Modélisations de l’Institut Pasteur : le spectre du confinement s’éloigne, mais le maintien du passe sanitaire paraît acté

Paris, le mardi 7 septembre 2021 – Depuis l’apparition de la Covid, il a été confirmé à de nombreuses reprises combien les tentatives de modélisation mathématique des phénomènes épidémiques étaient difficiles (voire vouées à l’échec). Ainsi, les projections établies par l’Institut Pasteur ont souvent été détrompées, contribuant à affaiblir la crédibilité des équipes à leur origine auprès du grand public (et des praticiens). Elles conservent cependant une importante aura auprès du Conseil scientifique, qui s’appuie régulièrement sur elles pour émettre ses recommandations à l’intention des pouvoirs publics.

Des évolutions constantes et insaisissables

La difficulté de ces modélisations tient notamment dans l’évolution constante des paramètres épidémiques. Ainsi, il apparaît désormais que le variant Delta augmente de 50 % le risque d’hospitalisation pour les personnes infectées par rapport aux variants précédemment en circulation. Par ailleurs, la vaccination paraît ne protéger du risque de contamination que de 60 % (contre des estimations allant jusqu’à 80 % en juin).

Un risque de quasi saturation hospitalière en cas de retour complet à la « normale »

Mais parallèlement, concernant la vaccination, la réalité est plus positive que les projections. Ainsi, on se rapproche d'une couverture vaccinale de 70 % chez les 12/17 ans (64,6 % le 2 septembre), contre une estimation de 30 % établie en juin, de 80 % chez les 18/59 ans (vs 70 %) et de 90 % chez les plus de 65 ans (comparable aux prévisions). Compte tenu de l’efficacité moindre qu’espérée de la vaccination contre l’infection par le variant Delta (mais sa performance quant à la réduction des formes graves paraît inchangée), cette couverture vaccinale ne permettrait pas d’échapper à un nouveau pic d’hospitalisation cet automne (comparable aux vagues de 2020, assure l’équipe de l’I.Pasteur), si plus aucune mesure (du port du masque jusqu’au passe sanitaire) n’était respectée. En effet, on peut s’attendre à ce qu’à « peu près la moitié des infections aient lieu chez des personnes vaccinées (alors que ce groupe représente plus de 70 % de la population) ». Parallèlement « les personnes non-vaccinées contribuent de façon disproportionnée à la transmission » relève l’Institut Pasteur, qui note encore : « Dans notre scénario de référence, les personnes non-vaccinées de plus de 60 ans représentent 3 % de la population mais 43 % des hospitalisations ». A contrario, les plus jeunes, qui sont régulièrement suspectés de devenir un vecteur de propagation important de l’épidémie pourraient finalement voir leur rôle plus limité. Ainsi, l’Institut Pasteur considérait en juin que la moitié des contaminations aurait pu concerner les moins de 18 ans cet automne.

Cependant, compte tenu de la couverture vaccinale des 12/17 ans bien plus élevée qu’attendue et du fait que les contaminations sont plus fréquentes que prévues chez les vaccinés, il est probable au total que pas plus d’un tiers des contaminations affectent les jeunes.

