Prévenir le cancer colorectal avec la berbérine ?

La chimioprévention de l'adénome colorectal et du cancer colorectal demeure un objectif de santé publique important. La détection endoscopique et l'ablation des adénomes colorectaux réduisent le risque de mortalité par cancer colorectal mais la récidive est fréquente.

La possibilité d’une prévention chimique efficace a été recherchée avec les  anti-Cox1, la metformine et actuellement l’aspirine lorsqu’il existe un contexte cardiovasculaire particulier.

La berbérine est un alcaloïde quaternaire de l’isoquinoléine extrait de nombreuses plantes médicinales et disponible dans le commerce. Elle a une histoire longue de milliers d’années en médecine ayurvédique et chinoise ou elle est employée à titre d’anti diarrhéique et d’antimicrobien et plus récemment d’antidiabétique.

Une étude, réalisée dans 7 hôpitaux chinois en double aveugle, randomisée et contrôlée par placebo, a évalué l’efficacité clinique et la sécurité de la berbérine pour la prévention de la récidive des adénomes colorectaux. Les patients, qui avaient au moins un mais pas plus de six adénomes colorectaux confirmés histologiquement, ont bénéficié d’une polypectomie complète dans les 6 mois précédant le recrutement. Ils ont ensuite reçu soit la berbérine (0,3 g deux fois par jour), soit des comprimés placebo. Les participants devaient subir une première coloscopie de suivi 1 an après l'inscription, et si aucun adénome colorectal n'était détecté, une deuxième coloscopie de suivi à 2 ans était prévue. Le principal critère d'évaluation était la récidive des adénomes lors de toute coloscopie de suivi.

Efficace pour réduire le risque de récidive des adénomes colorectaux

Entre novembre 2014 et décembre 2016, 553 participants, âgés de 18 à 75 ans, ont été assignés au hasard au groupe berbérine et 555 au groupe placebo. L’analyse complète a porté sur 429 patients dans le groupe berbérine et 462 dans le groupe placebo. Au total 155 (36 %) participants dans le groupe berbérine et 216 (47%) dans le groupe placebo ont présenté un adénome récurrent pendant le suivi (Risque Relatif RR : 0,77 p = 0,001). Aucun cancer colorectal n'a été détecté. L'événement indésirable le plus courant a été la constipation (six des 446 patients du groupe berbérine versus un des 478 du groupe placebo). Aucun événement indésirable grave n'a été signalé.

Cette étude est intéressante et semble valider l’intérêt de cette « molécule ancestrale. » Dans les expérimentations animales, la berbérine module le microenvironnement tumoral, en modifiant la structure du microbiote et en inhibant les voies de signalisation liées à la tumorigenèse. Son mécanisme anti-tumoral mérite cependant d’être précisé.

Aucune différence intergroupe significative n'a été observée en fonction de l'âge, du sexe, de l'IMC, des antécédents d'adénome colorectal, des antécédents familiaux, des habitudes tabagiques à l'exception de la proportion de participants présentant des adénomes colorectaux avancés (entre ceux qui ont arrêté et ceux qui ont terminé l'étude, ainsi que dans le bras placebo). On sait que ce type de lésion s’accompagne d’un risque plus élevé d’adénomes récurrents. La surveillance des polypes récurrents n'a pas également été effectuée selon un protocole d'étude défini avec des variations du nombre et de l'intervalle de temps entre les coloscopies de suivi. Enfin, les effets secondaires paraissent bien minimes dans les deux groupes. Deux études similaires antérieures de chimioprévention avaient noté 15-44 % d’effets secondaires dans le bras placebo.

A confirmer avec des essais supplémentaires 

Compte tenu de ces limites, l'utilisation de la berbérine pour la prévention du cancer colorectal ne peut pas encore être recommandée. Cependant, les résultats prometteurs de Chen et de ses collègues justifient des essais randomisés supplémentaires et plus importants, y compris dans des populations non asiatiques en incluant plus d’adénomes avancés.

En somme, la berbérine, à la dose de 0,3 g deux fois par jour paraît sûre et potentiellement efficace pour réduire le risque de récidive d’adénomes colorectaux dans cette étude chinoise bien construite et de bonne envergure. Elle comporte cependant certains biais importants dans sa réalisation pratique et nécessite d’être reproduite dans notre population européenne avant d’être proposée comme une véritable option de chimioprévention après polypectomie.

Dr Sylvain Beorchia

Références
Chen YX, Gao QY, Zou TH et coll. : Berberine versus placebo for the prevention of recurrence of colorectal adenoma: a multicentre, double-blinded, randomised controlled study. Lancet Gastroenterol Hepatol., 2020; publication avancée en ligne le 8 janvier. doi.org/10.1016/ S2468-1253(19)30409-1

Kwon S, Chan AT. Extracting the benefits of berberine for colorectal cancer. Lancet Gastroenterol Hepatol., 2020; publication avancée en ligne le 8 janvier. doi.org/10.1016/ S2468-1253(19)30430-3.

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