PMA « pour toutes » : aucune opposition de principe de l’Ordre des médecins

Paris, le mercredi 19 septembre 2018 - Dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, l’Ordre des médecins sera auditionné à l’Assemblée nationale au sujet de l’extension de la PMA.

Le Dr Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie du Conseil national de l’Ordre a livré, au quotidien La Croix, la primeur de l’allocution qu’il fera à la chambre basse.

Le désir inassouvi d’enfant : une souffrance comme une autre

Ses déclarations tendront à démontrer, qu’aux yeux de l’Ordre, il n’y a aucun obstacle à l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules.

Pour lui, « le rôle des médecins est d’apaiser les souffrances, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Or, le désir d’enfant est une souffrance et le médecin est là pour l’entendre ».

Il réfute l'argument des opposants à l'extension de la PMA selon lequel cela équivaudrait à instaurer un "droit à l'enfant" : « on devrait plutôt parler du droit d'accéder à une technique médicale spécialisée ». Ce à quoi, sur son blog, le journaliste et médecin, Jean-Yves Nau rétorque : « on devrait aussi parler d’une mesure qui transforme un geste thérapeutique (contre l’infertilité d’un couple) en une pratique qui ne le sera plus. Mais l’Ordre, ici, reste coi ».

Il reconnaît néanmoins que des problèmes techniques ne manqueront pas de se poser et en particulier une possible pénurie de spermatozoïdes de donneurs : « comment fera-t-on ? Il nous semble inacceptable de hiérarchiser les demandeurs. Couples homosexuels, hétérosexuels et femmes seules doivent être traités sur un pied d’égalité » répond ce représentant des instances ordinales.

A contrario, interrogé sur la gestation pour autrui (GPA), il fait valoir : « il est évident que nous aurions sans doute une position beaucoup plus réservée ».

Une clause de conscience pour la PMA ?

Pour le Dr Faroudja, il ne sera pas nécessaire d’adosser une clause de conscience (pouvant être invoquée par les médecins) au projet de loi ouvrant la PMA « pour toutes ». Il rappelle aussi : « le droit actuel, qui permet au médecin de refuser un acte médical pour des raisons personnelles à condition qu’il avertisse son patient et le dirige vers un autre praticien, est suffisant. Le refus doit être possible dans certaines circonstances, mais il ne doit jamais reposer sur la seule orientation sexuelle des patients, ce serait contraire aux règles de la déontologie ».

Prouesse rare, cette prise de position, avant même d’être officiellement affichée au Palais Bourbon a déjà fait réagir !

« Tout cela n’est pas très sérieux. Nous ne sommes pas là pour répondre à n’importe quelle demande » commente ainsi le Dr Bertrand Galichon, président du Centre catholique des médecins français (CCMF). Il dénonce aussi une « remise en cause fondamentale de la place des soignants dans la société (…). Allons-nous vers un horizon où les médecins seront simplement tenus de répondre aux demandes de la société sans pouvoir réfléchir sur leur fonction première ? ».

F.H.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • La PMA pour toutes est la voie royale pour tous

    Le 20 septembre 2018

    L'Ordre a utilisé exactement les mêmes mots pour justifier la sédation terminale.
    Comment euthanasier la société? Lui donner tout ce qu'elle demande.

    La PMA pour toutes est la voie royale pour tous. Il y a une différence entre ne pas pouvoir faire un enfant par infertilité médicale et ne pas vouloir par choix de vie.

    Dr Isabelle Gautier

  • Le médecin : une main aux ordres des exigences sociétales?

    Le 20 septembre 2018

    L’Ordre tente-t-il de redéfinir les missions de la médecine vers une médecine-outil ?

    « Le rôle des médecins est d’apaiser les souffrances, qu’elles soient physiques ou psychologiques. Or le désir d’enfant est une souffrance, et le médecin est là pour l’entendre » 
    Entendre ne justifie pas des passages à l’acte hors du champ de la médecine.
    Comment défendre le détournement de la pratique médicale, la soumettre aux ordres pour convenances personnelles et aux désirs de toute puissance d’une minorité ?

    Nombre de médecins pensent que « La protection des minorités ne doit pas devenir la dictature des minorités. »
     
    Les médecins promus Assistants sociétaux : 
    l’AMP, assistance médicale à la procréation remplace la PMA, procréation médicale assistée. Un tel glissement permettrait de disposer du médecin comme d’une main.

    A ce train là, l’assujettissement des médecins  et l’instrumentalisation des techniques médicales déviées de leurs buts thérapeutiques iront jusqu’au bricolage embryonnaire en éprouvettes et à la métamorphose de l’humanité vers l’enfant parfait et augmenté,l’homme immortel, le cyber-trans-genre, projets chers aux trans-humanistes. 

    L’Ordre est-il certain que les exigences sociétales de procréation ne dérivent pas vers la mutation de l’humanité avec le DPI et le CRISP-Cas 9?

    Dr Isabelle Gautier

  • Une souffrance comme une autre

    Le 21 septembre 2018

    Une frustration, douloureuse. Nombreuses sont les frustrations de la vie et celle du désir inassouvi d'un enfant en est des plus intenses.
    Pour faire disparaître une frustration, deux solutions : y répondre, ou s'en détacher. Les deux réponses si elles me paraissent moralement acceptables requièrent comme pour toutes les autres thérapeutiques cognitives ou chimiques de procéder par économie de moyen. D'abord tenter de s'en détacher. Où sont les TCC et psychanalyses remboursées, avant de se plonger en cas d'échec vers une thérapeutique plus coûteuse mais remboursées ?

    Dr Pierre Serveille

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article