ce qui serait folie.

    Il faut en effet une rupture politique, c'est à dire une idée politique de ce qu'il faut faire globalement et non un ajustement administratif d'éléments réduits à eux mêmes, tel "l'hôpital", "la médecine de ville" etc..
    Aussi Martin Hirsh prêche dans un double désert et ferait mieux de ne pas se fatiguer en vain, c'est un conseil pour ainsi dire médical.

    Dr Gilles Bouquerel

Voir toutes les réactions (7)

Réagir à cet article