Pharmacien correspondant : les médecins montrent les dents

Paris, le jeudi 10 juin 2021 – Depuis un décret publié au Journal Officiel fin mai, les patients peuvent désigner auprès de l'Assurance maladie un pharmacien correspondant qui aura la possibilité de « renouveler périodiquement des traitements chroniques et ajuster, si besoin, leur posologie » dans le cadre d’un exercice coordonné.

En quelques jours, le ton des médecins s’est durci vis-à-vis de ce dispositif. Après une réprobation feutrée de l’Ordre des médecins ce sont désormais les syndicats outrés qui donnent de la voix.  

Renouvellement d’ordonnance : ça n’existe pas !

Auprès de nos confrères d’Egora, le Dr Jean-Paul Ortiz, patron de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) considère qu’il y a « un risque très clair de non qualité de prise en charge. Ce sont les contours clairs des métiers, bien identifiés par la population, qui sont le gage de cette qualité ». Dans Le Figaro il s’est également interrogé : « Nous risquons d’avoir des difficultés y compris d’un point de vue médico-légal. Qui va prendre la responsabilité d’une liée au médicament prescrit par le médecin, et renouvelé de façon excessive complication par le pharmacien éventuellement dans une posologie adaptée sans l’accord du médecin ? ».

Pour la FMF, il n’existe pas, en vie réelle de renouvellement d’ordonnance « le "renouvellement" nécessite un réexamen régulier du patient et ne doit être envisagé que sur des critères médicaux ou à l’aune d’une concertation entre médecins de premier et deuxième recours, voire après hospitalisation (…). "Renouveler" un traitement sans passer par la case médecin représente de plus un risque accru d’accumulation de pathologies, d’apparition de symptômes traduisant une aggravation dont la prise en charge sera de facto retardée ; alors que le temps de consultation médicale restreint ne permettra pas d’appréhender les problématiques de façon exhaustive ».

Appel à la résistance

Pour le SML « s’abritant derrière l’exercice coordonné, le Gouvernement pousse en réalité un transfert de compétences qui ne dit pas son nom et qui, surtout, n’est pas concerté ».

Aussi, le SML appelle à la « résistance » et demande à « tous les médecins libéraux à inscrire sur leurs ordonnances la mention ordonnance non modifiable ».

Même appel à la désobéissance de la part de l’UFML qui exhorte « tous les médecins libéraux à entrer en contact avec leurs pharmaciens et à leur interdire de renouveler ou modifier les ordonnances ».

Finalement seul MG France ne semble pas être vent debout contre le dispositif, tout en avertissant qu’il restera « vigilant ».

F.H.

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Vos réactions (14)

  • Malheureusement chacun son tour

    Le 10 juin 2021

    Pharmacien IDEL puis pharmacien médecin...et demain ? Pharmacien psychiatre, psychologue, orthophoniste, ophtalmologue.... et j'en passe... ?

    Hélène d'Agostino (IDE)

  • Interdiction ?

    Le 10 juin 2021

    Je suis effaré de lire dans cet article:
    "Même appel à la désobéissance de la part de l’UFML qui exhorte « tous les médecins libéraux à entrer en contact avec leurs pharmaciens et à leur interdire de renouveler ou modifier les ordonnances »."
    Existerait il un lien de subordination entre le medecin et le pharmacien? Cela me semble contraire à l'esprit libéral...
    La formulation est pour le moins maladroite.

    Alain Szlamycsz (pharmacien)

  • Potard correspondant ?

    Le 10 juin 2021

    Les toubibs ont totalement raison !
    S'il est en effet possible d'envisager au cas par cas des renouvellements de thérapies sans trop de risques, il me semble totalement exact qu'un réexamen clinique puisse devoir être réalisé périodiquement...élémentaire mon cher Watson !

    Que mes collègues officinaux tentent de trouver ça et là des compléments de revenu à tout ce qu'ils ont perdu car, force est de constater, le commerce a totalement été bouleversé ces dernières décennies, soit !
    Il aurait peut-être y avoir pensé lorsque cela était possible...

    Alain Cros (ex pharmacien industriel)

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