TROD angine : retour de la pomme de discorde entre médecins et pharmaciens ?

Paris, le mercredi 16 juin – Déjà outrés par la mise en place du pharmacien correspondant, les médecins libéraux et leurs syndicats pourraient de nouveau s’irriter du retour des TROD angine en officine.

Leur utilisation par les pharmaciens de ville avait été suspendue en mars 2020 avec la crise sanitaire, quelques semaines après la naissance du dispositif.

En pratique, les tests rapides d’orientation diagnostic (TROD) de l'angine pourront à nouveau être réalisés en pharmacie à compter du 1er juillet et seront remboursés à 70% par l'Assurance maladie.

Lutter contre l’antibio-résistance ?

Pour expliquer cette politique, le ministère de la santé détaille : « les tests rapides angine permettent de vérifier l’origine virale ou bactérienne d’une angine en quelques minutes, grâce à un prélèvement de gorge réalisé par un médecin ou un pharmacien. Plus de 80% des angines sont en effet d’origine virale et ne nécessitent pas d’antibiotiques. Les tests rapides angine permettent donc de ne prendre des antibiotiques que lorsque c’est nécessaire et de préserver leur efficacité en évitant la résistance bactérienne aux antibiotiques, appelée aussi antibiorésistance ».

Dans le détail, en officine, le pharmacien pourra réaliser ce TROD « quand les symptômes présentés par le patient le justifient, en l’absence de consultation médicale préalable », chez toutes personnes âgées de 10 ans et plus. En cas de résultat positif du test, le pharmacien devra orienter le patient vers son médecin.

Si les syndicats de médecins libéraux n’ont pas encore réagi, on doute qu’ils aient changé d’avis depuis 18 mois.

« Dumping médical »

A l’époque, les syndicats de médecins libéraux pointaient une dérive et un détricotage de leurs compétences.

La Fédération des médecins de France (FMF) déplorait ainsi un message négatif envoyé aux jeunes médecins, tandis que MG France fustigeait une idée médicalement inacceptable, doutant que les patients reçoivent une information bien adaptée. Enfin, le Syndicat des médecins libéraux (SML) évoquait quant à lui une nouvelle marque du « dumping médical » qu’il a récemment dénoncé.

Au-delà, pour tous les syndicats, c’était l’écœurement qui dominait quant au manque de concertation.

A ce titre, la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) invitait la CNAM à s’asseoir en urgence à la table des négociations : « après la vaccination, le TROD, la cystite, la lombalgie, l’entorse, le médecin n’aura plus que des consultations longues, complexes et à haute valeur d’expertise ; elles ne peuvent rester au tarif actuel devenu obsolète et imposent d’ouvrir le chantier de la hiérarchie des tarifs de consultations. Devant ces décisions unilatérales, la CSMF demande à la CNAM d’engager sans délai une négociation afin de valoriser les consultations complexes et lourdes qui constituent de plus en plus l’essentiel du travail médical ».

On ne peut que constater que cet appel n’a pas été entendu…

Xavier Bataille

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (4)

  • Angine, cystite, orthopédie...quoi d'autre encore ?

    Le 16 juin 2021

    Quand ils y sont, pourquoi ne pratiqueraient-ils pas biopsies cutanées, examens ORL et ophtalmo...? tout cela est ridicule et surtout dangereux !
    Les officinaux ne sont pas formés pour cela, tout simplement !
    Qu'ils essaient de réfléchir à un éventail de services complémentaires à apporter à une population vieillissante, souvent isolée (combien de personnes âgées ne voient que le facteur ?...) en évitant également d'empiéter sur les prestataires de type HAD évidemment !
    Ou encore ? Justement envisager avec les organisations de type HAD une collaboration adaptée au milieu (rural, banlieue, urbain) ,en clair un projet de coordinations locales, sanitaire et sociale.

    Mais, comme je l'ai déjà dit : quid du mode de rémunération ?
    Donc d'abord réfléchir, ensuite proposer (quelle valeur ajoutée? pour qui ? dans quel périmètre ? à quelle fréquence ?....) puis négocier ; et enfin justifier un SMR pour obtenir de l'ass maladie une contribution cohérente.

    S'ils ne bougent pas, alors je crains que ces combats soient vains ; pire ! aiguiser les guéguerres inter professionnelles !

    Alain Cros, ex pharmacien industriel (mais qui observe depuis bien longtemps tous ces dérapages...)

  • Médecin propharmacien

    Le 17 juin 2021

    Si ces modifications en faveur des PHARMACIENS devaient être appliquées, les syndicats MEDICAUX devraient demander, en échange, le retour à une situation ancienne.

    A savoir la création pour les médecins (demandeurs facultatifs) du statut de médecins-propharmaciens. Ce serait une belle économie pour l'Assurance Maladie. Sans véritable réduction du CA des pharmaciens peut-être de 5 %? Tant la propharmacie moderne assure désormais leur économie.

    Dr JD

  • Les syndicats de pharmaciens seraient ils plus efficaces ?

    Le 17 juin 2021

    Le pharmacien va être rémunéré pour effectuer le test (et c'est normal) et le médecin non. Cherchez l'erreur. Les pharmaciens sont bien mieux écoutés. Leurs syndicats seraient ils plus efficaces. Et effectivement il nous reste essentiellement des consultations complexes en cabinet.

    Dr Patrick Betti

Voir toutes les réactions (4)

Réagir à cet article