Russie : des médecins ont pris en charge des patients irradiés sans le savoir

Nyonoska (Russie), le mardi 3 septembre 2019 - Les médecins qui ont soigné les blessées lors de l’accident nucléaire de Nyonoska du 8 août dernier affirment qu’ils n’ont pas été informés que les patients avaient été irradiés.

8 août, 4h30 du matin, à l’hôpital d’Arkhangelsk, dans le nord-est de la Russie. Trois patients sont amenés par l’armée, nus et enroulés dans des sacs plastique transparents. La seule explication donnée aux médecins et que ces hommes ont été blessés dans une explosion qui a eu lieu dans la base militaire voisine. Dès le lendemain, les patients sont transférés à Moscou (deux décèderont en route).

Dans le même temps, des agents du FSB, le contre-espionnage russe, se rendent à l’hôpital. Ils récupèrent et suppriment toutes les informations relatives à l’incident et demandent aux médecins de signer un "accord" de confidentialité sur les évènements. Dans les jours qui suivent, les praticiens comprennent que les patients qu’ils ont soignés avaient été blessés lors d’un accident survenu sur une plateforme maritime militaire près du village de Nyonoska.

Un accident qui aurait causé la mort de sept personnes, autour duquel les autorités russes entretiennent le flou mais qui serait lié à un prototype de missile à propulsion nucléaire. Un taux de radioactivité vingt fois supérieur à la normale a ainsi été relevé dans la région tandis que l’évacuation des villages alentour, un temps envisagé, a finalement été décommandée.

Les médecins savent désormais qu’ils ont été trompés. Ils ont dû s’occuper de patients irradiés sans en être informés, mettant ainsi (peut-être) leur vie en danger. Sous couvert d’anonymat, ils expriment désormais leur mécontentement et leur désarroi auprès des médias russes. Ils ne comprennent pas notamment pourquoi les blessés n’ont pas été emmenés dans un hôpital militaire. Mais le ministre de la santé de la région d’Arkhangelsk, qui a visité l’hôpital le 12 août, a refusé de répondre à leurs questions.

En lieu et place d’explications, le personnel de l’hôpital a été invité à se rendre à Moscou dans une clinique spécialisée dans le traitement des radiations. Au moins un des praticiens  aurait été irradié par du césium 137 (sans que, officiellement)  sa santé n'en soit affectée. Le flou entretenu par les autorités russes autour de l’accident rappelle le silence des autorités soviétiques lors de l’accident nucléaire de Tchernobyl, il y a 33 ans de cela. A l’époque, les premiers médecins à avoir pris en charge les blessés de l’explosion n’avaient pas non plus été informés des risques liés à la radioactivité des patients.

Quentin Haroche

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Vos réactions (3)

  • Irradiation et contamination

    Le 06 septembre 2019

    Sauf erreur de ma part, une personne irradiée (qui a subi un rayonnement ionisant sans contact direct avec la source radioactive) n'émet pas à son tour des rayons. Elle ne représente donc pas un danger pour son entourage.
    Par contre, une personne contaminée : ingestion, contact direct, inhalation de radio-éléments (Césium 137, Cobalt 60, Cobalt 58, Argent 110) représente un risque pour son entourage puisqu'en plus d'être irradiée par ces matières, elle les transporte et donc ces matières émettent des rayonnement ionisants.
    Infirmière en centrale nucléaire, j'ai eu à prendre en charge des personnes contaminées.
    La différence me paraît importante pour être précisée, de manière à ne pas induire en erreur les professionnels de santé amenés à traiter des personnes uniquement irradiées.

    B. Sanchez

  • Mesures élémentaires...

    Le 08 septembre 2019

    Merci à Mme Sanchez de cette précision importante. Il est hautement probable que ces personnes n'ont jamais été décontaminées, et ne pas le demander et l'instaurer à l'arrivée des patients est une faute grave de la part des militaires. La Russie...n'a pas changé! Dans un cas malheureux de ce genre, ne pas avoir transféré le patient dans un hôpital militaire mérite également une explication !

    Dr Astrid Wilk

  • Irradiation et contamination (suite)

    Le 08 septembre 2019

    Parfaitement exact ! Il n'y a pas de risque à prendre en charge une personne irradiée (une personne qui vient de subir une radiographie ou un scanner a été irradiée)... Pour une personne contaminée, c'est tout autre chose !

    Philippe Perrin

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