Une Covid-19 avec sérologie négative ? C’est possible

Dans le contexte de la pandémie actuelle de Covid-19, des tests sérologiques sont utilisés pour diagnostiquer une infection passée et qualifier l'immunité contre le SARS-CoV-2. Ces données sont primordiales pour déterminer la dynamique de transmission au cours de la période post-pandémique.

Vrais cas de Covid-19, autres infections virales ou affabulation ?

Depuis leur mise à disposition en France, les tests de détection des anticorps anti-SARS-CoV-2 ont fait l’objet d’une énorme demande de la part des personnes qui souhaitent savoir si elles sont désormais protégées, tendance amplifiée par la récente commercialisation en pharmacie d’une cinquantaine de TRODs (tests rapides d’orientation diagnostique). Or, de manière surprenante, plusieurs personnes appartenant à des familles au sein desquelles était niché un authentique patient index atteint de Covid-19 confirmé par RT-PCR, ont déclaré des symptômes mais sont restées séronégatives, bien qu'aucune mesure de quarantaine n'ait été respectée par le patient index ! Vrais cas de Covid-19, autres infections virales ou affabulation ?

Afin de tirer cette affaire au clair, les réponses immunitaires humorales et cellulaires au SARS-CoV-2 ont été étudiées dans sept familles, comportant 9 patients de référence et 8 contacts, qui présentaient des sérologies discordantes. Dix donneurs sains non exposés ont été enrôlés comme témoins.

Symptomatiques, séronégatifs mais avec des cellules T spécifiques contre les protéines structurelles et/ou accessoires du SARS-CoV-2

Tous les patients index avaient guéri d'une forme légère de Covid-19 et tous avaient développé des anticorps anti-SARS-CoV-2 ainsi qu’une réponse cellulaire significative avec des cellules T détectable jusqu'à 69 jours après l'apparition des symptômes. Six des huit contacts ont signalé des symptômes de Covid-19 survenus dans les 1 à 7 jours suivant les patients index, mais - ô surprise - tous étaient séronégatifs pour le SARS-CoV-2. Par contre, 6 des 8 personnes contacts ont développé une réponse immunitaire cellulaire spécifique dirigée contre les protéines structurelles et/ou accessoires du SARS-CoV-2. Cette réponse s’est maintenue jusqu'à 80 jours après l'apparition des symptômes, ce qui confirme bien une infection antérieure par le SARS-CoV-2.

Un pavé de plus dans la mare des anticorps

D’après cette étude, il semble que l'exposition au SARS-CoV-2 puisse induire des réponses cellulaires T spécifiques du virus sans pour autant entraîner de séroconversion. Les lymphocytes T spécifiques pourraient donc s’avérer être des indicateurs plus sensibles et plus pertinents de l'exposition au SARS-CoV-2 que les traditionnels anticorps. L’absence d’anticorps après exposition à des virus a déjà été rapportée dans la littérature.

En fin de compte, une bonne nouvelle

Sous réserve de son approbation par un comité de lecture et de confirmation par des études portant sur de plus grands effectifs, ce travail (publié en pré-impression) pourrait avoir d'importantes répercussions épidémiologiques et pourrait expliquer le faible taux de séropositivité constaté dans la population. Il va dans le sens d’une sous-estimation de la prévalence réelle de la maladie et donc du vrai niveau de l’immunité collective. En fin de compte, une bonne nouvelle qui nous rapprocherait un peu plus du fameux taux de 60 % d’atteinte de la population, Saint Graal de l’immunité collective tant espérée.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Gallais F, Velay A, Marie-Josée Wendling M-J et coll. : Intrafamilial Exposure to SARS-CoV -2 Induces Cellular Immune Response without Seroconversion. https://doi.org/10.1101/2020.06.21.20132449doi: medRxiv preprint

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (13)

  • Le fameux taux de 60% ?

    Le 24 juillet 2020

    Ce chiffre magique ne repose sur aucune donnée scientifique valide.
    L'immunité de groupe est une notion vague et sans définition univoque.
    S'il s'agit de savoir quelle est la proportion d'individus ayant été en contact avec l'agent infectieux qui annule tout incidence de la maladie, le chiffre dépend du type d'agent, des caractéristiques de la population, de facteurs environnementaux, sans qu'on puisse le généraliser.
    Et encore peut-on donner bien d'autres définitions à l'immunité de groupe.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Le fameux taux de 60 %

    Le 24 juillet 2020

    Il dépend directement du Ro. Si un contagieux contamine 3 personnes (Covid 19 par exemple) en moyenne (hétérogène dans le Covid 19 avec des supercontaminateurs), alors avec 2 personnes vaccinées (naturellement ou pas) sur 3 dans les sujets contacts, le R0 passe mathématiquement sous 1.

    Le calcul est fallacieux puisqu'il dépends du nombre de sujets contacts avec une prime aux supercontaminateurs si peu symptomatiques donc particulièrement actifs...; mais à la louche pas faux.

    Dr Luc de Saint-Martin

  • Exemple du vaccin rougeole

    Le 24 juillet 2020

    Après avoir fait le diplôme d'université d'infectiologie et de maladie tropicales (ça date, mais ça me passionne toujours!) et avoir échoué au "sésame", je ne garantis pas le sigle, (je suis simple généraliste, en retraite), pour immuniser contre la rougeole, il "suffisait" de 85% de vaccinés, sur les plans épidémiologique et statistique, pour protéger 99% de la population...

    Dr Jean-Paul Vasse

Voir toutes les réactions (13)

Réagir à cet article