Pas d’effet antitumoral des HBPM dans le cancer du poumon

Des données pré-cliniques suggèrent l’efficacité antitumorale ou anti-métastasiante des héparines. Plusieurs hypothèses pourraient expliquer cet effet thérapeutique : perturbation de l’angiogénèse tumorale, du système immunitaire, de la motilité ou encore de l’adhésion cellulaire.

Jusqu’à présent, quatre essais thérapeutiques avaient étés réalisés, évaluant une HBPM en association du traitement habituel dans plusieurs cancers. La méta-analyse de ces essais (portant parfois sur plusieurs types de cancers dans une même étude) conclue à un effet bénéfique sur la survie à la limite de la significativité (RR : 0,88 ; IC95 : 0,79-0,98) (1). C’est pourquoi un essai contrôlé randomisé en double aveugle contre placebo a été mené pour évaluer l’effet de la tinzaparine (une héparine de bas poids moléculaire, HBPM) sur la survie d’un seul type de tumeur, en l’occurrence les cancers bronchiques non à petites cellules (CBNPC). L’essai, portant sur un large échantillon et non encore publié, a été présenté lors du congrès de pneumologie de langue française.

Aucune efficacité, voire une surmortalité dans le cancer du poumon

Au total, entre 2007 et 2013, 269 patients ont étés tirés au sort pour recevoir la tinzaparine (100 UI/kg/j pendant 12 semaines), et 280 patients ont étés inclus dans le groupe contrôle. L’essai a été mené dans 35 centres français. Les sujets avaient étés traités pour un CBNPC de stade I, II ou IIIA, et le traitement était introduit moins de 8 semaines après la chirurgie.

Il n’y avait pas de différence en termes de survie globale entre les deux groupes (p=0,17) avec un suivi médian de 5,7 ans. L’incidence cumulée des récidives était identique dans les deux groupes (p=0,70). La survie médiane des patients traités par chimiothérapie adjuvante était même inférieure dans le bras tinzaparine (HR = 1,78 ; IC : 1,13-2,81 ; p=0,013), sans différence en ce qui concerne l’incidence cumulée des récidives (p=0,24). Deux hémorragies graves sont recensées dans le groupe traitement.

La tinzaparine est donc inefficace, voire dangereuse, en traitement adjuvant du CBNPC. Ce résultat négatif, émanant d’un large essai bien mené sur le plan épidémiologique, pourrait sonner le glas de la recherche sur l’effet antitumoral des HBPM.

(1) G Meyer G et coll. Effet de la tinzaparine sur la mortalité du cancer bronchique non à petites cellules opéré. Revue des Maladies Respiratoires, Volume 28, numéro 5, pages 654-659 (mai 2011)

Dr William Hayward

Référence
P Girard et coll. Effet anti-tumoral d’une héparine de bas poids moléculaire dans le cancer bronchique localisé : l’essai Tinzaparin In Lung Tumors (TILT). 22e Congrès de Pneumologie de Langue Française. 26 au 28 janvier 2018, Lyon.

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