Apnée du sommeil associée à une maladie cardiovasculaire : quel bénéfice de la CPAP ?

L’apnée obstructive du sommeil (AOS) est à l’origine de nombreuses perturbations : épisodes d’hypoxémie, activation nocturne du système sympathique, inflammation, hypercoagulation, élévation de la pression artérielle et du taux des marqueurs du stress oxydatif.

De vastes études de cohortes ont montré que l’AOS était associée à la survenue d’événements cardiovasculaires et notamment d’accidents vasculaires cérébraux (AVC).

Par ailleurs, de grands essais randomisés ont démontré que, chez les patients présentant une AOS, un traitement par pression positive continue au niveau des voies respiratoires (CPAP) avait un effet bénéfique car il améliorait la fonction endothéliale, augmentait la sensibilité à l’insuline, et surtout abaissait de 2 à 3 mm Hg la pression artérielle des patients normotendus et de 6 à 7 mm Hg celle des patients présentant une hypertension artérielle résistante.

Il n’est cependant pas démontré que la CPAP prévienne les événements cardiovasculaires majeurs.

C’est la raison pour laquelle RD. McEvoy et coll. ont entrepris l’étude randomisée SAVE (Sleep Apnea Cardiovascular Endpoints) menée chez 2 717 adultes âgés de 45 à 75 ans qui avaient une AOS qualifiée de moyenne à sévère et une maladie coronaire ou cérébrovasculaire.

Après une période de mise en route d’une semaine durant laquelle ils ont utilisé une CPAP factice, les participants ont été assignés par randomisation à recevoir soit un traitement par CPAP (groupe CPAP) soit des soins usuels (groupe soins usuels).

Critère composite principal : il associait décès de cause cardiovasculaire, infarctus du myocarde, AVC,  hospitalisation pour angor instable, insuffisance cardiaque ou accident ischémique transitoire.

Critères secondaires : autres événements cardiovasculaires, qualité de vie en rapport avec la santé, ronflements, somnolence diurne et humeur.

Résultats : la plupart des participants étaient des patients de sexe masculin qui avaient, à l’état basal, une AOS qualifiée de moyenne à sévère avec très peu de somnolence diurne.

Dans le groupe CPAP, la durée moyenne de l’adhérence au traitement par CPAP a été de 3,3 heures par nuit et l’indice moyen d’apnées–hypopnées (nombre d’apnées–hypopnées enregistrées par heure) a diminué, passant de 29,0/heure à l’état basal, à 3,7/heure au cours du suivi.

Au terme d’un suivi moyen de 3,7 ans, un événement du critère principal est survenu chez 229 participants du groupe CPAP (soit 17,0 %) et 207 participants du groupe soins usuels (soit 15,4 %). Le hazard ratio avec la CPAP est de 1,10 (intervalle de confiance à 95 % de 0,91 à 1,32 ; p = 0,34).

Il n’a été observé aucun effet significatif de la CPAP sur les autres événements cardiovasculaires.

Le traitement par CPAP a réduit significativement les ronflements et la somnolence diurne et a amélioré l’humeur et la qualité de vie en rapport avec la santé.

En conclusion, l’étude SAVE montre qu’en présence d’une AOS obstructive qualifiée de moyenne à sévère, apparue chez des patients qui ont une maladie cardiovasculaire, l’adjonction d’une CPAP ne prévient pas la survenue d’événements cardiovasculaires comparée aux seuls soins usuels.

Dr Robert Haïat

Références
McEvoy RD et coll. : CPAP for Prevention of Cardiovascular Events in Obstructive Sleep Apnea. Cet article a été publié le 28 août 2016 sur NEJM.org. DOI: 10.1056/NEJMoa1606599. Congrès de l’European society of Cardiology (Rome) : 27 - 31 août 2016.

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Vos réactions (1)

  • La médaille et son revers

    Le 31 août 2016

    La suppression des apnées favorise l'oxygénation mais gêne l'entraînement des organes à subir un stress hypoxique.

    Autre hypothèse : et si la plupart des utilisateurs n'avaient pas le sommeil profond nécessaire à la réparation des organes.

    Car cette étude faute d'un nombre de participant suffisant ne prouve pas mais suggère un effet délétère non négligeable
    17% d'événement c'est quand même une augmentation de la morbi mortalité de plus de 10 % !
    Il est urgent de trouver mieux pour les apnéiques somnolents.

    L'engouement pour cette recherche de SAS ignorée les siècles précédents où l'obésité était présente également à en juger sur les caricatures de Daumier est surprenant : si 60 % de la population ronfle : un ronfleur sur deux devenait candidat à un appareillage !
    L'humanité devra-t-elle être mécanisée ainsi toute son existence ou sommes nous victime du "machinisme " qui conduit à ne plus faire un pas sans voiture , ne plus lire sans écran etc.
    L'humanité augmentée serait elle une impasse ?

    Dr François Roche

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