Pas de confinement, mais une vigilance toujours aigue

Face à de telles « projections », quelle mesure prendre ? L’Institut Pasteur semble écarter le spectre du confinement. « Alors que les confinements en 2020 ont réduit les taux de transmission de 70-80 %, des réductions de 20-30 % pourraient maintenant suffire pour fortement réduire l’impact sur le système de santé » explique l’équipe chargée des modélisations. Par ailleurs, il apparaît certain que « Des mesures de contrôle ciblant la population des non vaccinés pourraient maximiser le contrôle de l’épidémie tout en minimisant l’impact sociétal par rapport à des mesures non ciblées » confirme l’Institut Pasteur. Cependant, les auteurs de la modélisation n’ignorent pas les risques de « discrimination » associés à ce type de politique, qu’ils qualifient « d’exacerbés » en ce qui concerne les plus jeunes. Néanmoins, leurs observations confortent clairement la pertinence du maintien d’un passe sanitaire (dont la prolongation au-delà du 15 novembre apparaît de plus en plus probable). Parallèlement, le maintien des mesures de protection individuelle (port du masque et distanciation physique) semble également indispensable pour tous, y compris les personnes vaccinées, la vaccination offrant en effet une protection limitée concernant le risque de contamination et de transmission. Les auteurs évoquent également le maintien du « Tester, tracer, isoler » dont on connaît les multiples failles et alors que la politique de dépistage à l’école pourrait ne pas être à la hauteur des enjeux. Enfin, l’accent doit évidemment être mis sur la progression de la couverture vaccinale chez les plus âgés, en accentuant notamment les méthodes « d’aller vers ».

A.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (5)

  • Déprimant

    Le 07 septembre 2021

    En lisant cet article, je me demandais si vous arriviez encore à croire ce que vous écrivez. Je me demande si je ne vais pas aller passer mes vacances en Suède ou au Danemark, peut être en Angleterre, etc. C'est marrant, ces pays ont tout arrêté (mesures sanitaires) et ça ne se passe pas si mal, voire plutôt mieux que chez nous.

    Concernant la modélisation de Pasteur, il s'agit d'une véritable FAKE NEWS, je vous trouve d'une indulgence ahurissante, alors que c'est sur ce préprint, non validé par les pairs, retiré depuis de leur site et pour cause puisqu'une plainte a été déposé contre eux, c'est sur ce torchon qu'a été validé la disposition du passe sanitaire. Ces gens là ce sont trompés sur tout depuis le début de la pandémie et pourtant ils jouissent encore d'une aura importante auprès du conseil scientifique. Trouvez l'erreur! Cette remarque de l'institut Pasteur est affligeante : l’Institut Pasteur semble écarter le spectre du confinement.

    "Alors que les confinements en 2020 ont réduit les taux de transmission de 70-80 %, des réductions de 20-30 % pourraient maintenant suffire pour fortement réduire l’impact sur le système de santé". Allez voir en Suède quelles mesures sanitaires ont-ils pris depuis 18 mois? Je suis épuisé par tant de bêtise, de croyance et de mesure politique, j'ai l'impression de vivre dans un roman d'Orwell...

    Dr Vincent Bentolila

  • Boule de cristal

    Le 08 septembre 2021

    L'institut Pasteur fait, c'est bien connu, des prévisions toujours justes, raison pour laquelle on attend chacun de ses oracles avec la frénésie ad hoc.
    Gloire à ces scientifiques impeccables !
    Comment j'exagère ?
    À peine ...

    Dr Gilles Bouquerel

  • Changer de tactique pour terminer le travail?

    Le 08 septembre 2021

    En début de pandémie, certains pays avaient fait le pari de laisser s’étendre la maladie pour que l'immunité s’étende aussi. Angleterre et Suède,entre autres, ont ensuite abandonné cette option devant les conséquences pour les hôpitaux. Mais c'est peut être maintenant qu'il faudrait reprendre cette manœuvre, dans un contexte où il ne reste que beaucoup moins de gens a immuniser, et où la vaccination peine à atteindre certaines catégories de non protégés. La contamination prendrait le relais de la vaccination, avec entre 2 et 4% des contaminés à hospitaliser, dont les 3/4 n'iraient pas jusqu'à la Rea,les protocoles de prise en charge s’étant beaucoup améliorés. Avec, en plus quelques nouvelles molécules efficaces, on pourrait cantonner d’éventuelles vagues ultérieures dans un petit perimetre. Ca fait un peu médecine de guerre, mais la guerre, c'est ce que le Président nous avait annoncé.

    Maignan (pharmacien)

    Maignan Pharmacien

Voir toutes les réactions (5)

Réagir à cet article