RESORCE : le regorafenib maître du jeu en deuxième ligne des hépatocarcinomes de stade avancé

Le sorafenib est le seul traitement systémique qui ait démontré une amélioration de la survie globale chez des patients avec un hépatocarcinome non éligible pour un traitement locorégional. Depuis lors, plusieurs traitements systémiques ont été évalués en études cliniques. Aucun n’a montré de bénéfice ni en première ni en deuxième ligne. Dans la mesure où des études de phase 2 ont suggéré son action antitumorale chez les patients en échec du sorafenib (comme c’est le cas dans les GIST par exemple), le regorafenib était un nouveau candidat au profil prometteur. Il serait par ailleurs plus puissant que le sorafenib et agit de manière accessoire sur d’autres voies de signalisation.

Ce regorefanib a donc été au centre d’une étude de phase 3, RESORCE, dont les résultats ont été présentés à Barcelone par Jordi Bruix. Dans cette étude, 573 patients en progression depuis moins de 10 semaines sous sorafenib, et qui avaient supporté ce produit en première ligne, ont été randomisés pour recevoir soit le regorafenib 160 mg/jour par voie orale durant 3 semaines sur 4 (n = 379), soit un placebo (n = 194) jusqu’à progression, toxicité inacceptable ou retrait de l’étude. Aucun cross over n’était permis. Ces patients ont été stratifiés selon leur lieu d’origine (Asie ou reste du monde), la présence ou non d’une invasion macrovasculaire, d’une manifestation extrahépatique de la maladie, selon l’état général (ECOG 0 ou 1) et le taux d’alpha-foetotoprotéine (< ou > 400 mg/dl). Ils devaient aussi être en bon état général et ne pas avoir de cirrhose décompensée (Child-Pugh A).

Les résultats de cette étude qui avait eu du mal à recruter au début de l’étude du fait d’un certain scepticisme au vu de la négativité des études portant sur d’autres produits, ont étonné par leur ampleur : la survie globale médiane atteint en effet 10,6 mois, soit un gain inédit et significatif de 2,4 mois (HR = 0,62 ; p < 0,0001). Le bénéfice en survie sans progression va dans le même sens (3,1 mois contre 1,5 mois ; HR = 0,46, p = 0,001), avec un égal bénéfice dans tous les sous-groupes préspécifiés. Cet avantage se traduit également par un délai plus grand avant progression (3,2 mois contre 1,5 mois) et un taux élevé de contrôle de la maladie (62,5 % contre 36,1 %, p < 0,001).

Le regorafenib a été toléré de manière très acceptable dans une population qui avait, faut-il le rappeler, toléré le sorafenib, avec près de 50 % des patients qui ont maintenu la dose préconisée. Aucun effet secondaire nouveau ou inhabituel n’est apparu, les effets secondaires classiques pouvant par ailleurs être managés sans réelle difficulté.
« Le regorafenib est aujourd’hui le premier et le seul traitement qui apporte un bénéfice en deuxième ligne thérapeutique d’un hépatocarcinome non éligible pour un traitement locorégional. Il s’inscrit ainsi dans une véritable stratégie séquentielle (ce que nous ne possédions pas auparavant) et assure une survie médiane globale totale de 26 mois (si l’on tient compte de la première ligne), résultat que nous n’attendions pas d’une telle ampleur », conclu Jordi Bruix (Barcelone).

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Bruix J et coll. : Efficacy and safety of regorafenib versus placebo in patients with hepatocellular carcinoma (HCC) progressing on sorafenib: Results of the international, randomized phase 3 RESORCE trial. ESMO 18th World Congress on Gastrointestinal Cancer (Barcelone) : 29 juin – 2 juillet 2016.

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