Une nouvelle combinaison pour le cancer de la prostate hormonodépendant métastatique

Le cancer de la prostate reste le cancer le plus fréquent chez l’homme, avec plus de 50 000 cas annuels en France. S’il est globalement un cancer qui se traite avec succès, les formes métastatiques sont associées à un moins bon pronostic. Le schéma thérapeutique standard pour ces patients implique l’association d’une hormonothérapie (traitement anti-androgénique) à une chimiothérapie, classiquement des taxanes, ou à un inhibiteur de récepteur aux androgènes.  

L’étude de phase 3 ARASENS a évalué l’efficacité et la tolérance de l’inhibiteur du récepteur aux androgènes darolutamide en association avec la chimiothérapie par docétaxel et un traitement anti-androgénique pour les patients atteints de cancer de la prostate hormonodépendant métastatique. Le darolutamide est un inhibiteur du récepteur aux androgènes de nouvelle génération, avec une pénétration de la barrière hémato-encéphalique faible, et un potentiel d’interaction médicamenteuse limité. Son efficacité en association avec un traitement anti-androgénique a déjà été démontrée dans le cancer de la prostate non-métastatique par des études de phase 3.

Important bénéfice apporté par le darolutamide

Dans cette étude, plus de 1 300 patients ont été recrutés ; les patients éligibles présentaient un cancer de la prostate confirmé, avec lésions métastatiques détectées par IRM ou scanner. Tous les patients ont reçu un traitement anti-androgénique (agoniste ou antagoniste de la LHRH) ou subi une orchidectomie, ainsi que 6 cycles de docétaxel. Au total, 651 patients ont été assignés de manière randomisée au groupe darolutamide et 655 au groupe placebo.

Les résultats de l’étude, publiés dans le New England Journal of Medicine, démontrent un important bénéfice du darolutamide, au niveau de la survie globale, mais aussi sur les critères cliniques secondaires. Le risque de décès était inférieur de 32,5 % (p<0.001) avec l’inhibiteur, et la survie à 4 ans était de 62,7 % dans le groupe darolutamide contre 50,4 % dans le groupe placebo. Le temps de développement d’une forme résistante à la castration (ou hormonorésistante), ainsi que le délai de progression de la maladie étaient également significativement allongés dans le groupe darolutamide. Les effets indésirables consécutifs aux traitements, de même que leurs fréquences, étaient similaires dans les deux groupes (66,1 % contre 63,5 % d’effets graves de grades 3 ou 4 dans les groupes darolutamide et placebo, respectivement). Les principaux effets rapportés étaient la neutropénie, l’alopécie, l’anémie et la fatigue.

Ces résultats encourageants confirment un important bénéfice pour la survie globale des patients avec l’association de darolutamide à la chimiothérapie et au traitement anti-androgénique, et ce malgré la bonne efficacité du traitement utilisé dans le groupe placebo. Ils apportent un rationnel fort à l’utilisation de cette association dans le traitement du cancer de la prostate hormonodépendant métastatique.

Dr Rémi Samain

Référence
Smith MR et coll. : Darolutamide and Survival in Metastatic, Hormone-Sensitive Prostate Cancer. New Engl J Med.,, 2022, 386:1132-1142. doi.org/10.1056/NEJMoa2119115

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Vos réactions (1)

  • Analyse critique

    Le 12 mai 2022

    Mon analyse : rien de bien extraordinaire, à part la présentation orchestrée par le Laboratoire :

    § Survie à 40 mois (? pourquoi à 40 mois ?)
    Morts : 304 dans groupe P(lacebo), 229 dans groupe D(arulotamide) «32,5 d’amélioration de la survie»: Ce n‘est pas une survie actuarielle ; la vrais survie c’est 62,7% contre 50,4%.
    § Traitement post étude (dans l’appendix)
    43,2% dans D et 24,4% dans P n’ont pas reçu de traitement actif après sortie essai.
    Comment imaginer que 24% ne reçoivent pas d’antiandrogènes modernes ?
    - Non disponibilité ?, erreur compréhension protocole ? (très très nombreux centres invetigateurs : 287 centres !)
    - Surtout sortie d’étude par décès immédiat, ou très très mauvais état général
    Dans les deux cas cela veut dire que le groupe P n’a pas pu bénéficier d’androgènes de 2ème génération !, qui aurait du être darolutamide systématiquement, dès le début de re-progression.
    L’intérêt d’un tel travail est de savoir si le double traitement immédiat est supérieur au double traitement retardé.
    § Le reste est le baratin habituel : « progression plus tardive dans le groupe traité » : il n’y avait pas besoin de faire un essai pour çà qui est évident .

    § Reste intéressant à noter l’affirmation de la bonne tolérance avec même une surprise : même taux de fatigue (sens anglophone) (dans l’appendice) avec le darulotamide (avec même taux inversé ! : 33,1% #32,9%), alors qu’avec l’enzalutamide la fatigue est un évènement secondaire fréquent et souvent handicapant…

    Dr Jean-Paul Boiteux

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