Du bromure d’ipratropium pour traiter la crise d’asthme de l’enfant ?

La crise d’asthme aiguë est à l’origine d’environ 3 % des consultations aux urgences hospitalières pédiatriques. Le traitement habituel des crises de gravité moyenne comporte l’inhalation d’un bronchodilatateur de courte durée d’action, type salbutamol, et l’ingestion d’un corticoïde type prednisone. L’apport thérapeutique supplémentaire du bromure d’ipratropium (anticholinergique) inhalé qui agit sur les récepteurs muscariniques du muscle lisse bronchique est l’objet de débat.

Des pédiatres et urgentistes australiens ont conduit une étude prospective randomisée en simple aveugle sur les enfants âgés de 2 à 15 ans, amenés aux urgences d’un hôpital pédiatrique pour une crise d’asthme de gravité moyenne. Celle-ci était définie comme une crise survenant chez un enfant asthmatique connu ou non, avec un sifflement expiratoire plus ou moins marqué, capable de parler en phrases et dont la saturation en oxygène est à 90-94 %. Les formes sévères avec détresse respiratoire, cyanose, agitation, incapacité de parler ou saturation < 90 % ont donc été exclues. Les critères du succès du traitement immédiat, jugés 4 heures plus tard sur un score de sévérité, étaient la nécessité ou non d’une hospitalisation en lits d’urgence, en hospitalisation classique ou en soins intensifs.

Les patients ont été randomisés en 2 groupes avec ou sans bromure d’ipratropium (BI). Des dispositifs d’inhalation avec placebo n’étant pas disponibles, le traitement avec ou sans BI a été appliqué par l’infirmière en dehors de la présence du médecin. L’ensemble des enfants a été traité par salbutamol en inhalation, 100 µg par bouffée, 6 entre 2 et 5 ans, 12 entre 6 et 15 ans, prise répétée 3 fois à 20 mn d’intervalle et d’autre part prednisolone 1 mg/Kg.

En 2007-2011, 347 patients ont été inclus. Le taux d’admission dans le groupe BI a été de 122/174 (70,1 %) contre 111/173 (64,2 %) dans le groupe sans BI. La différence n’étant pas statistiquement significative, l’administration supplémentaire de ce médicament n’a pas modifié le taux d’admission des enfants traités pour crise d’asthme de gravité moyenne. Les effets indésirables, nausées, vomissements, trémulations, céphalées et autres ont été observées dans les deux groupes, BI : 23/174 contre non BI : 8/173 (P = 0,05)

En conclusion, chez les enfants traités de façon adéquate par salbutamol et prednisolone, l’ajout de bromure d’ipratropium ne diminue pas le taux d’hospitalisations et augmente significativement le risque d’effets indésirables.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Wyatt E et coll. : Metered-dose inhaler ipratropium bromide in moderate acute asthma in children: a single-blinded randomised controlled trial. J Pediatr Child Health, 2015; 51: 192-98

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Vos réactions (1)

  • Bromure d'ipratropium... le meilleur des antitussifs !

    Le 26 mars 2015

    Eh oui: un anticholinergique, ce n'est pas conçu pour traiter des sifflements ou de l'asthme, on vous l'aurait bien dit.
    Par contre, quelle performance dans la toux ! Qu'elle soit tabagique, infectieuse, allergique, liée à un reflux, chez les enfants ou les adultes, sèche ou grasse, productive ou pas, ou toute combinaison de ces circonstances, essayez l'Atrovent (jusque 4 puffs et jusque 4 fois par jour pour un adulte): vous serez conquis ! Plus efficace que la totalité des sirops antitussifs... morphiniques exclus... Mais ceux-là coupent aveuglément la toux, qui en général a quand même une certaine utilité, alors que l'ipratropium a à la fois un effet "trachéodilatateur", facilitateur de l'expectoration, et un curieux effet "anesthésique local", qui supprime en quelques minutes le chatouillement pharyngé qui induit la toux. Essayez-le, vous l'adopterez ! Pour vous et pour vos patients... Pour vos enfants aussi...
    Mais bien entendu pour une crise d'asthme, le bromure d'ipratropium ne va pas faire le poids par rapport à un bêtamimétique; le but n'est pas le même. Quand je pense au temps, à l'argent et à l'énergie gaspillée pour démontrer cela, alors qu'il manque cruellement d'études de l'Atrovent sur la toux chronique dite "banale"...

    Dr X. Van der Brempt, pneumo-allergologue

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