Traitement de l'hépatite C : tout n'est pas résolu avec le sofosbuvir

La prise en charge de l'hépatite C chronique connaît actuellement une évolution manifeste avec l'arrivée de nouvelles molécules.

Des études de phase 2 ont ainsi montré que le sofosbuvir, (un nouvel antiviral inhibiteur nucléotidique de l' ARN-polymérase du VHC), était efficace chez des patients infectés par un virus de l'hépatite C (VHC) de génotype 1, 2 ou 3,  jamais traités au préalable pour cette infection.

Les résultats de deux études de phase trois ayant évalué le sofosbuvir chez des sujets infectés par le VHC et naïfs de traitement antérieur viennent d’être publiés dans le New England Journal of Medecine.

Dans l’étude ouverte NEUTRINO, non contrôlée, 327 patients infectés par un VHC de génotype 1, 4, 5 ou 6 (dont 89 % de génotype 1 et 9 % de 4) ont reçu un traitement de 12 semaines combinant le sofosbuvir à l'interféron pégylé alpha2a et à la ribavirine.

La seconde étude (FISSION), correspondant à un essai de non infériorité, a été menée chez 419 patients infectés par un VHC de génotype 2 (28 %) ou 3 (72 %), randomisés pour recevoir soit l’association sofosbuvir/ribavirine pendant 12 semaines soit interféron Pégylé alpha2a/ribavirine pendant 24 semaines.

Dans les deux études, le critère de jugement principal était la réponse virologique soutenue à la 12ème semaine post traitement.

La première étude non contrôlée a montré un taux de réponse virologique soutenue de 90 % (intervalle de confiance à 95 % : 87 % à 93 %).

La seconde étude, de non infériorité, a retrouvé un taux de réponse virologique soutenue de 67 % dans les deux groupes de traitements. Le taux de réponse virologique soutenue était significativement plus faible en cas d’infection par un virus de génotype 3 que par un virus de génotype 2 (56 % vs 97 %).

Les événements indésirables, incluant l'asthénie, les maux de tête, les nausées, et la neutropénie, ont été moins fréquents dans le groupe sofosbuvir que dans le groupe avec le Peg-interféron.

Ainsi, l’étude non contrôlée a fait apparaître que la combinaison du sofosbuvir à la ribavirine et au Peg-interféron, conduit à un taux de réponse virologique soutenue à 12 semaines de 90 %, chez des patients majoritairement infectés par un virus de génotype 1 ou 4.

L'étude de non infériorité a, quant à elle, montré que la combinaison sofosbuvir ribavirine donne des taux de réponse identiques à ceux du traitement classique combinant ribavirine et Peg-interféron.

Néanmoins une bithérapie de 12 semaines combinant sofosbuvir plus ribavirine semble toujours insuffisante (éventuellement inférieure au traitement classique) pour les patients naïfs infectés par un virus de génotype 3.

Le profil de tolérance apparaît acceptable, mais il conviendra néanmoins d’être vigilant lors d'une utilisation large échelle compte tenu de la relative petite taille des effectifs de ces essais cliniques.

Cette publication est accompagnée d'un éditorial de Joost Drenth, qui souligne l'intérêt du spectre étendu de cette molécule aux différents génotypes du virus de l’hépatite C. Elle souligne que si les dernières heures de l'interféron ne semblent pas avoir encore sonné, il est probable qu'on s'en rapproche à grands pas, notamment avec l'arrivée annoncée de combinaisons thérapeutiques ciblant directement la réplication virale.

Pr Marc Bardou

Références
Lawitz E et coll. : Sofosbuvir for Previously Untreated Chronic Hepatitis C Infection. N Engl J Med., 2013; publication avancée en ligne le 23 avril. DOI: 10.1056/NEJMoa1214853
Drenth JP : HCV Treatment - No More Room for Interferonologists? N Engl J Med., 2013; publication avancée en ligne le 23 avril. DOI: 10.1056/NEJMe1303818

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