L’asthme est-il un facteur de risque de réaction anaphylactique plus sévère ?

L’anaphylaxie est la réaction allergique la plus sévère et est potentiellement mortelle. Aux urgences, en cas de réaction allergique, il est indispensable de dépister les risques de choc anaphylactique pour le traitement préventif et pour une hospitalisation de surveillance, en particulier pour anticiper les réactions diphasiques. L’asthme est considéré comme un terrain de réactions anaphylactiques sévères, en particulier dans les recommandations de prise en charge des réactions allergiques, et une indication d’une hospitalisation de surveillance de 4 à 24 heures. Néanmoins, cette attitude ne repose que sur peu de données objectives.

Les pédiatres et urgentistes de Cincinnati ont conduit une étude rétrospective des patients âgés de 6 mois à 18 ans, examinés aux urgences pour une réaction anaphylactique entre 2009 et 2016. Selon les recommandations locales, les enfants ont été surveillés 4 heures aux urgences avant sortie et hospitalisés en cas d’hypotension, de wheezing ou de détresse respiratoire ou après avoir reçu 2 doses d’adrénaline IM avant l’arrivée à l’hôpital ou aux urgences. Des antécédents d’asthme étaient considérés comme exposant à un risque de réactions sévères mais ne représentaient pas une indication absolue pour une admission. Les facteurs d’exclusion de l’étude étaient la prise de corticoïdes oraux au début de la réaction, une assistance respiratoire, un œdème de Quincke héréditaire et une mastocytose. Les réactions sévères ont été définies par l’existence d’un stridor, d’une hypotension, la nécessité d’injection de 2 doses d’épinéphrine, de salbutamol en perfusion, d’assistance respiratoire.

Davantage de wheezing mais pas plus de détresse respiratoire

En tout, 603 enfants ont été hospitalisés pour anaphylaxie, jugée sévère dans plus de 50 % des cas ; 231 (38 %) étaient considérés comme asthmatiques. Les enfants avec une histoire d’asthme étaient plus âgés (médiane 6,6 ans, intervalle interquartile 3,6-12,1) que ceux sans asthme (médiane 4 ans, IIQ 1,6-9,3, P < 0,0001)). De plus, ils avaient davantage d’antécédents d’anaphylaxie (38,1 % vs 18 %, P < 0,0001) et d’allergie alimentaire comme facteur déclenchant (68 % vs 52,2 %, P = 0,004). Parmi les enfants asthmatiques, le wheezing était plus fréquent (52,4 % vs 43,3 %) lors de l’anaphylaxie mais pas la détresse respiratoire (34,4 % vs 39,2 %). Les réactions anaphylactiques sévères n’étaient pas plus fréquentes en cas d’asthme qu’en son absence (Odds ratio OR 0,97 ; intervalle de confiance à 95 % IC 0,67-1,39), même après ajustements en fonction de l’âge ou de la gravité de l’asthme nécessitant des corticoïdes inhalés.

En conclusion, les enfants hospitalisés pour un épisode anaphylactique qui ont une histoire d’asthme n’ont pas plus de risques de présenter une forme sévère que ceux sans antécédents. La prise en charge repose sur la gravité des symptômes et l’asthme ne doit pas être considéré comme le critère unique d’hospitalisation.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Dribin TE et coll. : Are children with a history of asthma more likely to have severe anaphylactic reactions? A retrospective cohort study. J Pediatr., 2020; 220: 159-164

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