Cardiopathies congénitales simples, davantage de comorbidités tout au long de la vie

Depuis les années 60, le traitement des cardiopathies congénitales a fait des progrès spectaculaires, au point qu’à l’heure actuelle, plus de 90 % des enfants opérés atteignent l’âge adulte. L’espérance de vie s’approche plus ou moins de celle de la population générale en fonction de la complexité de la cardiopathie. De fait, se pose le problème de la morbidité à long terme plus que celui de la survie à court ou moyen terme. Encore faut-il avoir une idée de la fréquence, de la gravité et de la nature des comorbidités dans un tel contexte, notamment dans le cas des cardiopathies congénitales simples, qui, d’ailleurs, ne nécessitent pas une correction chirurgicale dans tous les cas.

Une étude de registre rétrospective danoise s’est penchée sur la question. Au total 17 157 patients (dont 52 % de femmes) atteints d’une cardiopathie congénitale dite simple (opérée ou non) suivis entre 1977 et 2018 ont été comparés à 171 570 témoins appariés selon l’âge, le sexe et l’année de naissance. Le plus souvent, il s’agissait d’une communication interauriculaire (37,7 %) ou encore d’une communication interventriculaire (33,9 %), les autres cardiopathies à type de sténose pulmonaire ou de persistance du canal artériel étant plus rares.

La durée médiane du suivi a été estimée à 21,2 années (écart interquartile : 9,4–39,0) dans le groupe des cas, versus 19,8 (9,0–37,0) années dans l’autre groupe. La comparaison a révélé que le risque de comorbidités (à l’exception des cancers et de l’insuffisance rénale chronique) était globalement plus élevé parmi les patients avec cardiopathie congénitale, ces comorbidités survenant à un âge plus précoce que parmi les témoins.

Plus de maladies neurologiques et respiratoires

Le risque en excès à l’échelle d’une vie s’est avérée être plus élevé tout en restant modéré, quant aux maladies neurologiques (hommes : + 15 % ; femmes : + 11,3 %), devant les affections respiratoires (hommes : + 9,1 %, femmes : + 11,7 %). Parmi les comorbidités spécifiques, ce sont les AVC qui dominent (hommes : +18,9 %, femmes : +11,4 %). Parmi les cardiopathies congénitales, la communication interauriculaire est celle qui a été associée au risque d’AVC le plus élevé (hommes : + 28,9 %, femmes : +17,5 %).

La communication interventriculaire est, pour sa part, celle qui a été associée au risque d’infarctus du myocarde ou d’insuffisance cardiaque le plus élevé. Dans les deux sexes, le risque cardiovasculaire global à l’échelle d’une vie est apparu plus faible chez les patients qui ont bénéficié d’une correction chirurgicale de leur cardiopathie congénitale.

Le risque de comorbidités à long terme, de fait à l’échelle d’une vie, est plus élevé chez les patients atteints d’une cardiopathie congénitale simple, comparativement à une population témoin. C’est le risque de maladies neurologiques et respiratoires qui domine, les affections malignes et l’insuffisance rénale chronique n’étant pas plus fréquentes. Le risque d’AVC est maximal en cas de communication interauriculaire et celui de maladie cardiovasculaire en cas de communication interventriculaire, a fortiori en l’absence de traitement chirurgical.

Dr Philippe Tellier

Référence
El-Chouli M et coll. Lifetime risk of comorbidity in patients with simple congenital heart disease: a Danish nationwide study. Heart J 2023: 44(9): 741–748. doi.org/10.1093/eurheartj/ehac727.

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