Brouhaha

Pour tous les médecins cette pandémie aura marqué l’échec de l’épidémiologie prédictive.

Car malgré des siècles d’observation des maladies infectieuses et l’élaboration patiente de modèles mathématiques sophistiqués, les prévisions de l’évolution de cette pandémie à court et moyen terme se révèlent bien hasardeuses (pour ne pas dire presque toujours erronées).

Tout se passe comme si une épidémie virale avait un « génie propre ». Expression à l’allure certes archaïque mais rendant bien compte des multiples facteurs intriqués dans la naissance, l’expansion et la mort d’une épidémie (tenant au virus lui-même et à ses mutations, à la biologie des hôtes éventuels dont nous sommes, à leurs pathologies mais aussi à leurs modes de vie, au climat, aux armes médicales ou sociétales que l’homme forge pour y faire face et à moult autres influences bien mal répertoriées). Ou comme si de l’étude entomologique d’une fourmi, nous voulions inférer du comportement d’une fourmilière. Bref, l’épidémiologie prédictive n’est pas encore entrée dans la voie royale de la science et est particulièrement en faute… surtout quand elle concerne l’avenir !

Cacophonie angoissante

Ces errements de l’épidémiologie prédictive et donc, en partie, des stratégies à opposer à la pandémie expliquent (et excusent si l’on est bienveillant) la cacophonie dans laquelle nous baignons depuis des mois. Entre les invectives des partisans fatalistes du vivre avec le virus et celles des intransigeants du zéro Covid. Entre les jacobins favorables aux décisions centralisées et les girondins thuriféraires du « territorial ». Entre des épidémiologistes projetés dans la lumière, hurlant au loup, défenseurs de mesures restrictives préventives aussi drastiques que mal évaluées (et dépités lorsqu’on les prive du confinement qu’ils espéraient) et des historiens de la médecine relativisant la gravité de la situation en la comparant aux épidémies des siècles précédents, oh combien plus mortelles pour des populations bien plus jeunes. Entre des réanimateurs angoissés (à juste titre) par le remplissage rapide de leurs lits (bien qu’il s’agisse de l’essence de leur spécialité) et des philosophes rappelant (comme s’il en était besoin) l’inéluctabilité de la mort. Entre un exécutif changeant de stratégie au grès du vent tout en prétendant suivre toujours la même ligne (en ne confondant pas « vitesse et précipitation » un jour pour se féliciter de sa propre rapidité le lendemain) et les oppositions ne sachant plus à quoi s’opposer (voulant ouvrir les écoles quand elles ferment et les fermer lorsqu’elles ouvrent). Entre ce qui, en chacun d’entre nous, aspire à la liberté et ce qui nous pousse vers une hibernation sans fin.  

Mais au-delà du brouhaha et de l’écume des jours, dont bien peu se souviendront après l’orage, cette pandémie restera marquée avant tout par le triomphe de la recherche biologique. Avec l’identification du virus en cause et son décryptage en quelques semaines, avec la généralisation (et même la banalisation à l’extrême) de techniques de diagnostic et de dépistage comme la PCR et surtout avec la mise au point dans des délais record de vaccins très efficaces et bien tolérés utilisant des techniques novatrices (ARN messager, adénovirus vecteur non infectieux pour l’homme…).


Dr Anastasia Roublev

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