La corticothérapie inhalée : une option thérapeutique dans la COVID-19 débutante ?

Il semble admis que les symptômes observés pendant la phase précoce de la COVID-19 reflètent la phase de réplication virale et que les formes sévères de la maladie sont en rapport avec une réaction inflammatoire exagérée. Une étude récente a rapporté chez des asthmatiques de plus de 50 ans une survie améliorée si des corticostéroïdes inhalés (CSI) avaient été utilisés dans les 2 semaines précédant une hospitalisation pour infection à SARS-CoV2.

Il a été postulé que les CSI pourraient avoir un effet antiviral direct sur la muqueuse respiratoire, potentiellement bénéfique au cours de la phase précoce de l’infection. D’ailleurs les CSI sont régulièrement utilisés pour prévenir les effets nocifs des exacerbations respiratoires d’origine virale.

Une étude randomisée, des analyses biologiques fournies

Baker et coll. publient une étude randomisée comparant les paramètres inflammatoires de la COVID-19 chez 146 patients (âge moyen 45 ans [SD 13], femmes 60 %), traités dès le début de l’infection (délai médian des symptômes 3 jours [2-4]), soit par budésonide (800 µg matin et soir pendant 28 jours, n=73), soit par la procédure habituelle (antipyrétiques à la demande, n=73).

Toute la prise en charge a été réalisée à domicile. Le fluide nasal a été recueilli à J0 et J14 et un prélèvement sanguin réalisé à J28. Un groupe contrôle, de 20 adultes sains (âge moyen 35 ans [SD 10], femmes 65 %) a été constitué afin d’évaluer les marqueurs inflammatoires des voies respiratoires supérieures en l’absence de pathologie.

Cet effectif était réduit du fait du confinement. C’est au total 31 médiateurs biologiques de l'inflammation qui ont été analysés (liste complète dans le supplément à l’article). Les auteurs ont considéré que le comportement vis-à-vis de l’infection de la muqueuse nasale pouvait être assimilé à celui de l’épithélium bronchique, des prélèvements in situ n'étant évidemment pas envisageables dans les conditions de l'étude.

Une réponse inflammatoire variable

À la phase précoce de la COVID-19 les taux de 16 médiateurs de l’inflammation étaient significativement élevés par rapport aux individus en bonne santé. Ces variations sont interprétées comme en rapport avec l'induction d'une réponse anti-inflammatoire antivirale précoce médiée par les lymphocytes auxiliaires Th1 et Th2.

Les auteurs décrivent aussi, chez 11 malades ayant évolué vers une COVID grave, une réponse antivirale affaiblie avec un taux précocement abaissé d'interféron γ (promoteur important de la réponse antivirale) et une réponse inflammatoire prolongée des lymphocytes auxiliaires Th2. D’autre part, le traitement par budésonide à modulé l'inflammation, en agissant sur la libération de chémokines par les polynucléaires éosinophiles et en maintenant un taux protecteur d'interféron.

Cette étude est construite autour d’une série d’analyses biologiques impressionnante (environ 10 000 dosages) et d’une méthodologie statistique complexe. Il en ressort toutefois certaines pistes intéressantes à approfondir : tout d’abord les CSI semblent capables d'infléchir le déroulement de la phase précoce de l’infection COVID-19 dans le sens d'une meilleure réponse antivirale.

D'autre part il semble possible d'identifier certains biomarqueurs dont l'évaluation pourrait constituer des éléments prédictifs de l'évolution vers une COVID-19 sévère.

Dr Bertrand Herer

Référence
Baker JR, Mahdi M, Nicolau DV et al. Early Th2 inflammation in the upper respiratory mucosa as a predictor of severe COVID-19 and modulation by early treatment with inhaled corticosteroids : a mechanistic analysis. The Lancet. Respiratory Medicine. DOI: 10.1016/S2213-2600(22)00002-9

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Vos réactions (1)

  • Expérience du terrain

    Le 21 juillet 2022

    Enfin une confirmation de ce que l'on fait depuis presque le début sur le vrai terrain, non hospitalier, et évitant ou ayant évité surement bien des hospitalisations.
    Il faudrait beaucoup d’études comme cela, orientées par l'empirisme efficace du terrain, souvent avant-gardiste, du moins tant qu'il restera quelques médecins généralistes avec un peu de ..bouteille !
    Bon travail à tous et bon courage, car les pouvoirs public ne nous aident vraiment pas en multipliant les usines a gaz des soi-disant rémunérations "aumônales" et imposables !

    Dr Patrick Cadot

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