Vaccin anti-sida : un pas en arrière

Les recherches sur un vaccin préventif contre le sida sont moins médiatisées depuis l’avènement des multithérapies anti-rétrovirales, mais la mise au point d’un tel vaccin demeure l’un des objectifs majeurs de santé publique dans le monde. Cependant, malgré plus de 20 ans d’efforts, les résultats ne sont pas encore au rendez-vous.

Les méthodes « classiques » de développement d’un vaccin (virus vivants atténués, virus tués ou sous unités protéiques virales…) se sont en effet révélées trop dangereuses ou incapables de conférer une immunité protégeant contre l’infection par le HIV.
Plusieurs laboratoires ont donc décidé d’explorer la piste d’un vaccin agissant préférentiellement non plus sur l’immunité humorale mais sur l’immunité cellulaire.

L’un des candidats les plus prometteurs sur cette voie paraissait être le vaccin mis au point par le centre de recherche Merck. Il s’agit d’un vaccin « porté » par un adénovirus de type 5 (Ad5) exprimant les gènes gag, pol et nef du HIV-1. 

Les essais conduits chez le singe avec un produit proche et les études de phase I ayant donné des résultats positifs (protection partielle des animaux et déclenchement d’une réaction immunitaire chez l’homme), une grande étude préliminaire a été mise en œuvre dans 34 sites répartis dans le monde (1). 

En résumé l’objectif de l’étude Step était de comparer le taux de séroconversion chez des sujets séronégatifs à haut risque ayant reçu 3 doses du vaccin Merk ou un placebo. De plus chez les patients contaminés les effets du vaccin sur l’évolution de la charge virale devaient être évalués. 

Au total 2 677 sujets ont reçus les trois doses prévues (vaccin ou placebo) entre décembre 2004 et mars 2007. Il s’agissait en particulier d’hommes ayant eu des relations homosexuelles, d’hommes ayant eu une ulcération génitale, de consommateurs de crack, de prostituées, de femmes ayant des relations sexuelles non protégées avec des hommes séropositifs ou toxicomanes…      

Plus de séroconversions HIV chez certains sujets vaccinés

Le candidat vaccin a été bien toléré et s’est révélé immunogène chez la majorité des sujets (production d’interféron gamma in vitro après stimulation par des antigènes d’HIV).

Mais de façon tout à fait inattendue, l’essai a été interrompu lors de la première analyse intérimaire en raison d’une inefficacité globale sur le sous groupe des sujets ayant des taux d’anticorps anti-Ad5 inférieurs à 200 à l’état basal : 24 séroconversions HIV chez les vaccinés contre 21 avec le placebo (NS). Chez les sujets ayant été infectés par le HIV la charge virale n’était pas différente entre les deux groupes.

De plus, une tendance à la facilitation de l’infection par le HIV a été mise en évidence lorsque tous les sujets étaient pris en compte (quels que soient leur taux d’anticorps anti Ad5) avec 4,6 % de séroconversion HIV avec le vaccin contre 3,1 % avec le placebo (p=0,07). Dans le détail il est apparu que le risque de séroconversion HIV était significativement supérieur chez les hommes vaccinés s’ils étaient séropositifs pour l’Ad5 à l’état basal (risque relatif [RR] multiplié par 2,3 avec un intervalle de confiance à 95 % entre 1,2 et 4,3) et chez les hommes non circoncis (RR multiplié par 3,8 avec un intervalle de confiance à 95 % entre 1,5 et 9,3). En revanche chez les sujets séronégatifs pour l’Ad5 ou non circoncis le risque de séroconversion pour le HIV n’était pas accru par le vaccin (RR : 1).

Des conséquences négatives sur la recherche vaccinale

Toutes ces données sont difficiles à interpréter et donneront lieux à de complexes tentatives d’explications. En pratique cet échec vaccinal aura des conséquences importantes dans les années à venir (en dehors de l’abandon de ce vaccin) :

- la piste d’un vaccin reposant sur un adénovirus n’est sans doute pas la bonne ;
- celle d’un vaccin agissant exclusivement sur l’immunité cellulaire est peut-être à ré-évaluer ;
- la valeur prédictive du modèle simien a probablement été surestimée ;
- les études sur de nouveaux candidats vaccin devront s’entourer de précautions supplémentaires sur le plan immunologique et éthique.

Bref, Step marque bien un pas en arrière dans la recherche vaccinale contre le sida.

Dr Anastasia Roublev

Références
1) Buchbinder S et coll. : Efficacy assessment of a cell-mediated immunity HIV-1 vaccine (the Step Study) : a double-blind, randomised, placebo-controlled, test-of-concept trial. Lancet 2008; publication avancée en ligne le 13 novembre 2008 (DOI:1016/S0140-6736(08)61591-3).
2) Robb M. Failure of the Merck HIV vaccine: an uncertain step forward. Lancet 2008; publication avancée en ligne le 13 novembre 2008(DOI:1016/S0140-6736(08)61592-5).

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Vos réactions (1)

  • Un point de vue pessimiste

    Le 02 décembre 2008

    le sida ou plutôt l'infection à VIH n'est pas une maladie immunisante.
    Donc conceptuellement il n'y aucune possibilité réelle de créer un "vaccin anti sida".
    On peut créer des traitements immunomodulateurs et rendre des patients "séropositifs" ce qui risque d'entrainer certaines discriminations...
    Les anticorps anti VIH ne sont pas "neutralisants" et de nombreux patients sont infectés par plusieurs souches de VIH (surinfections successives par des souches multiples".
    J'aimerai que ce point de vue pessimiste soit critiqué par un immunologiste patenté et de bonne foi..

    Dr Luc Fromentin

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