Prévention du sida : la voie vaginale est-elle une impasse ?

Pour des raisons culturelles, la prévention du sida chez la femme, ne peut reposer, en Afrique plus encore qu’ailleurs, sur le seul préservatif masculin. C’est pourquoi depuis plusieurs années divers groupes se sont attachés à mettre au point des gels microbicides administrables par voie vaginale afin que la protection contre la transmission du virus puisse être maîtrisée par les femmes. Treize essais de phase 2b/3 ont été entrepris avec 7 molécules différentes. Lorsque le produit contenu dans le gel n’est pas un anti-rétroviral, ces essais ont jusqu’ici donné des résultats négatifs et ont même pu avec une molécule (le nonoxynol-9) augmenter la fréquence des contaminations.

Le PRO2000, un gel actif in vitro contre le HIV et d’autres agents infectieux sexuellement transmissibles paraissait être un candidat prometteur. Il est en effet parvenu à protéger des macaques contre la transmission du SIV. Chez l’homme, un essai préliminaire a mis en évidence une réduction (non significative) de 30 % dans la transmission du HIV. Sur ces bases, un vaste essai a été entrepris dans 13 centres répartis dans 4 pays du sud et de l’est de l’Afrique.

Bien toléré…mais totalement inefficace

Au total, 9 385 femmes séronégatives pour le HIV ont été incluses dans ce travail et randomisées en double aveugle entre 3 gels vaginaux à appliquer une heure avant les relations sexuelles : gel à 2 % de PRO2000, gel à 0,5 % et gel placebo.

L’observance au traitement est apparue satisfaisante avec un taux d’utilisation déclarée de 89 %. Si en terme d’effets secondaires, les gels contenant du produit actif ont été bien tolérés, les deux dosages de PRO2000 se sont révélés totalement inefficaces. Les taux de séroconversions à un an (ou lors de l’arrêt de l’essai avec le PRO2000 à 2 %) ont été similaires dans les 3 groupes (par exemple 4,5 % avec le PRO2000 à 0,5 % et 4,3 % avec le gel placebo). De plus les gels de PRO2000 n’ont pas réduit la fréquence des infections herpétiques, des gonococcies ou des infections à Chlamydia trachomatis.       

Ces résultats totalement négatifs contrastent avec ceux de l’étude CAPRISA présentée lors de la 18ème Conférence internationale sur le sida en juillet dernier. Rappelons que dans cet essai conduit avec un gel vaginal contenant 1 % d’un anti-rétroviral, le tenofovir, une réduction de 39 % des contaminations par le HIV avait été constatée, le taux de protection passant même à 54 % chez les femmes utilisant le gel pour plus de 80 % de leurs relations sexuelles.

Si la voie des gels vaginaux contenant des microbicides classiques semble donc une impasse, la piste des gels à base d’anti-rétroviraux reste donc ouverte.

Dr Nicolas Chabert

Référence
McCormack S et coll. : PRO2000 vaginal gel for prevention of HIV-1 infection (Microbicides Development Programme 301) : a phase 3, randomised, double-blind, parallel-group trial. Lancet 2010; publication avancée en ligne le 20 septembre 2010 (DOI:10.1016/S0140-6736(10)61086-0).

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