StopCovid : beaucoup de bruit pour rien ?

Paris, le mercredi 3 juin 2020 – Après plusieurs mois de gestation difficile, l’application de traçage des contacts du gouvernement, StopCovid, est enfin opérationnel depuis ce mardi. Un dispositif qui risque cependant d’avoir un rôle négligeable dans la lutte contre l’épidémie.

Un dernier couac pour la route. Prévu pour être disponible en téléchargement ce mardi à midi, l’application de « contact tracking » du gouvernement StopCovid n’a finalement été mis en ligne que vers 18h00. Le temps pour les informaticiens du gouvernement de régler quelques bugs avant le grand lancement. Le dispositif n’en était pas à une dernière péripétie près : d’abord censée être lancée le 11 mai dernier pour le début du déconfinement, l’application a été plusieurs fois repoussé. Durant sa gestation difficile, elle aura également été au cœur d’un bras de fer technologique entre la France et les géants américains du numérique Apple et Google.

Entre couacs et théories du complot

StopCovid est donc enfin là, comme un « nouveau geste barrière à adopter » selon les termes de Cédric O, le secrétaire d’État au numérique qui porte le projet depuis plusieurs semaines. En résumé, l’application permettra, grâce à la technologie Bluetooth, d’enregistrer toutes les fois où deux utilisateurs se trouvent à moins d’un mètre l’un de l’autre pendant plus de 15 minutes. Si un utilisateur est testé positif au Covid-19, il pourra le signaler sur l’application, via un code spécifique fourni par ses médecins. Tous les utilisateurs avec qui il aura été en contact dans les deux semaines précédentes seront alors avertis et invités à se faire dépister.

L’application ne géolocalise pas les utilisateurs, ne transfère que des données anonymisées et est basé sur le volontariat. Pas suffisant pour rassurer les opposants à l’application, qui craignent que StopCovid soit un premier pas vers une surveillance généralisée de la population et qui n’hésitent pas à alimenter les rumeurs les plus folles sur ce dispositif. Sur les réseaux sociaux, on a ainsi pu lire ces derniers jours, entre autres, que l’application se téléchargeait automatiquement sans le consentement du propriétaire du smartphone ou encore qu’elle avait accès aux contacts téléphoniques de l’utilisateur (une fausse information relayée notamment par Jean-Luc Mélenchon).

Un StopCovid peut en cacher un autre

Si le gouvernement se montre très fier de son dispositif, créé par les ingénieurs de l’Inria en partenariat avec des entreprises privées dont notamment Orange et Dassault, plusieurs éléments nous incitent à être quelque peu pessimiste sur l’utilité d’une telle application pour lutter contre l’épidémie actuelle.

Tout d’abord, StopCovid présente des défauts techniques, le plus important étant que sur les Iphones, en raison du refus de la firme Apple de collaborer au projet, l’application n’enregistre les contacts que si elle est ouverte et active sur l’écran.

Ensuite et surtout, comme le rappelle avec insistance le gouvernement lui-même, une telle application n’est utile que si une partie conséquente de la population (au moins 40 % selon les épidémiologistes) l’utilisent. A Singapour ou en Autriche, c’est le faible manque de "popularité" des applications de « contact tracking » local, très peu téléchargé par les habitants, qui a conduit à leur abandon. Encore faut-il bien sûr télécharger la bonne application. En raison du retard à l’allumage de ce mardi, des milliers de Français ont, par erreur, téléchargé l’application homonyme du gouvernement catalan StopCovid Cat, devenu l’espace de quelques heures l’une des applications les plus téléchargés de France !

Un échec inévitable ?

Ce mercredi matin, Cédric O annonçait que 600 000 personnes avaient déjà téléchargé l’application en moins de 24 heures. Mais même un téléchargement massif ne garantit pas l’efficacité du dispositif. En Australie, l’application de « contact tracking » CovidSafe, mise en place fin avril, a été téléchargée par 6 millions de personnes, soit un quart de la population. Résultat, seul un cas contact a été détecté grâce à l’application. Un fiasco total.

Comme toutes les autres applications de « contact tracking » développé dans le monde, StopCovid sera donc sans doute un échec. Mais que l’on ne s’attriste pas trop de ce probable futur fiasco : il n’est qu’un autre signe, parmi tant d’autres, que l’épidémie actuel est en train de se résorber d’elle-même.

QH

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Vos réactions (2)

  • Apple et StopCovid : une question précise

    Le 03 juin 2020

    Pouvez-vous me donner la source de l’infomations que vous donnez: sous iOS, les contacts ne sont enregistrés que « si l’application est ouverte et active à l’ecran » ? Et préciser exactement ce que vous voulez dire par là ? Car je ne retrouve aucune notion de ce style sur le web même en posant précisément la question.

    Dr Dominique Buchsenschutz

  • Retard d'allumage de la polémique...

    Le 04 juin 2020

    Il y a belle lurette que notre carte de paiement laisse des traces partout où nous la sortons.
    Une personnes atteinte de la Covid19 diagnostiquée est sensée être informée et se tenir en isolement, si toute fois elle à la force de déambuler dans l'espace public. Basée sur le volontariat, cette application risque d'avoir une portée limitée si la notion de mise en danger de la vie d'autrui n'est pas évidente pour certains de nos concitoyens.

    Cependant le succès des téléchargements par erreur sur l'application catalane démontre que beaucoup de personnes souhaitent être informées d'une potentielle contamination, et le code d'inscription sur l'application fourni par le médecin pour les malades est une sécurité contre d'éventuels apprentis terroristes ... Pour ma part en tapant Stop Covid France je n'ai pas eu a apprendre la langue catalane.

    Dr Georges Teisseyre

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