Confirmation de l’efficacité du cémiplimab dans le cancer du col

Malgré les politiques de dépistage et la disponibilité de vaccins contre le HPV, 600 000 nouveaux cas de cancer du col utérin apparaissent chaque année de par le monde, avec environ 350 000 décès. En cas de progression ou de récidive de ce cancer après les prises en charge classiques, les patientes sont traitées en chimiothérapie par cisplatine, éventuellement avec bévacizumab (Avastin®). Le pronostic est cependant particulièrement sombre.

Le cémiplimab (Libtayo®) est un anticorps monoclonal entièrement humain de type G4 (IgG4). Il potentialise les réponses des cellules T, y compris les réponses antitumorales, en se liant au récepteur de mort cellulaire programmé-1 (PD-1) et en bloquant sa liaison aux ligands PD-L1 et PD-L2. Déjà utilisé dans les cancers du poumon et de la peau, il semble être également actif en cas de cancer du col récidivant. Cet article présente les résultats de l'étude multicentrique de phase III de ce médicament dans cette indication.

Ont été recrutées les patientes chez lesquelles une progression ou une récidive du cancer a été observée après une chimiothérapie au cisplatine, sans tenir compte de leur statut concernant le ligand PD-L1. Une randomisation a été effectuée en deux groupes 1:1, le premier groupe traité par cémiplimab à la dose de 350 mg toutes les trois semaines, le second avec une autre monochimiothérapie au choix du thérapeute.

Le principal résultat évalué était la survie globale. L'absence de progression du processus et l'étude des effets indésirables constituaient les résultats secondaires.

Allongement de la durée de survie sans majoration des effets indésirables

Au total, 608 femmes ont été incluses, 304 dans chaque groupe. L'âge médian était de 51 ans avec des extrêmes de 22 à 87 ans. La durée médiane du traitement était de 15,2 semaines (de 1,4 à 100,7) pour le groupe cémiplimab, et de 10,1 (de 1,0 à 81,9) pour l'autre groupe.

L'arrêt des traitements a été principalement motivé pour le groupe cémiplimab par la progression de la pathologie (66 %), le décès (5 %) ou les effets indésirables (9 %). Dans l'autre groupe, les pourcentages étaient respectivement : 79 %, 6 % et 5 %.

La survie médiane a été plus longue dans le groupe cémiplimab : 12,0 mois vs 8,5 mois, HR (Hazard Ratio) = 0,69 ; intervalle de confiance à 95 % IC95 : 0,56 – 0,84 ; p < 0,001. Le bénéfice en termes de survie existait aussi bien en cas de carcinome épidermoïde (78 % des cas, 11,1 vs 8,8 mois) que d'adénocarcinome (22 % des cas, 13,3 vs 7,0 mois).

L'absence de progression de la pathologie était statistiquement significative avec le cémiplimab : HR = 0,75 ; IC95 : 0,63 – 0,89 ; p < 0,001. Une réponse au traitement a été observée dans 16,4 % (IC95 : 12,5 – 21,1) des cas traités par cémiplimab contre 6,3 % (IC : 3,8 – 9,6) lorsqu'une autre chimiothérapie avait été administrée. Lorsque l'expression de PD-L1 était égale ou supérieure à 1 %, l'efficacité de la molécule était plus nette : réponse objective dans 18 % (IC : 11 – 28) contre 11 % (IC95 : 4 – 25) des cas.

On a observé des effets indésirables chez 88 % des patientes traitées par cémiplimab et 91 % en cas d'autre chimiothérapie, les effets indésirables sévères, de grade 3 ou plus, se rencontrant respectivement dans 45 % et 53 % des cas. Aucune différence entre les deux groupes n'a été notée en termes de qualité de vie.

Les auteurs concluent que le cémiplimab permet d'allonger la survie chez les patientes présentant une récidive ou une progression du cancer du col après chimiothérapie au cisplatine, quelle que soit la forme histologique, carcinome épidermoïde ou adénocarcinome, sans majoration des effets secondaires et sans altération de la qualité de vie.

Dr Charles Vangeenderhuysen

Référence
Tewari KS et coll. : Survival with Cemiplimab in recurrent cervical cancer. N Engl J Med., 2022; publication avancée en ligne le 10 février DOI : 10.1056/NEJMoa2112187

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article