Prévention du cancer colorectal : ne comptons pas sur la vitamine D et le calcium !

Selon les études in vitro, la vitamine D et ses analogues inhibent la prolifération et l’angiogenèse, induisent la différenciation et favorisent l’apoptose des tissus épithéliaux. Chez l’animal, la prise de vitamine D inhibe la carcinogenèse expérimentale. Certaines études observationnelles menées chez l’homme ont suggéré une relation inverse entre le taux sérique de 25 OH vitamine D et le risque de cancer colorectal. De même, une consommation élevée de calcium est associée dans certains travaux à une réduction du risque de néoplasies et d’adénomes colorectaux.

Tout porte donc à croire que la vitamine D et/ou le calcium auraient un rôle à jouer dans la prévention du cancer colorectal. Pour préciser ce lien, une équipe états-unienne a réalisé un essai randomisé contre placebo. Plus de 2 mille participants ont été recrutés. Il s’agissait de patients âgés de 45 à 75 ans chez lesquels une coloscopie récente avait retrouvé un ou plusieurs adénomes colorectaux (3 ou plus chez 11 % des patients). Les volontaires ont été répartis en 4 groupes. Tous recevaient quotidiennement 2 comprimés identiques contenant pour les uns 1 000 UI de vitamine D seule, pour les autres 1 200 mg de carbonate de calcium, pour le 3ème groupe  vitamine D et calcium associés et enfin pour le dernier groupe un placebo. Une coloscopie de contrôle était pratiquée dans un délai de 3 à 5 ans selon les recommandations de l’endoscopique qui avait réalisé l’examen initial. L’objectif de l’étude était de comparer, entre les 4 groupes de patients, le risque d’apparition de nouvel adénome.

Pas de diminution du risque de nouvel adénome dans les groupes supplémentés

Les auteurs avaient émis l’hypothèse de départ qu’une augmentation de la consommation de vitamine D et/ou le calcium jouait un rôle dans la prévention de l’adénome colorectal. Cette hypothèse ne se confirme pas ici. Car, si la coloscopie de contrôle découvre au moins un nouvel adénome chez 43 % des participants, ni la prise de vitamine D ni celle de calcium, seuls ou associés, n’a d’impact significatif sur le risque, même chez les patients ayant un faible taux de vitamine D au début de l’étude. L’analyse en sous-groupes (tabac, alcool, types d’alimentation, antécédents familiaux, etc.) ne permet pas non plus d’affirmer que certains patients bénéficieraient plus que d’autres de la supplémentation, sauf peut-être les patients ayant un indice de masse corporelle faible chez lesquels le risque d’adénome seraient moins élevé dans le groupe prenant du calcium (encore que les auteurs n’excluent pas un effet du hasard).

Les auteurs de l’étude s’étonnent eux-mêmes de ce résultat et  n’expliquent pas leur discordance avec les précédents travaux publiés, notamment en ce qui concerne le lien entre la prise de calcium et la réduction du risque de cancer colorectal. Ils remarquent toutefois qu’ils sont en adéquation avec le constat fait au démarrage de l’étude, qui ne relevait pas d’association entre le risque d’adénome et la consommation de calcium. Ils suggèrent que la forte proportion de sujets obèses dans cette étude (35 %) pourrait avoir eu impact sur les résultats et que cela justifie des investigations complémentaires.

Dr Roseline Péluchon

Références
Baron JA et coll. : A trial of Calcium and Vitamin D for the Prevention of Colorectal Adenoma.
N Engl J Med 2015; 373: 1519-30

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