Une possible alternative à l’interféron à haute dose pour les mélanomes à haut risque

Le mélanome cutané n’est pas le plus fréquent des cancers dermatologiques mais c’est assurément le plus mortel. Pour les patients diagnostiqués précocement (avant la survenue de métastases à distance), la prise en charge consiste en l’exérèse chirurgicale. En fonction de la taille et de l’épaisseur de la tumeur, on retrouvera dans 20 à 30 % des cas une atteinte des ganglions lymphatiques régionaux, qui augmente de 30 % le risque de développer ultérieurement des métastases à distance. On peut alors proposer en adjuvant de l’exérèse du mélanome un traitement à base d’interféron alpha-2b (IFN). Depuis les années 1990, l’IFN est administré à haute dose (HDI) sur un an. Malgré les effets indésirables important de l’IFN, aucun autre traitement adjuvant n’a permis depuis d’obtenir des taux de survie similaires.

Des chercheurs américains ont confronté l’utilisation d’HDI pendant un an à une biochimiothérapie (BCT) à base de cisplatine, vinblastine, dacarbazine, interleukine-2 et IFN faible dose pendant trois cycles de 21 jours. La population incluse dans l’essai était particulièrement à risque (stade III).

Sur sept années, l’étude a randomisé 432 patients dont 88 (43 %) et 159 (80 %) ont terminé le traitement adjuvant, respectivement dans le bras HDI et le bras BCT (p < 0,001). L’âge médian des patients était de 47 ans (70 % d’hommes). Après un suivi de 7,2 ans, la médiane de survie sans rechute était plus courte dans le groupe HDI (1,9 ans versus 4 ans ; p = 0,029). En revanche, la médiane de survie globale n’était pas significativement différente entre les deux groupes (6,7 ans versus 9,9 ans), données confirmées sur la survie globale à cinq ans.

Un traitement plus toxique mais plus court avec un même effet sur la survie à 5 ans

La survenue de toxicités de grade 3 ou 4 était importante dans les deux groupes (57 % de grade 3 et 4 % de grade 4 dans le groupe HDI vs 36 % de grade 3 et 40 % de grade 4 dans le bras BCT). Par rapport au bras HDI, la BCT a entraîné plus de toxicités hématologiques et digestives. En revanche, plus de patients ont arrêté le traitement par HDI avant la fin pour des raisons de toxicités, en lien avec la durée du traitement (52 semaines vs 9 semaines pour la polychimiothérapie).

Sans effet significatif sur la survie globale (et sans avoir un bras comparateur sans traitement adjuvant), une combinaison de chimiothérapies conventionnelles et de biothérapies a permis pour la première fois depuis 20 ans d’améliorer la survie sans rechute, au prix de toxicités plus importantes. Les auteurs concluent à l’intérêt de la BCT dans la prise en charge adjuvante du mélanome comme alternative à l’HDI. Le choix pourra alors être proposé au patient, notamment sur la base de la durée de traitement que celui-ci consent à supporter.

Florian Slimano

Référence
Flaherty et coll.: Southwest Oncology Group S0008: A Phase III Trial of High-Dose Interferon Alfa-2b Versus Cisplatin, Vinblastine, and Dacarbazine DTIC, Plus Interleukin-2 and Interferon in Patients With High-Risk Melanoma – An Intergroup Study of Cancer and Leukemia Group B, Children's Oncology Group, Eastern Cooperative Oncology Group, and Southwest Oncology Group. J Clin Oncol., 2014; Publication avancée en ligne le 22 octobre.. DOI/10.1200/JCO.2013.53.1590

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